‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 74 sur 88 · DO · texte numérisé non relu

DO

([uillani les piscines, la pvoecssion reinonlail les eampcs du Rosaire pour rcnli'cr à la l)asili([ue.

.Je me souviens encore de l’inipression proCondc que je resscnlis en voyani pour la première fois la procession se dérouler deA’anI l’ancien bureau des constalaüons. A (piatre heures du soir, enire

Transport des malades à la Grotte.

une double haie de pèlerins qui se lenaient immobiles, un cierge à la main, nous voyions cinq, six cents malades déliler lentement, sans un cri, sans une plainte.

Il y avait les paralytiques, les poitrinaires qu’un dernier souille de vie anime à peine. Là, une mère portait son enlant dans ses bras, ici, des enfants soutenaient leur père ou leur mère. Quel(|ues malades s’alfaissaient soutenus, relevés aussitôt par les brancardiers, mais le plus grand nond)re, par des elforls inouïs, remontaient les rampes du Rosaire, arrivaient jusqu’à la basilique. Tous ces malades se groupaient dans le sanctuaire autour du Saint- Sacrement et le visage éclairé d’un rayon divin d’espérance, l’œil

LES GRANDES (lUEEISONS DE EOEIIDES

fixé sur leur Dieu, dans uu suprême eHorl, une ardente prière, ils eoneenlraient toutes les puissanees de leur àme. Le spectacle était saisissant. Qui pourra nous dire quels traits de (eu s’échappaient de CCS cœurs embrasés? Qui pourra nous rendre ces colloques dans les(piels ces malheureux qui avaient louché le Ibnd delà soullrance et de répreuve traduisaient leur dernière espérance.

Personne ne pouvait se soustraire aux impressions profondes qui se dégag-eaient de ces manifestations, les incrédules eux-mêmes n’y échappaient pas. Un écrivain, qu’une célébrité malsaine avait rendu tristement fameux, voulut interpréter <à sa manière le secret de Lourdes. Pour compléter son pèlerinage, d’un genre nouveau, il demande à suivre la procession, à se placer derrière le dais. Bientôt au milieu des acclamations il se sent pris dans une poussée irrésistible, son courage faiblit, il veut se dérober, il cherche scs amis, mais en vain; la foule le presse, le porte, il pâlit alfreusement, il chancelle. Sera-ce un foudroyé de la grâce? Non ! Lorsc[u’il arrive sur le seuil de la basilique, ce n’est plus qu’une loque humaine que la foule rejette dans l’église et Jusque dans le sanctuaire où le malheureux trouve enlln une porte pour se dérober.

Plus tard, rendu à son milieu, il a pu lancer le trait du Parthe, mais dans ces courts instants il avait dù comprendre que devant CCS manifestations il faut lléchir les deux genoux si on ne veut être écrasé par elles.

Avec les hommages rendus au Saint-Sacrement, les pèlerinages de Lourdes ont atteint leur plus grand développement. En 1888, nous avions eu cent cinq pèlerinages organisés; en 1896, nous en avons deux cent vingt-cinq. En 1888, il y avait eu deux cent trentetrois mille communions; en 189b, nous en avons eu quatre cents mille. En 1888, nous n’avions relevé pendant le pèlerinage national (pi’une trentaine de guérisons. L’année dernière, nous arrivions à (piatrc-vingt-dix-huit. Vingt-cinq ou trente médecins visitaient notre bureau, assistaient à nos enquêtes. L’année dernière nous en conq>lions près de deux cent cimpiante.

Uomme CCS résultats s’enchaînent et se justilient. Mais l’étude des chidres est toujours aride; pour donner à <;es grands enseigne-

I,A SUGGESTION A UOUllDES

menls loul rinlérèl qu’ils comporlcnt, je dois encore rcmelLrc sous les yeux les grandes scènes de nos processions et faire le récit des dernières guérisons.

