‹ Les grandes heures (volume 4)Chapitre 16 sur 33 · EN MARGE PU CATALOGUE DU SALON · texte numérisé non relu

EN MARGE PU CATALOGUE DU SALON

Les tableaux qu'il montre ne sont pas seulement ceux que les yeux voient, mais ceux qu'il évoque et suggère.

Les morceaux de sculpture qu'il nous olfie en passant nous préparent aux autres statues et aux monuments plus nécessaires que ratifiera l'avenir.

Le Salon de 1918, sans manquer de charme et de grâce, est pourtant de tenue sévère. Contrairement aux traditions il n'y a pas eu d'ouverture bruyante. C'est au front qu'en ce moment se fait le « vernissage )>.

Son catalogue n'aura jamais mieux que cette année de guerre mérité le nom de livret.

Ce Salon est une afTirmation et une protestation. Affirmation de vie, de santé, de confiance et d'espoir. Protestation contre la scélératesse d'un ennemi qui, cumulant tous les genres de crime, a pour joie de détruire et souiller la beauté.

Il est aussi une preuve d'amitié, d'entente et d'union, de bon rapprochement. Il prêche, par l'exemple, la communauté du travail et de l'effort pour le bien général. Il sacrifie l'amourpropre des sociétés au profit supérieur de la Société.

Il n'a pas besoin de compter un grand nombre de u numéros » pour posséder sa pleine valeur, exactement représentative. Le principal y est.

Les murs ne sont ici, d'ailleurs, q>u"une feuille de présence où les artistes ont voulu signer, pour eux, et pour leurs camarades empêchés.

La guerre, à vrai dire, n'est traitée directement à ce Salon que dans un très petit nombre de tableaux, dont plusieurs vécus et très saisissants. Il n'y a pas lieu de s'étonner de cette discrétion.

Un sentiment très compréhensible et très louable, fait d'angoisse, de pudeur et de dignité, a retenu plus d'un de ceux qui craignaient de n'être pas à la hauteur des grandes émotions qu'il eût fallu traduire.

Mais cependant — qu'on ne s'y trompe pas — la guerre, quoique invisible, demeure partout présente. Elle est dans l'œuvre et dans l'esprit de ceux-là mêmes qui semblent le plus s'être appliqués à s'y soustraire, à s'en désintéresser.

Tel paysage aimable, indifférent et pacifique, tel « intérieur » que je sais, tout peuplé de révc, où s'exprime avec un amour endolori le

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charme d'autrefois, ont été peints dans la tendresse par des sensitifs patriotes dont la pensée pieuse ne quitte pas depuis quatre ans les champs et les bois massacrés et les vieilles maisons en ruines.

Comme une simple promenade à travers le jardin de ces tableaux nous affirme une fois de plus qu'il y a des « couleurs françaises » et nous ramène à leur être fidèle ! L'œil les reconnaît, et le cœur bat plus fort de les retrouver. C'est toute une jeunesse, et toute une histoire, et tout un pays que réveille un beau ton, que raconte une nuance...

// existe un bleu dont Je vis.

Parce qu'il est dans notre ciel.

Chaque toile prend un peu cette année la valeur d'un drapeau.

Avec la longue perspective de ses pièces, froides et graves, aux murailles sobrement occupées, ce Salon spécial donne bien l'impression de ce qu'il est en réalité, de ce qu'il a la seule ambition d'être : une suite de salles d'attente.

Nul n'a envie de s'y asseoir, et c'est debout qu'on s'y repose.

l5o LES GRANDES HEURES

Jamais n'est mieux apparue la majesté souveraine d'un arbre intact et qui, ménagé par l'homme, a pu grandir dans le respect du temps.

La belle et vaste construction d'un chêne bâti par Harpignies prend aujourd'hui toute son importance. Nous en apprécions, avec une joie plus profonde, l'architecture, les lois, le symbole, le puissant bienfait. Nous en comprenons tout à coup la sensible destinée, le rôle salutaire. L'arbre préservé, l'arbre vénéré, acquiert à cette heure une survivance plus rare et devient miraculeux. II nous fait penser à tous ses frères de la route et de la plaine, des bois et des forêts tombés eux aussi sous le fer du Boche et que nous devons venger. Les pierres ne sont plus les seules à gémir. Arbores clamabunt.

Et voici, comme en faction, taillées dans le marbre ou faites de métal, les célèbres imagos de quelques-uns de nos chefs d'hier et d'aujourd'hui, conducteurs de troupes armées ou agents de liaison des âmes : le maréchal JolTre, établi par la victoire, après avoir été construit pour elle ; le général l^'och attendant avec sérénité l'heure décisive dont il veut être le maître; le général Maunoury, droit et clos pour

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