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Il faiil suivre ce récit dans Ions ses détails, reprendre toutes les dépositions des témoins pour comprendre l’intérêt que présente cette guérison. Elle a du reste fait Eobjet d’une monographie trè& complète rédigée par un médecin belge et par un professeur de Louvain.
Ce n’est qu’au mois de septembre 1878, que le premier pèlerinage belge vint à Lourdes; il comprenait soixante pèlerins. Depuis cette époque, la progression a été rapide; l’année suivante, le pèlerinage de septembre nous amenait mille pèlerins.
En 1870, cinq cents pèlerins viennent en mai et cinq cents en septeml)re. En 1881, les Belges conduisent pour la première fois soixante malades; un médecin les accompagne; chaque année, du reste, ils sont en progrès comme nombre, comme organisation, lùi 1897, nous avons eu quatre pèlerinages qui comprenaient ensemble six mille pèlerins et nous conduisaient cinq ou six cents malades.
On peut dire, en tenant compte des pèlerins isolés, qu’il vient, chaque année, dix mille Belges à Lourdes. Suivant une expression (pie nous trouvons dans leur bulletin, il n’y a pas de jour de Lourdes sans Belges, c’est-à-dire qu’il n’y a pas un jour pendant la saison des pèlerinages où l’on ne rencontre quehpies Belges autour de la Crotte.
Le premier pèlerinage de mai prend le nom de pèlerinage national et mérite une place à part dans l’histoire des pèlerinages belges. Dans ce premier groupe, en 1894, six cents Belges conduisaient soixante malades ; en 1898, nous avons eu mille Belges et cent malades; en 1896, deux mille cinq cents Belges et deux cent cinquante malades. Dans l’espace de deux ans, le nombre des pèlerins et celui des malades est presciue (piintuplé.
Mais il ne sulllt pas d’exposer les progrès de ce mouvement, il faut en rechercher les causes.
Les catholi(pies belges ont la majorité dans les Chambres; ils ont pris la direction politique de leur pays ; aussi nous voyons à Lourdes des ministres, des sénateurs, des députés, des gouverneurs de province, des magistrats, des professeurs; dans leur organisation, ils
ni:LGK)IiE A I.OUnOKS
mellent au service des <[ueslions religieuses loules*Ies Ibrecs doul ils disposent.
IlseoMsidèrcntlespèlcriuagescomiue une associalioii. Un couranl de cordiale IralerniLé, disent-ils, passe sur tons les pèlerins, les enveloppe et leur donne conscience qu’ils servent une même cause, (pi'ils sont soldats d’un même drapeau. C’est une vaste société de secours qui embrasse tous leurs intérêts.
Le pèlerinage est une vaste association temporaire, ils ont voulu la rendre permanente. Le 3 mai 1890, ils ont fondé dans ce but l’association de Notre-Dame de la Croix; nous reviendrons tout à l’heure sur le programme et le but de cette société.
Ils publient un bulletin trimestriel qui rend compte de tout ce (pii SC rattache à leur pèlerinage, bulletin illustré, rédigé avec soin et qui compte plusieurs milliers d’abonnés.
A coté du bulletin, ils publient un almanach de Notre-Dame de Lourdes qui se vend à soixante mille exemplaires.
Préoccupés de faire bénéficier leur pèlerinage de tous les progrès modernes, ils ont mis au concours la question suivante : rechercher le moyen d'améliorer le transport et le service des malades pauvres. A la suite de ce concours, la création d’un wagon-hôpital futdécidée : ce wagon-hôpital figurait à la dernière exposition de Bruxelles; il obtenait la plus haute récompense, le diplôme d’honneur. Nous le verrons probablement à Paris, à la prochaine exposition. Il contient vingt-quatre lits isolés, suspendus sur de puissants ressorts; un système de panneaux mobiles, découpés sur les parois du wagon, permet de retirer ces lits des gaines où ils sont enchâssés et de transporter directement le malade à l’hôpital, ou à la grotte. Dans le wagon, se trouve un cabinet pour le médecin, une pliarmacie, enfin un autel où l’on dit la messe et (|ue tous les malades aperçoivent de leur lit. La description de la messe pendant le trajet est de l’elfet le plus saisissant.
