L'EXEMPLE DE REIMS
16 mars 19iS.
Plus d'un peut-être, en lisant ce titre, pensera aussitôt : « Ah I oui, Reims... je sais! » sans que les mots écrits, continuant de relater le terrible fait, provoquent en lui une nouveauté d'émotion. 11 y a en effet si longtemps que le martyre progressif de Reims, en développement perpétuel, est un vieux sujet, rebattu!... Voilà trois ans et demi qu'il tombe du fer et du feu sur la ville. Voilà des mois et des saisons, plus de mille jours, de mille nuits, que nous suivons, non pas certes avec un cœur et des yeux détachés, mais avec une tristesse de glace, la destruction régulière et systématique de cet endroit précieux et qui nous est si cher ! Nous sommes donc accoutumés. Nous avons mis notre habitude de douleur au niveau de l'habitude d'abjection du barbare. C'est par le calme de la haine acquise et par les serments du silence que nous répondons, du fond de nos esprits conjurés, à l'infernal et meurtrier fracas. On nous dit
bien à chaque pluie, à chaque cataracte : « Hier, tant d'obus lancés ! » Nous ne les comptons plus. Il y en a trop. Dans l'intensité des catastrophes, tout ce qui est chiflVe disparaît, tout calcul est balayé, la statistique s'évapore. Le voulût-on, pourrait-on d'ailleurs faire le relevé de ses cris et le bilan de ses souffrances? Non, et c'est un grand bienfait que l'homme, en proie aux surhumaines épreuves, n'ait pas le moyen d'enregistrer toutes les dépenses de son moral et de tenir à jour le livre de ses larmes. Nous recevons donc ces bulletins presque quotidiens de la dévastation de Reims sans nous départir à présent d'une tranquillité sous laquelle nous gardons cependant un deuil qui ne saurait finir avec nous-mêmes, un deuil résolu que nous léguerons.
Il est bon toutefois de ne pas oublier notre expansive douleur le premier jour que fut atteinte la ville Youée au sacrifice. Je me rappelle, pour ma part, Tindicible bouleversement qui me secoua lorsque j'en appris, comme tout le monde, la nouvelle en igi^. Où était-ce? Loin d'ici, dans un rude paysage de province, en pleine campagne, déserte et pacifique, aux approches du soir. Parlant du village morne et vide, j'étais allé à pied au-devani du jeune garçon qui vers cette heure apportait à bicyclette, de la station la plus proche, les journaux du matin... Je le voyais chaque jour arriver nu-tête.
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à toute allure, courbé sur sa vieille machine qui n'avait plus de poignées, avec son paquet de journaux dans le creux de sa blouse faisant pocbe et serrée à la ceinture... Ce soir-là il était lou'g à venir et je m'inquiétais, comme si son retard avait la signification menaçante d'un mauvais communiqué. Mais je le vis tout à coup paraître, au tournant du rocher, à 200 mètres, qu'il eut rapidement couverts... Il allait plus vite encore que de coutume... J'avais préparé mon sou... mais je compris à la rapidité de son train qu'il ne s'arrêterait pas, soit qu'il ne le voulût point ou que le temps lui manquât. En effet, arrivé à moi, sans ralentir, échevelé, il me jeta la feuille pliée qu'à l'avance il tenait dans ses dents et j'entendis, quà la bourrasque de son passage, il me criait : u Reims!... Cathédrale... » — Quoi, Reims? L'horrible soupçon me heurtait déjà, mais je l'écartais, je ne voulais pas l'admettre... Et puis, ayant déplié le journal où, de rage peut être, s'étaient enfoncés les crocs de loup du jeune gars, je vis qu'il avait dit vrai et que la cathédrale de Reims était en feu... A ce moment, le soleil se couchait dans son inconscience empourprée, et cet incendie avait l'air d'être celui de la basilique elle-même. La verrière du ciel était comme teinlée ici de tous les vitraux éclatés et fondus là-bas et, tandis que mes pleurs ruisselaient, l'horizon se remplissait pour moi de tours et de clochers croulant dans le bras'ier des nues. Mais quoi? ces vives impressions sont uniques et leur âcreté n'a quune heure. Elles ne V 6
sont si perçantes et si profondes que parce qu'elles donnent toute leur force en un instant. C'est d'ailleurs la condition de l'éclair d'être instantané. Nos douleurs n'ont, comme la flamme, qu'une heure de flamboiement. Apres vient la longue période qui se prodigue : celle des cendres.