Les processions nous donnent des guérisons d’ensemble par groupes de six et huit malades guéris pendant une meme cérémonie. La procession du jubile du pèlerinage national de nous a laissé des souvenirs inoubliables, elle a été la source d’enseignements graves que nous devons rappeler. Ils nous démontrent que ces guérisons ne sont ni dans la main, ni dans la puissance de 1 homme. Tout nous enseigne qu’une volonté supérieure les accorde à son gré; nous avons vu des pèlerinages admirablement organisés, conduire trois cents, trois cent cinquante malades et n’obtenir aucune guérison. Pourquoi?

C’était le même décor, le programme de nos pèlerinages n’était pas changé, tous les exercices étaient régulièrement suivis, les processions se déroulaient avec toute la pompe de nos manilestations les plus entraînantes.

Le pèlerinage national des hommes, la plus grandiose manifestation dont Lourdes ait été le théâtre, ne nous a donné qu une guérison, qui a été controuvée, qui n’a pu résister à l’examen et que nous devrons elfacer de nos annales.

Le pèlerinage national de 1897 fut au contraire accompagné de grâces nombreuses, de guérisons remarquables. Les cérémonies du dernier jour ont dépassé tout ce que l’on avait vu jusque-là.

Dès la veille, on avait senti grandir d’heure en heure un enthousiasme qui devait faire explosion. Sous une pluie torrentielle, sous les rafales d’un vent d’orage, une première procession avait défilé aussi calme qu’une troupe dans un jour de parade. Les bannières violemment repliées s’enroulaient autour des hampes, tandis qu’un chant joyeux, triomphant, s’élevait et dominait le bruit de la tempête. Toutes les corporations : hospitalité du Salut, hospitalité de Lourdes, les ordres religieux, des centaines de prêtres en surplis, précédaient ou suivaient les miraculés sur lesquels les yeux d’une foule innombrable étaient fixés.

Ils s’avançaient, calmes, souriants, sous une pluie battante. Nous

avions là (l’ancicns poilrinaircs, des cnlànls lymplialiqiics, des hommes et des Icmmes avaneés en âge, d’aneiens malades hahilnés à Imites les déliealcsscs de la vie. Ils étaient trempés jusqu’aux os. (’e sera un grand miracle, nous disait run d’eux, si personne ne rechute.

Personne n’a reehuté. Le lendemain, il n’y avait pas un vide dans leurs rangs.

Celle première manifestation n’avait pas été complète, il fallait une revanche, elle se lit éclatante et sous un soleil radieux.

Nous vîmes le meme délilé dans toute la pompe de nos cérémonies les plus grandioses, et lorscpie la procession vint se masser dans l’esplanade du Rosaire, un spectaele incomparable s’offrit à nos regards. Quinze cents malades assis, couchés, formaient au milieu une longue et double haie. Sur le parvis du Rosaire, trois cent cinquante miraculés, leur bannière à la main, éclairaient ce fond de tableau avec une intensité de ton qu’aucun pinceau ne saurait reproduire. Des milliers de spectateurs anxieux, immobiles, attendaient dans une émotion indéfinissable. Les malades tournaient leurs regards, avides d’espérance, vers les miraculés, un courant électrique allait des uns aux autres.

C’est alors que le P. Picard, dominant la foule d’un geste et d’une parole pleins d’autorité, s’adressant aux malades : « Voilà vos amis, vos modèles, leur dit-il en leur montrant les miraculés. Ils ont été comme vous, faites comme eux. Ils étaient couchés sur des brancards, ils se sont levés. Qu’est-ce <]ui vous arrête? Kt d’un ton pins impératif : Levez-vous? »

Aussitôt voilà des malades qui se dressent sur leurs couches, laissent leur grabat, se dirigent vers l’église du Rosaire. D’immenses clameurs relentisseut, un souille irrésistible court sur cette foule.

Nous avons vu bien des manifestations, nous sommes habitués à toutes les émotions des pèlerinages, et cependant nous a\ ous été profondément remués par ce speelacle (pii ne s’était jamais dressé devant nos yeux avec un tel caractère de grandeur, (^uchpies malades se sont levés, mais ils devaient se lever tous, comment un seul a-t-il pu rester sur son grabat? Ce choc, celte commotion

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