Nous lisons dans leur bulletin : « Solferino! La messe! Tout le monde descend en pleines laudes. Un panneau détaché du wagonhô{)ital découvre l’autel ; le prêtre commence la messe, on s’agenouille un peu partout, souvent sur les fagots (pie les bûcherons
vicnneni de lier. L’urome de la forêt, la doueeur de l’air, le reeueillement de la jdaine, les sombres forêts de sapins, tout semble rehausser réclal de la seèue, taudis que le train abandonné prolonge sa ligne immobile et que la machine recueillie retient sa respiration oppressée; une émotion indéfinissable serre les cœurs; une joie profonde éclaire les visages et laisse deviner les actions de grâces et les prières qui montent des âmes. L’abbé Deploige, dans scs magnifiques ornements d’or et de soie, qu’illumine la lumière de l’aurore, se tourne vers les malades et leur dit que leur Dieu va descendre dans cette forêt, dans un wagon de chemin de fer pour la première fois, qu’il viendra porter à tous la guérison, la résignation et la confiance. »
Les Belges sont des maîtres en fait de mise en scène. Que d’attentions délicates pour tenir en éveil l’attente des malades, leur faire oublier la fatigue, la longueur du voyage! Le i®*’ mai, on trouve des roses: une bonne Sœur les fait couper, et avant de les porter à l’autel, elle a la suave attention de les faire passer par toutes les mains tremblantes et exsangues de ses malades. «Quand le parfum des fleurs montera vers le ciel, il emportera, dit-elle, comme fleur de charité, le plaisir si pur qu’il a donné aux pauvres malades et les vœux qui les accompagnent. »
En 189G, on a dépensé plus de trente mille francs pour les malades du premier pèlerinage de mai; tous les auciens guéris étaient là; à leur tour, ils soignaient les malades et leur racontaient comment ils avaient été débarrassés de leurs soufirrances, leur donnant aussi, avec l’âide de leurs bras, les consolations d’une âme si proche des leurs.
Les guérisons ont été le point de départ de ce grand mouvement. Les courants catholiques qui dominent en Belgique l’ont favorisé: mais cela n’aurait pas sufil, il fallait des organisateurs, des hommes passionnés pour l’extension du culte de Notre-Dame de Lourdes en Belgi(]uc.
rjiosc singulière, ce n’est pas le clergé ([ui se met à la tête des pèlerinages, ccsontdcslaïcpies. L’Université de Louvain a fourni un contingent de Jeunes professeurs (pii ont donné une forte impulsion
i.A iœu;i()UE a lourdes
à cetlc œuvre, ce sont les inlclleclucls qui se sont mis à la tète du mouveiuenl.
Parmi eux, nous devons tout d’abord signaler MM. Dcploige et Thierry. Deploige, ouvrier de la première heure, la physionomie ouverte, la parole cntrainantc, a fait de Lourdes sa seconde patrie; il consacre au pèlerinage tous les loisirs (pie lui laissent scs études et ses cours de sociologie.
Thierry plus froid, plus méthodique, poursuit obstinémeut son l)ut; rien ne l’arrête, il ne connaît pas les obstacles: c’est un travailleur d’une puissance sans égale:
son œil méditatif et profond trahit le cliercheur obstiné; ce qu’il a ramassé de matériaux sur Lourdes est incalculable; c’estal lieurc actuelle, l’homme le mieux documenté sur la (piestion. Il apprend <pi’un Religieux de la Trappe de Marienstern publie en langue bosniaque un almanach sur Lourdes (]ui tire à soixante mille exemplaires; il part pour la Bosnie, cause avec le frère Angélicus, s’initie à ses travaux, et, quelques mois après, il fait paraître un almanach (jui tire également à
soixante mille exemplaires. Il a fait plusieurs fois le voyage de Rome ]>our demander pour son œuvre de prédilection les bénédictions du Souverain Pontife.
Bulletin, association. Pèlerinage, trains des malades, il dirige tout, ou plidôt Thierry et Deploige dirigent tout, car il est impossible de sé[)arer ces deux noms, tout est commun entre eux. L’alfection qui unit CCS jeunes hommes est indissoluble, ils ont fait leur destinée pareille. Nous les avions connus hommes du monde accomplis, ily a deux ans, ils nous sont revenus sous un nouveau costume; le
Simon Deploige.
lÆS GUAMDKS GTJKIUSONS DE LOUUDES
même joue, le Joue de Noël, ils avaieiil été oedounés prêtées tous les deux; ils n’en ont pas moins conservé leurs chaires à rUniversité de Louvain; rien ne parait changé dans l’orientation de leur vie.
A côté d eux, que de noms nous pourrions citer : Crahay, professeur à Liège, esprit fin, distingué, (pii laisse une trace bien personnelle dans toutes ses œuvres. Et tous ces médecins, professeurs de facultés, lauréats de leurs universités qui accompagnent leurs malades. Le D> Royer, travailleur modeste, consciencieux, (pii a des qualités de premier ordre pour conduire une enquête; c’est à lui que nous devons les études sur les guérisons de de Rudder et de .loaehime Déliant, (pii resteront comme des modèles du genre.
Dans leur dernier pèlerinage, dix-sept médecins étaient venus sous la direction du chirurgien en chef d’un des grands hôpitaux de laBelgiipie; ils apportaient des dossiers très complets sur leurs trois cents malades, passaient la plus grande partie de leur lemps auprès d’eux et notaient tous les changements (ju’ils constataient dans leur état. Les guérisons qu’ils publient portent l’empreinte de recherches sérieuses. Fidèles à l’esprit d’association qui domine toutes leurs (Duvres, les médecins belges ont fondé à Lourdes une société de médecins catholicjues destinée non seulement à resserrer les liens (pii les unissent, mais à étudier toutes les questions qui relèvent de la science et de la foi. Ils ont leurs statuts, leurs séances régulières dans leur pays. Pareille société s’est également fondée à Lourdes entre les médecins italiens. Cette association existe, du reste, en France, en Angleterre, et tend à se répandre partout.