On peut regretter sans doute ces minutes si abondantes où tout l'être crépite et se tord dans un spasme irrésistible, afl'reux, et d'une violence qui soulage... mais cette crise du premier choc est forcément brève et il faut savoir prendre avec sagesse son parti de sa rapidité comme de sa disparition.
Si du moins nos sentiments devant le grand désastre de Reims ont donc été contraints de revêtir aujourd'hui, selon les exigences de la durée, une forme de calme et d'inexpression extérieure qui n'est pas quelquefois sans nous troubler nous-mêmes, il est du plus simple devoir de compenser par une application soutenue de l'esprit les grands élans et les poussées de notre sensibilité première. Reims doit être, au cours des jours actuels et de ceux qui s'annoncent, notre superbe exemple. 11 faut que nous ne cessions de nous représenter le sort de la ville broyée, aplatie sous la trombe ininterrompue dont elle est « le carton » de tir, la cible depuis trois ans. Voici les gothas qui s'en prennent .\ Paris où leurs incursions, traîtresses, causent des dégâts et font des victimes. C'est là sans doute un danger de plus et nouveau, qui n'est pas
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méprisable, et qui va prescrire à noire courage une attitude appropriée, des règles imprévues. L'expérience est déjà, du premier coup, toute à notre honneur, mais si, à la récidive probable encore et même certaine, Paris était quelquefois — ce dont nous le savons incapable et qui serait lui faire injure — susceptible de s'émouvoir, qu'il pense à Reims... et aussitôt il retrouvera sa sérénité légendaire. Le prochain soir que hurlera la sirène et que les volées de canon crèveront la marche des choses, la paix « des intérieurs », la vie, bourgeoise ou frivole, de la nuit, que tous les gens d'ici, depuis ceux que trouble l'incident, jusqu'à ceux qui n'en ressentent que de la gêne et de l'ennui, se disent en écoutant le concert des explosions : « Ce que nous entendons là, pour une heure ou deux au plus, à l'aise, chez nous, dans notre appartement, ou dans le sur abri que nous avons gagné au signal convenu, les braves de Reims l'endurent sans un seul jour de répit depuis igi/i- he bombardement, et quel ! est pour eux régulier, climatérique, régional, il fait partie de l'existence qu'il accompagne et suit dans tous ses actes. Ceux qui sont restés pour représenter ceux qui ont du partir, ceux qui demeurent pour que la ville garde encore son nom et sa raison sociale de ville habitée, pour qu'elle se justifie à ses propres yeux dans sa résistance et sa persistance acharnée, accomplissent leurs fonctions professionnelles dans un enfer dont la bourrasque très supportable, que nous écoutons pendant qu'elle
passe, ne peut nous donner une idée I Imaginons que Paris est détruit, écrasé, pilonné, que les derniers milliers de citoyens, incrustés avec un féroce amour à ses fondations, sont enfouis, depuis près de quarante mois, dans les plus profonds de ses souterrains avec les femmes, les enfants, quelques médecins, des prêtres, des religieuses, l'équipe du seul journal qui paraît comme il peut, et que çà et là, quand une accalmie de quelques instants le permet, tous ces envoûtés passent la télé et sortent « prendre l'air » pour aller regarder, avec leur pasteur fidèle à sa mission, ce qui reste de Notre-Dame, de lArc de triomphe et du Louvre... Voilà Reims!... Après cela, considérant que nous avons été préservés jusqu'ici de pareilles horreurs, nous serons pleins de modestie et de confusion et nous défendrons qu'on nous plaigne. Observons du côté des villes de l'avant, vers Arras, Dunkerque, Nancy, et combien d'autres, pour lesquelles le bruit sinistre du bombardement n'est qu'un refrain de vieille chanson et comme l'écho de leur inébranlable vaillance. Et revenons en toujours à Reims, modèle et type des cités martyres.
