LA SUGGESTION A LOURDES
LES GUÉRISONS SUR LE l'ASS.VGE DES PROCESSIONS
Les premières stalisliques remontent à 1888. — I.a proi)ortion de ces «ïuérisons s'élève dans l’espace de dix ans de iG à 70 p. 100. — Les premières processions du Saint-Sacrement. — La i»rocession des miraculées de 189;. — La lin de la sngg'estion à Lourdes. — Tous les entraînements sont sans intluence sur les ^uérisons constatées.
A science conlenipopainc a eherché longtemps dans l’ean de nos piscines le secret de nos guérisons. La température de l'eau, sa composition, tout a été mis en eanse : « SaA ons-nous, nous disait un romancier célèbre, si dans certaines circonstances un liain tl’eau glacée ne peut pas sauver un plilisic|iie? » et voilà (]ue par nn de ces jeux de la Providence le plan primitil de Lourdes paraît brusquement modilié, un appel nouveau se lait entendre.
Ce n’est plus seulement dans la piscine où nn certain mystère enveloppe le malade, c’est à la procession, c est an grand jour, sous les yeux de mille témoins que les guérisons se produisent.
11 n’y a plus d’agent intermédiaire. C’est presîiuc le miracle demandé par les incrédules : (l(uis un lifui detcruiiiic , u heure fixée , sur sujet choisi. C’est l’évidence <lans le surnaturel, toutes les subtilités de l’incroyance sont déjouées comme à plaisir, tous les voiles sont déchirés.
LES GHANDES GUERISONS DE LOURDES
Dans le labernacle, on voulait enleimcr noUe Dieu capliT et silencieux, et voilà ([u’il sort, il traverse les foules, et scs rayons plus éclatants que l’or et les pierreries qui reuvironneut, éblouissent nos yeux, raniment les mourants sur leurs couclies et les entraînent à sa suite triomphants et transformés, vont réchauffer clans les foules des cœurs glacés, des âmes engourdies depuis des années. Miracles de guérison, miracles de conversion! c|ui pourra les compter?
Il est intéressant d’étudier ces manifestations cjui, depuis 1888, prennent chaejue année une extension plus grande : Avec elles tout ce C|ui constitue la vie réelle du pèlerinage se développe, les foules sont plus nombreuses, les communions plus frécjuentes; car c’est là le foyer où s’alimente toute vie surnaturelle.
C’est en 1888 que nous avons fait pour la première fois la statislicpie des guérisons ejui se sont produites sur le passage du Saint- Sacrement. Elles ont atteint cette année-là la proportion de iC 0/0. Environ le sixième, ’j guérisons aux processions pour 40 piscines. Un très grand nombre de guérisons restent sans indication de mode et de lieu. Il est impossible d’arriver à des chiffres exacts. Souvent une guérison eonnnence à la piscine, se termine à la procession, plus rarement une guérison commencerait à la procession pour se compléter à la piscine.
Dans un très grand nombre de faits, les piscines n’avaient donné aucun résultat, et la guérison s’est faite instantanément devant le Saint-Sacrement.
La première guérison qui nous fut signalée fut celle de Nina Kin. jeune fille de vingt-deux ans, qui sortait des hôpitaux de Paris. Une bonbonne de AÛngt-cinq litres d’aeide sulfurique s’était renversée sur elle, l’avait brûlée profondément. Les nerfs de la jambe avaient été compris dans la cicatrice, et depuis dix mois, elle ne pouvait faire aucun mouvement.
Vainement, on avait essayé tous les traitements : frictions, électricité; tout était resté sans résultat. Nina Kin était venue avec le })èlcrinage national. On la plonge deux fois dans la piscine, elle n’éprouve aucune amélioration. Le 22 août, elle était couchée
LA SUGGESTION A LOUIIDES
devant la grotte sur sou lualclas, lorsque le Saiut-Sacrciucut passe à côté d’elle. Elle est soulevée par une impulsion violente, elle saute à bas de sou lit, IVaucliit les brancards qui l’eutoureut et suit la procession d’un pas assuré.
Depuis 1888, la proportion des guérisons qui se sont produites sur le passage du Saiut-Sacrcmeul, u’a pas cessé de s’accroître. Nous nous sommes élevés rapidement du sixième au cinquième, au quart, au tiers, culiu à la moitié, qui a été dépassée en 1894 et eu 1898.
