LA HEI-GIQUE A LOURDES
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inilucncc de milieu. La Belgique catholique qui lait tout converger vers le développement de scs pèlerinages n’a pas des foules plus nombreuses, plus entraînées: c’est en France que ces pèlerinages
Docteur Cliétail, de Saint-Etienne.
Voit guérir à Lourdes M’‘“ Montagnon, qu’il soigne sans résultat depuis 12 ans.
ont pris naissance, qu’ils ont atteint ce développement extraordinaire que nous constatons aujourd’hui.
L’idée de Lourdes s’impose chez nous avec une puissance, une sorte de fascination irrésistible. Il faut donc que cette idée ait par elle-même une raison d'être, une force qu’elle n’emprunte pas aux courants extérieurs.
Faut-il dire que cette idée exerce une suggestion collective sur la société contemporaine? Lorsque les événements de Lourdes se produisirent, le rationalisme régnait en maître dans nos écoles, dans la littérature, dans la science, partout. La suggestion aurait dii
l.KS (lUAÏVDKS GUKUISONS DK LOURDES
s’exercer en sens eoniraire. Avons-nous clierelié, eomine en Belgi(]ue, à faire l)c*nélieier nos malades de loules les améliorations (jue les progrès modernes mettent à notre disposilion? Non, nous n’avons ni le wagon-Iiôpital, ni eette organisation si l)ien eomprise (pii fait oublier la longueur et les fatigues du voyage. Nos malades viennent dans des wagons de troisième classe, pendant les jours les plus chauds de l’année, dans des conditions pénililes, et cependant ils Jouissent à Lourdes d’une immunité bien extraordinaire.
En second lieu, on comprenait jusqu’ici sous le nom de pèlerins, une réunion d’hommes partageant la même foi, les mômes convictions, allant porter ensemble leurs prières dans un sanctuaire célèbre. Ces agglomérations étaient circonscrites par régions ou par nationalités.
ÏNIais voilà que Lourdes présente un caractère d’universalité; on y vient de toutes les contrées de la terre ; on y rencontre un mélange d’hommes de toutes croyances; des protestants, des scliismaticpies sont mêlés aux catholiques. Les médecins accompagnent les malades.
Un pèlerinage avec sa clinique, ses archives, sa presse, c’est absolument inédit, et toutes ces guérisons qui sont publiées partout, qui se discutent au grand Jour, cpie chacun peut interpréter à son gré, mais qui, par leur nombre toujours croissant, échappent aux objections de détail. Gomme tout cela est adapté au goût de l’épo- (jue.
A Lourdes, l’idée religieuse se dégage seule des aspirations de toutes ces multitudes, pure, sans mélange. Les préoccupations de la politicpic ou des alfaires, le choc des intérêts s’arrêtent sur ce seuil. Tous les peuples se rencontrent et se coudoient, une même pensée les anime, les rapproche. Depuis quarante ans, rien n’est venu troubler ces multitudes dans la manifestation de leur foi, et c’est vraiment merveilleux qu’il y ait sur notre sol si troublé comme un asile inviolé où toutes les passions viennent expirer, asile <{ue le monde entier nous envie, où il se rend en pèlerinage.
Lourdes est devenue la plus haute manifestation de eette puis-
Procession des miraculés (pèlerinage national de 1897) : trois cent cinquante miraculés avec leurs bannières sur le parvis du Rosaire.
LA niCLGIQUI*: A LOUnDES
sauce d'expansion religieuse (pie nous avons lonjonrs conservi'e. Si les nalions (jui nous envirouiienl avaient un centre d’attraction pareil, penseraient-elles à le d(*truire? Gomme la Belgicjue, elles leraieiit converg-er toutes les forces vers le d(3v^eloppement de ce pèlerinage. Il est préférable pourtant (]ue Lourdes se soit développé dans une indépendance absolue de toute attache olïicielle; il fallait un terrain neutre pour appeler les nations étrangères sur notre sol.