Au.K minutes où redouble chez nous l'intensité du barrage, quand l'éclatement des bombes se rapproche et paraît gagner notre quartier, chercher notre maison, évoquons la ville où il n'y a plus de quartiers, où ne restent pas dix maisons sur cent d'intacles parmi les ruines et dans les rues défoncées, jonchées de débris, de
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pierres, de matériaux fumants, faisons circuler et passer, dans un tableau de moyen âge, en cortège de légende mieux que dorée, de légende embrasée... faisons glisser un groupe de promeneurs, seuls dans la ville dont les murs continuent de s'abattre de toutes parts... comme sur les estampes de tremblements de terre. Ce sont les fonctionnaires du dévouement civil, et les architectes... les pompiers... les ambulanciers, tout le petit personnel du sacrifice et de la charité qui font leur ronde, leur patrouille, (( leur coup de main » sous les obus. Un vieillard est à leur tcte — le cardinal — archevêque sans pourpre, en pauvres habits de curé, qui vient dix fois, cent fois, de jour et de nuit, jusqu'à la Cathédrale, à laquelle invariablement le ramène sa désolation de père et de pasteur. Là il s'arrête, afin de voir si le vieux sanctuaire tient toujours et pour combien de temps encore. Il ne peut se résoudre à s'en arracher. Il redoute avec angoisse : k Est-ce ses derniers moments? » Et il reste là, tremblant et fort, « à son chevet » comme à celui d'une mourante, pour recueillir l'âme de la basilique, son dernier soupir et, pardessus l'une et l'autre, ses dernières volontés, qui sont : « Résistance ! Késislance ! Guerre et courage ! Jusqu'au bout ! Jusqu'à loul ! »
Alors, après une prière, toujours pareille et la cent millième, il s'éloigne à regret. Se retournant encore, il repart avec son troupeau, et, quand ils ont ensemble fini leur office, ils rentrent, chargés de provisions de courage.
par les trous et les soupiraux y donnant accès, dans les caves de vins dont leur héroïsme religieux fait des cryptes, des catacombes ; ils viennent rejoindre les enfants, les vieillards, les maîtres d'école surveillant la classe, les typos qui « composent » sous la tempête, les bonnes sœurs qui chantent, les mamans qui trempent la soupe et taillent le pain...
Cependant quelqu'un, là-bas, est resté sur la place, devant la cathédrale, — une femme. Et c'est Jeanne d'Arc, chevauchant, indemne, et toute seule.
Elle est devant son église telle qu'aux jours d'autrefois, les yeux levés comme si elle voyait la sainte ampoule et tendant son épée en un geste de respect, ainsi que pour saluer le Saint- Sacrement ou des drapeaux.
Mais son église n'est plus la même. Entre ses arcs-boutants fendus, ébranlés, pareils à de grands ponts des Soupirs, qui la soutiennent encore, avec ses portails murés de sable, aux emplâtres de sacs entassés jusqu'à leur voussure comme si des meuniers avaient apporté là, pour les consacrer, tous les bb's de la Champagne, la cathédrale de Heims, Nolre-Dame-des- Obus, ainsi bouchée en bas, ouverte et béante en haut comme un cratère, offre une grandiose image de désastre vers l'an 1,000.
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Et Jeanne semble la garder, patronne des écroulements, annonciatrice de résurrection.
Elle voit quelque chose dans l'avenir prochain. Elle écoute, elle attend.
Quoi donc ?
D'être canonisée.
Tournée du côté de Rome qui achève d'instruire sa cause, elle espère, elle a foi. Elle s'écrie en son cœur : a C'est le moiiieut ! Pour gagner le titre et le nimbe j'ai fait ce que j'ai pu. La France veut sa Sainte, et la vent maintenant. Elle l'a méritée. Le monde qui souffre et qui croit compte que vous voudrez bien, mon Dieu, par l'entremise de votre représentant sur notre terre de douleur, lui donner, comme un premier gage de victoire, celte satisfaction. »
23 mars 1918.
Depuis que Paris bombardé est devenu zone de guerre, un certain nombre de questions nouvelles ont surgi, de gravité diverse et de nature différente, mais toutes — y comprises celles qui, par comparaison avec d'autres plus grandes, semblent d'un intérêt réduit et pourraient mémo, bien à tort, provoquer le sourire chez quelques malicieux irréfléchis — ont leur réelle et pressante importance.
Une des principales est la question de la cave.