Nous trouvons cette dernière année quarante guérisons aux processions pour soixaute-{[uiuze aux piscines. Il y a eu quelques oscillations eu 91, 92, 90, mais dans l’ensemble de ces dix années les guérisons sur le passage des processions se sont élevées de iG à Go 0/0.
Les malades du reste n’ont pas attendu de connaître nos statistiques pour remarquer ces coïncidences, ils viennent avec empressement se grouper dans l’esplanade du Rosaire, ils viennent de préférence pendant les pèlerinages pour prendre part aux grandes manifestations eucharistiques, ils savent que pendant ces cérémonies des guérisons très nombreuses seront constatées.
En 1889, nous trouvons des guérisons bien intéressantes. ^ oilà une jeune aveugle, Marie-Louise Horeau, âgée de dix-neuf ans, elle ne distingue pas le Jour de la nuit, il faut la conduire par la main, la faire manger. Elle avait eu des kératites à répétition, des troubles profonds de l’œil, ses yeux avaient perdu leur transparence. Elle n’a pu approcher de la grotte, elle attend devant la piscine et elle prie son amie de l’avertir du moment où Notre-Seigneur sera près d’elle. Le Saint-Sacrement arrive entouré des acclamations de la foule : « Le voilà, » dit l’amie à la pauvre aveugle. La malade se précipite à genoux : « Seigneur, s écrie-t-ellc, si vous le \ oulcz, vous pouvez me guérir. — Seigneur, laites que je voie. » Aussitôt une lueur éblouissante passe devant ses yeux, elle ressent une douleur extrêmement aiguë, et ses yeux s’ouvrent. Elle aperçoit la grotte, la foule agenouillée et Jésus, tout rayonnant de gloire, qui l’a bénie.
LES f;iE\M)ES GUEIUSONH DE LOUEDES
La vue lui esl reiuluc, elle dislingue les objets les plus lins, les plus (lélieals. Nous examinons ses yeux, ils sont d’une claiié et d’une limpidité parfailes.
yimo Fac({, de Pont-à-Moiisson, mère de dix enfants, âgée de (juaranle-cpiatre ans, était paralysée depuis cinq ans. On l’emporte aux piscines évanouie, mourante. Devait-on la baig-ner dans cet état? ]\Iais elle est perdue, disent les Sœurs, si la sainte A'iergc ne la guérit pas! Huit dames de l’Hospitalité se mettent à l’anivrc. Ou déshabille la pauvre malade. Ou la plonge dans l’eau. Dans l’eau, le bo(piet survient, les lèvres sont livides. C’est l’agonie, la lîn.
On récite les prières des agonisants.
A ce moment, ou entend la petite cloche qui annonce l’approche du Saint-Sacrement. A la hâte, on porte sur son passage cette malade à demi vêtue, sous une pluie torrentielle! Les Hospitalières se mettent autour d’elle à genoux, dans la boue. Une religieuse appelle la malade, essaye de lui lever la tète. Vains efforts, la tète retombe et les yeux ne s’ouvrent pas.
A ce moment, le Saint-Sacrement arrive. Tout à coup la malade se redresse, ses yeux s’ouvrent et fixent l’ostensoir. Elle se lève, elle est debout, elle marche à la rencontre du Saint-Saerement. Elle tombe à genoux à ses pieds. On lui met l’ostensoir sur la tète. Elle se relève aussitôt, et pieds uns, dans la boue, le visage rayonnant de joie, elle marche derrière le dais, et c’est avec peine qu’on l’empèchc de monter ainsi jusqu’à la basilique et qu’on l’arrête devant l’asile des pèlerins.
Au déljut, l'itinéraire de la procession n’était pas ce qu’il est aujourd’hui; les malades étaient groupés autour de la grotte et devant les piscines, il y avait là pendant le pèleiinagc national jusqu’à douze cents malades et autour d’eux quinze à vingt mille spectateurs <pii formaient nue liaie épaisse, impénétrable depuis la grotte jusqu’aux arcades du Rosaire et depuis le Cave jus(pi’aux rochers. Le prêtre traversait péniblement les rangs des malades, il y avait des moments où le Saint-Sacrement ne pouvait plus avancer, il était entouré, acclamé, pres(juc porté eu triomphe. Eu