Le comité des pèlerinages belges a voulu doter la clinicpie de Lourdes d’un laboratoire avec les instruments de précision et de recherche qui permettent de donner aux constatations le caractère d’exactitude qu’exige l’état actuel de la science. On le voit, leurs préoccupations s’étendent à tout.
Nous avons parlé de l’association de Notre-Dame de la Croix, les Relges ont voulu suivre rexem[)le des tacticiens du centre allemand, (pii ont fondé avec leur Yolksverein une association eatholiijuc (pii compte un million de membres et fait des prodiges avec la cotisation annuelle d’un mark (r fr. a5). Les Belges ont également
LA 1U:LGI(>UE a LOIJHDES
londé l’œuvre du franc nalional pour la défense de la religion en Helgi(]ne; il faut, disent-ils, (pic l’associalion de Lourdes soit le lia'me lécond d’on germent, comme autant de rameaux vigoureux, lonles les formes d’œmvrcs religieuses propres à notre temps. La manière dont la presse hcige accueillit cette association peut nous
faire comprendre son l)ut et sa portée. Le .Y.V® Siècle disait : il s’est fondé sur le sol de Lourdes une association ayant cet objectif immense, le salut de la Belgiipie. C’est une manifestation sociale d’une portée très haute : faire entrer le Christ dans l’olliciel de notre
vie publiipie, imprégner ce monde païen de catholicisme intégral, sincère, prolond, ce seraient là des aurores nouvelles qui nous présageraient une révolution paciti(|ue, mais gigantesque.
Les catholiques belges disaient encore :
Pendant que dans tous nos cantons on déverse des tombereaux de brochures dans lesquelles on travestit nos croyances, on injurie nos prêtres, nos évêques, le Pape, tout ce qui est respectable est traîné dans la bingc, on prêche la haine des classes... Ne devonsnous pas nous défendre? Aux conférences, il fant opposer des conférences; aux brochures des brochures; au mensonge la vérité. C’est aux pèlerins de Lourdes à réclamer la première place pour le salut de la société.
’S oulant aller jusqu’au bout dans cette conception de leurs intérêts, ils ont obtenu la création d’un consulat belge; le fait d’être le premier peuple du monde à avoir son consul accrédité dans la ville de Lourdes, montre bien l’intérêt qu’ils attachent à cette question.
Leur ministre des travaux publics, qui les avait accompagnés il a deux ans, nous disait : les pèlerinages font tellement partie de notre vie publique en Belgique, qu’ils peuvent venir en discussion à la Chambre, et j’ai voulu me rendre compte par moi-même de leur organisation, afin de pouvoir en parler en connaissance de cause. Ce que je vois d’ailleurs me satisfait pleinement.
Ainsi les Belges ont une toute autre conception que nous des pèlerinages; ils ne séparent pas la religion des (jiiestions politiques cl sociales. Il était intéressant de voir celte expérience se faire chez
LES (;nA^’UES GUElllSOA'S DE LOURDES
un peuple voisin (|uc laiit d’ailinités rappiochcnt de nous el que nous ne pouvons aecuser d’être retard dans la voie de la civilisation.
France et Belgique
En Belgique, les pèlerinages se sont développés dans des proportions inouïes, mais ils avaient pour eux tout ee qui fait le succès : le gouvernement, la presse, l’opinion.
En France, les courants sont contraires. Les pèlerinages ne ])ourront vivre et se développer que par des efforts personnels, isolés. Comment vont-ils se défendre? Cependant si le culte de Notre-Dame de Lourdes est populaire en Belgique, il ne l’est pas moins en France.
Si on voulait écrire l’iiistoire complète d’une année à Lourdes dans un article de quel([ues pages, la chose ne serait pas possible.
Les deux hospitalités du pèlerinage national et de Lourdes comprennent près de mille membres, hommes ou femmes, qui se dévouent au service des malades avec un zèle que rien ne lasse. Nos hommes publics, nos fonctionnaires ne viennent pas à Lourdes, mais les professions libérales nous donnent un appoint très important. Les corresimndants de journaux envoient, dans tous les pays le récit de nos grands jours de pèlerinage.
Le rôle joué par les médecins est considérable. Pendant le pèlerinage national, il en vient une centaine et pendant l’été près de trois cents passent dans notre bureau.
Si les Belges ont obtenu de nombreuses guérisons, il n’y a pas à l’heure actuelle une ville de France où l’on ne signale des malades guéris à Lourdes, où les médecins n’aient été appelés à faire des enquêtes sur ces guérisons.
La création d’une clinique à Lourdes est un fait sans précédent. Dans le cours des mois d’aoùt et de septembre, nous avons (pialre mille malades pour sujets d’observation.
Deux choses me paraissent marquer la caractérislicpie des pèlerinages de Lourdes :
J^a première, c’est (pi’ils se développent en dehors de toute