Descendre à la cave ? Ou rester chez soi, dans son appartement? Là-dessus tout a été dit, et plaidé, des deux côtés. Le courage naturel, l'amour-propre, l'esprit de fronde et de hardiesse, incitaient d'abord la plupart à se moquer des recommandations et à ne pas bouger. Ajoutez à cela l'ennui matériel, la corvée de l'acte, le dérangement dans les petites habitudes intimes du soir, le vague soupçon du ridicule,
l'idée très faussement honteuse qu'on se faisait de la manœuvre, la gêne indéfinissable enfin, aussitôt causée par cette pensée, et vous ne vous étonnerez pas que le sentiment instinctif ait été pour la majorité celui de la résistance et du refus. « Allons donc ! s'indignait plus d'un, pas de cave ! j'aimerais mieux le balcon I La cave, c'est bon pour le voisin, pas pour moi. » Et il y avait dans cette façon de raisonner très sincère un souci de dignité méritoire et infiniment honorable.
Et puis, après qu'on se fut soulagé par ce mouvement, le bon sens qui chez nous n'est jamais bien loin, et se tient prêt à toute éventualité, ne tarda pas à prendre le dessus. La cave apparut ce qu'elle était, un refuge indiqué, un abri sûr, un « foyer » familial, accueillant et paisible, où l'on ne cessait pas, quoique à distance et à un autre niveau, de demeurer chez soi. Et même, dans les circonstances présentes, le fait de s'y rendre et d'y séjourner la rehaussait, lui relirait ce qu'elle avait en temps ordinaire de fruste et d'un peu domestique ; elle gagnait ainsi figure de domicile, et — mieux encore — la masse brutale de ses murailles l'assimilait sous le fracas des bombes à un souterrain de forteresse, « la forteresse Paris », comme dit le Boche.
Du jour au lendemain, par un heureux revirement, la cave, adoptée même avant d'avoir été essayée, est devenue à la mode. Elle a déjà produit sur l'esprit de ceux qui sont allés à elle les plus salutaires effets.
La promptitude disciplinée avec laquelle on s'y rend, la parfaite sagesse avec laquelle on s'y tient, la bonne tenue qu'on y observe, les pensées qu'elle éveille ou qu'elle écarte, l'espèce de travail intérieur et de méditation forcée qu'elle inilige à ceux qii'elle en juge dignes, sont d'une rare valeur. Quel que fût l'état dans lequel on était quand on y est descendu, on se sent plus à l'aise quand on en remonte. Au point de vue moral on n'en sort jamais décavé, mais toujours enrichi. Elle est incomparable pour vous faire ensuite bien respirer. On apprend sous ses voûtes solides la fragilité des choses que l'on s'imagine en plein jour devoir être éternelles. Dans la cave, l'âme, à ces heureslà, se dépouille comme un vin et dépose ses impuretés.
Toutes les caves de Paris, je m'en doute, ne sont pas, môme pendant la canonnade, des lieux de réflexions philosophiques ni des sanctuaires de rêverie intérieure. Les idées spiritualisles et religieuses n'y trouvent pas partout un asile également propice. Il y a et il y aura des caves de méchant aloi et de mauvais ton, des caves tout à fait basses où s'échangeront de vilains propos et on les locataires d'en dessus continueront d'être dans le dessous dont ils ont pris l'habitude, à n'importe quel étage de leur vie. Et il y aura aussi, dans un tout autre genre, aimable cl gracieux, des caves très bien amé-
nagées, très mondaines, où l'on s'amusera à (( recevoir », où l'on joncra le bridge, où l'on donnera le thé, de la musique, des charades... que sais-je ? — Y voyez-vous donc du mal ? direzvous. — Oh ! pour ma part, aucun, et si c'est la seule forme de protestation et de réaction dont s'estiment capables à ce moment-là de charmantes Parisiennes, elles ont bien raison de la pratiquer, et de faire « cave » à leur idée, selon la couleur de leur esprit... Cette frivolité, qui n'est qu'apparente, dénote encore une gentillesse de courage fort appréciable.