N est-il pas étonnant d’avoir vu germer chez nous, en plein xixe siècle, au milieu de courants nationalistes qui régnaient alors, le culte de la Vierge Immaculée, le culte qui résume tout ce que notre religion a de plus délicat, de plus doux, de plus aimable, de plus consolant.
Depuis quarante ans, dans cette Grotte de Lourdes, on parle du surnatuel et du miracle, on l’étudie, on le discute. Les croyants et les incrédules, les savants et les médecins semblent subir un entraînement collectif et viennent observer sur place ces phénomènes inexpliqués.
Pour qu’un peuple puisse descendre aux dernières limites de la négation ou du doute et remonter au plus haut sommet de la foi, pour qu’il puisse réagir avec cette intensité, il faut une vitalité bien grande. La France n’est pas une malade sans ressort, elle a toute sa jeunesse, elle peut faire germer encore les grandes idées qui fécondent le monde.
Pour comprendre Lourdes, il faut entrer dans le détail de son organisation, suivre son développement, étudier ses guérisons.
Il ne suffît pas de dire qu’un vent de folie a passé sur le monde, que les médecins, les savants en ont ressenti les atteintes et que les peuples chrétiens semblent pris de suggestion collective; la folie c’est le désordre; ici c’est une évolution lente, progressive, raisonnée; ce sont des événements qui s’enchainent, qui se déroulent avec un plan, une méthode (jue rien ne vient troubler.
Pour avoir voulu tout nier, les faits et leurs consécpiences, les principes qu’ils mettent en cause, l’opposition soulevée autour de Lourdes a perdu toute force. On a dit que Lourdes était un déli
GUÉRISONS DE LOURDES qc)
Lies GIIA>’DES GUERISONS DE LOURDES
jeté à la science, à la raison; avec le concours des médecins, Lourdes est devenu un centre d’étude, où cliacun peut venir apprécier, discuter des résultats qui se passent au grand jour. Toutes ces questions de maladies nerveuses et de suggestion, où sont-elles mieux étudiées?
L’erreur de la science a été de rétrécir le débat, de vouloir tout expliipicr par la suggestion; les théories exclusives sont toujours en défaut par quelque côté. Expliquer ce qui s’est passé hier, ce qui se passera demain, ce que l’on connaît et ce que l’on ne connaît pas, est toujours difficile. Englober tout cela dans un même système devient téméraire et ne peut satisfaire l’esprit. Vainement on a essayé de détourner les médecins, de les distraire de tout mouvement de curiosité, ils viennent chaque année plus nombreux : ils étudient toutes les guérisons qui se produisent ici; ce qui s’édifie d’enquêtes, de travaux sur Lourdes est incalculable.
Nous avons essayé de démontrer que les pèlerinages de Lourdes s’étaient développés en dehors de toute attache officielle, par une force d’expansion propre ; tout dans ce pèlerinage, son origine, ses progrès rapides, son caractère, son indépendance absolue de toute cause locale, tout l’élève au-dessus des conceptions humaines. Le surnaturel n’est pas seulement dans les guérisons, il est partout; il est dans cette attraction irrésistible <pii grandit et se développe sans tenir compte des courants contraires, dans cette puissance de développement qui n’emprunte rien à la condition de milieu, au système politique de tel ou tel pays.
Une œuvre qui prend en quelques années une telle importance, (]ui nous ramène des manifestations de foi oubliées depuis les Croisades, qui soulève tout le monde catholiipie, n’est pas un accident passager dans la vie d’un peuple.
A côté de la question religieuse et de tous les problèmes que la science essaie de résoudre se présente une question d’intérêt national (pic nous ne saurions négliger. A l’heure où l’empereur d’Allemagne se fait pèlerin de Jérusalem et réclame le protectorat des Glissions d’Orient, nous ne pouvons oublier que tous les peuples SI’! reconnaissent nos tributaires et viennent sur notre sol chercher