Mais — est ce chez moi dépravation artistique et sentimentale dont je m'excuse ? — malgré tout je garderai une secrète préférence et une estime particulière pour la cave qui restera une bonne bête de cave, tout froidement, et qui ne cherchera pas à se gober, à se faire passer pour boudoir ou à se croire bonbonnière. Que l'on donne à la cave un petit coup « de Gon », qu'une toilette rapide et souvent utile lui soit faite à l'avance, qu'on y transporte quelques siège.", un fauteuil, un tapis, une lampe, une table qui permette de lire, d'écrire ou de se livrer à un jeu honn«Hp, voilà le suffisant. Tout ce qui voudra franchir ce maximum, à mon avis, la dénature et lui enlève son cachet, son bénéfice. Quelle sottise que de prél(;ndre la maquiller et la transformer à ce point ([u'on arrive à l'oublier ! Restons au contraire dans la note et le programme, en lui laissant, à cette cave historiqurî, sa |)hysionomie réelle et prédestinée. Tout
ce qui, pendant les heures d'attente où elle nous hospitalise, la « représente » à nos yeux et la situe dans notre esprit, loin de m'attrister, me cause une impression de justesse et de franchise excellente. A quoi bon tricher? On bombarde et nous sommes dans la cave. Tel est le fait. Dès lors je ne trouve pas du tout fâcheux que les murailles nues et u intégrales » me rappellent leur épaisseur et leur solidité... Les toiles d'araignée elles-mêmes, échappées à la tête de loup de la servante — ou ménagées par elle — n'y sont nullement déplacées ; bref, je persiste à penser qu'on doit respecter son caractère et que la parure la dépare.
La cavç pratique aussi ce bienfait de rrunir. Elle rapproche et rassemble, sous la menace du danger, les membres de la famille et ceux des classes. Pour y accéder, en effet, sans dommage, par les passages étroits, les escaliers roides et glissants, il faut fréquemment s'aider les uns les autres et se tenir par la main.
El une fois que l'on est rendu dans cet impressionnant réduit, les ténèbres qui composent son atmosphère habituelle et que n'arrive jamais à dissiper entièrement l'éclairage de fortune improvisé, en font une merveilleuse « chambre noire » où bien des problèmes sociaux se développent et s'élucident.
Si, en tout, à quelque chose malheur est bon, vous verrez que la cave, en dépit des émotions violentes qu'elle nous assène, ne laissera pas plus tard dans les esprits un trop douloureux
souvenir. On y aura lu, écrit ses impressions, à la Silvio Pellico : Mes caves..., tricoté avec fureur, pleuré et tremblé, çà et là, mais ri aussi et prié, et beaucoup pensé... plus quelquefois en une heure qu'on n'en avait auparavant eu l'occasion en dix ans.
Et maintenant autre question. En même temps que l'on met, avec raison, chaque fois qu'il est nécessaire, en sûreté sa personne, doiton y mettre aussi, une fois pour toutes, son bien, c'est-à-dire son mobilier, ses affaires personnelles, ses livres, ses objets d'art, ses tableaux, ses reliques, ce que l'on a de plus cher, de plus précieux, et dont la conservation préoccupe souvent plus que celle de soi-même?
Sur ce second point, il n'y a pas jusqu'ici, comme sur le premier, unanimité de décision. — « Oui, cachons tout ! s'écrie celui-ci. Décrochons ! enlevons! emballons! remisons!... A la cave aussi mes bien-aimés trésors ! Leur valeur marchande est-elle considérable ou nulle ? peu importe ! ce sont mes affaires, que rien ne pourrait me remplacer, môme le double et le triple de leur prix en argent, si le bombardement les anéantissait ! Sauvons-les vite, vite, en les expédiant au loin, ou en les enfouissant ! »
Et cet autre s'exprimant avec lenteur, oh ! sans allégresse, mais d'une voix ferme et tranquille, réplique : « Ma foi non. Je ne touche à
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rien. Sans doute, je n'ignore pas qu'en laissant tout en place je cours un risque ! Tant pis. A la grâce de Dieu ! — Mais vous êtes coupable ! et fou ! — Non, car en même temps qu'on met en sûreté son corps, son physique, le plus urgent est de sauvegarder son moral, or, je le sens, je suis ainsi fait, qu'en décrochant de chez moi un seul objet, c'est moi que je décrocherai. Dans cette voie le moindre geste vous entame. Pas de concession. A la seule idée de me démeubler, de déménager mon appartement, de mettre à nu mes murs, j'éprouve que je me dépouille et me démantèle à mon tour, et que ma raison elle aussi s'apprête à déménager ! Halle-là ! Moi à ma place. Mes affaires à la leur. C'est la seule chance et la meilleure façon que nous ayons tous de bien tenir ensemble, — et jusqu'au bout. »
Lequel est dans le vrai ?
Pas de doute. Le second.
30 mars 1918.
(( Tl ne faut pas s'en faire. — Il n'arrive que ce qui doit arriver. — On n'évite pas son destin. » Ces axiomes fameux et bien d'autres qui expriment catégoriquement la même idée sont, plus encore que de coutume, en vogue depuis la guerre. Nous les entendons des centaines de fois tous les jours et nous mettons volontiers notre zèle à les répéter. Ils ont pris à la longue une force d'évidence, presque partout admise. Il est certain qu'en elles-mêmes lesdites déclarations paraissent sans réplique et qu'au premier aspect il est difficile de voir par quoi elles pourraient pécher. Observez cependant, à fond, le sens complet et souvent secret de ces formules, tout ce qu'on peut, suivant les intentions ou les besoins de la cause, leur faire diversement produire, tenez compte aussi de la mentalité très opposée de ceux qui les emploient avec une égale recherche, et vous commencerez à vous apercevoir qu'elles n'ont peut-être pas la perfection morale
absolue que vous leur supposiez. Vous serez d'aborel très surpris que des vaillants, de bonne trempe, et des mous, de petit caractère, soient capables de tenir le môme langage et d'adopter des règles pareilles. Mais vous comprendrez tout de suite que, les mots ne signifiant rien et ne valant que par la façon logique et obligatoire dont chacun, selon sa nature, les interprète, il n'y a pas lieu de s'étonner de cette anomalie. Et c'est alors que tout d'un coup vous sautera aux yeux cette vérité : qu'il n'y a pas, comme vous vous limaginiez, an fatalisme à différents degrés, qui cependant demeurait plutôt bienfaisant, — mais qu'il y a deux fatalismes, un exécrable, et un excellent, ayant l'air, par les mots, de dire tous les deux la môme chose quoiqu'ils signifient par l'esprit deux tendances, deux états franchement contraires.
Le premier, qui envisage, accepte et subit tout sans le moindre examen, dans l'atonie et la torpeur, est une espèce d'orientalisme général de l'àme et du corps, ou bien une hypertrophie de l'insouciance et de l'égoïsme poussés à leurs dernières limites.
Le second, qui envisage aussi et accepte tout, mais, après réllexion et connaissance des nécessités, est une résultante de sagesse et de raison, un effet pratique et voulu de la confiance, de l'espoir, une preuve expressive des résolutions.
Le premier abandonne, écarte et renonce.
Le second tient le coup, de joyeuse et brave humeur.
Ln premier ferme les veux. Le second les ouvre tout grands. Celui-ci s'endort et celui-là veille.
Ainsi, dès qu'on a bien séparé ces deux lalalismes qui faisaient semblant de n'en former qu'un, et mis à part leur interprétation respective, il est aisé de constater les éclatantes divergences qui les rendent inconciliables. 11 faut choisir. Quand on exerce l'un, on devient l'ennemi de l'autre. On ne peut pas les pratiquer ensemble, ni même alternativement.
Le mauvais fatalisme est de prime abord le plus facile, parce qu'il offre d'agréables tentations. Il trompe autant qu'il plaît. C'est un oreiller si commode, si moelleux! Il dispense de chercher, de vouloir, d'essayer même, et non seulement d'agir, mais de penser. Etant la négation proprement dite de l'initiative et de l'attaque, il paralyse toute velléité de résistance, il livre pieds et poings liés aux fluctuations des événements et surtout à leur dérive. On devient, 8ur le flot, l'épave, le bâton flottant, le bouchon. . . Et en même temps il vous abuse, il vous procure l'illusion de la grandeur et de la hauteur dame, il vous donne, avec une orgueilleuse sérénité, la fausse impression des vertus qu'il est en train de détruire : tandis qu'on tourne au lâche, on se croit courageux, et l'on s'estime supérieur à mesure qu'on se rabaisse. A ce jeu de dilettantisme, on goûte une espèce de prédilection personnelle et le dédain d'autrui. Un des signes caractéristiques par où se trahissent les disciples du fatalisme étroit et perverti est qu'à la
phrase-maxime : « Je ne m'en fais pas! » ils ajoutent presque toujours : « moi! » montrant ainsi malgré eux, par ce moi qui boucle et résume leur pensée, toute la suprématie qu'ils lui attribuent! Ce moi n'indique pas seulement la puissance d'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, mais la dédaigneuse pitié que leur inspire le pauvre voisin, cet être vulgaire et chélif « qui s'en fait, lui » !
Eh bien, n'en déplaise aux Narcisses du fatalisme vaniteux, et contrairement à l'idée trop acceptée jusqu'ici, ne craignons pas de proclamer « qu'il faut s'en faire » 1 que nous vivons dans des temps et à des minutes où c'est l'obligation, l'hygiène intellectuelle, le devoir. Mais voilà, il y a la façon!
Par « s'en faire », entendez aussitôt se tourmenter pour soi, non pour sa tranquillité et ses aises, mais pour son amélioration et son propre perfectionnement, A ce point de vue, il importe de s'éplucher davantage et de moins scruter les autres, car vous n'êtes pas sans avoir remarque que les bons apôtres qui prétendent ne pas s'en faire, eux! sont pour leur prochain d'une exigence pointilleuse et d'une irritabilité redoutable. Blâmer, reprocher, critiquer, médire, accuser, sont les principales besognes de leur modérantisme et de leur fraternité sociale. Parce qu'ils (' ne s'en font pas », ils estiment que les autres devraient « s'en faire » et ne se remuent pas, ou
ne s'inquiètent pas suffisamment! Rappelons-les à de saines rigueurs vis-à-vis d'eux-mêmes. Persuadons-leur de ne jamais se trouver assez courageux, assez patients, assez résolus; engageonsles à se guetter, à se surveiller : telle est la direction magnifique dans laquelle désormais il leur est prescrit de u s'en faire ».
Et à ceux qui, victimes, conscientes ou non, de la formule dangereuse prise aveuglément au pied de la lettre, sont en train de perdre le INord, nous rappellerons l'espiit unique du terme, aujourd'hui détourne de son véritable et premier sens. « Ne pas s'en faire » ne doit pas vouloir dire : s'en moquer, opposer à tout la blague sei vile et le haussement d'épaules, ni bâiller, ni ricaner à tort et à travers devant les faits, ni se gourmer dans je ne sais quelle pédanterie soi-disant philosophique, ni monter dans une tour, ni se réfugier dans une oasis d'idées, ni s'enfermer dans une clôture d'élégance hautaine. Non. Cette expression veut être prise à la rude manière du soldat. Qu'entend-il par là, sinon ne pas s'affoler, ne pas perdre la tête, et la garder pour s'en servir, au mieux? Ne pas s'en faire, à siin idée, c'est se fier par-dessus tout à ses moyens, à son courage, à ses résolutions... tandis qu'au mauvais sens d'une tout autre pensée, quoique avec les mêmes mots, « ne pas s'en faire » préconise le relâchement de ses facultés, l'abandon de sa force et de toutes ses ressources de combat. Dans le premier cas, la maxime en question est un stimulant, — dans le second, un dissolvant. Ici le vin, là l'opium.
Ainsi se présentent ces deux fatalismes contraires que trop de gens ne savent pas discerner et situer avec précision. Il nous a paru qu'il était plus que jamais utile et secourable d'exalter les avantages de l'un et de dénoncer les dangers de l'autre, de montrer la pauvreté de la doctrine égoïste ou morbide et de mettre en lumière les beautés du régime tonifiant.
Nous avons lu ces jours derniers le récit du suicide de cet officier russe qui, profondément affecté par les événements dont son pays est le théâtre, voulut s'en remettre au sort pour savoir s'il devait vivre ou non. Après avoir enlevé cinq des balles de son revolver et fait tourner plusieurs fois le barillet, il dit à une personne qui se trouvait près de lui : « Je vais appuyer deux fois sur la gâchette. Si une cartouche se trouve en face du percuteur, c'est que je dois mourir. Sinon, je me résignerai à la vie. »
A la première fois, il n'y eut rien. Mais, à la seconde, le coup partit et l'officier tomba foudroyé.
Voilà le fatalisme absurde, le nilchevo! dans toute la sottise et l'horreur de sa folie !
Imaginez maintenant en regard le geste et le ton du poilu de la tranchée qui dit : « A présent que je me suis mis en mesure, il arrivera ce qu'il arriverai Du moment que j'ai fait tout ce que je devais, je ne dois plus m'en faire. Je suis prêt. »
Voilà le fatalisme loyal et sublime, celui du héros français.
L\ CONFIAÎVCE
6 avril 1918.
Gomment parler savamment de la gigantesque bataille engagée? Qu'en peut-on et doit-on dire? C'est une opération multiple, immense, d'une incessante mobilité, qui, môme courte, aura ses longueurs et qui, non contente d'abord de nous échapper, nous trompe ensuite si nous prétendons, avec nos moyens imparfaits, la connaître et l'approfondir. Avons-nous même le droit, sans l'exprimer, d'en penser dès à présent quelque chose de juste et de précis? Non. Nous nous sentons déraisonnables d'oser, dans quelque sens que ce soit, des affirmations, et impies d'émettre des doutes. Eloignés du champ de bataille, plus encore par notre ignorance et notre état que par la distance matérielle qui nous en sépare, privés d'être — à défaut d'exécutants de la lutte — des témoins véridiques ou de simples renseignés, nous n'avons qu'un parti à prendre : celui de la confiance aveugle et déterminée. Tout ce que nous pouvons désirer, croire ou rêver, trouve sa
place et sa satisfaction dans cet unique sentiment de la confiance. Elle formule et rassemble nos vœux, nos fièvres, et aussi nos angoisses, qu'elle éclaire et discipline. Elle contient toutes les énergies de l'espoir et de la résignation, toutes les vertus. Elle est le plus court chemin qui va de l'homme à l'homme et de l'homme à Dieu. C'est elle qui, le plus, en ce moment, nous rapproche du soldat, de l'action, du but. La confiance est le grand lien contre toute rupture, notre mot d'ordre national, la devise des Alliés.
Sans doute il ne suffît pas pour gagner le sentiment de prononcer le mot, mais si communicatif est le pouvoir de ce mot surhumain : confiance ! qu'il la donne déjà. Il balaie aussitôt les esprits et les fronts soucieux. Il y a en lui du soleil, du vin, du baume et de la rosée. C'est un mot qui sourit, matinal, plein d'aurore, et profond aussi comme un angélus. Ayons donc confiancel ce soir et demain, tous les jours. Ne sortons pas de ce sentiment si beau, si facile ! Eaison*-en notre cuirasse, ou tout au moins notre guérite. Ainsi nous saurons attendre à son abii, nous qui ne sommes pas dans le choc, la fin de la dure épreuve.
Cette confiance, pour être efTicace, il importe, nous l'avons dit, qu'elle soit entière, absolue,
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comme celle de l'enfant dans son père, sa mère, et leur infaillibilité.
Si nous commettons l'imprudence d'y môler la moindre des arrière-pensées, une parcelle de jugement ou de critique, nous lui enlèverons tout mérite et elle perdra son effet.
Croyons dans l'esprit, dans le cœur et lame de la France, quoi qu'il arrive et qu'il puisse arriver.
Nous n'en savons jamais plus que ne l'accorde notre intelligence et nous ne voyons pas au delà de notre vision. Mais ces limites-lù, bornées, ne sont pas les vraies. La ligne des événements, l'horizon de l'avenir nous demeurent impénétrables et peuvent être baignés de lumière quand nous les apercevons encore dans l'ombre. Avoir confiance, c'est se renoncer dans tous ses intérêts individuels, ses raisonnements, et se plonger, s'abîmer dans la foi, celte foi qui devient religieuse, même en dehors de la religion, et qui sanctifie parallèlement ses disciples et son objet, la foi plus forte que tous les calculs et toutes les fausses évidences, la foi qui transporte et qui sauve.
Seule cette méthode nous procurera le calme et la sérénité dont nous avons besoin pour remplir ici, sans trouble ni distractions, notre tâche quotidienne. Ces jours étendus et pesants qui s'écoulent sur les armées, nous autres qui pouvons nous recueillir, vivons-les avec le respect que commandent les circonstances de l'histoire et le caractère des lieux sacrés où la forgent nos soldais.
Nous sommes dans la grande église à l'heure où le sacrifice suprême est en train de se célébrer. Sur les champs de bataille on dit la messe, la grand* messe de ihamanité. Nous, dans les villes, ça n'est que la messe basse. Au moins serions la messe; et sur les marches, à genoux, Jaisons bien les « répons n puisque nous n'avons pas le droit, comme le prêtre de la patrie, de monter à Caulel.
Notre action, c'est, là où le destin nous a postés, de fournir, d'une façon tranquille et résolue, ce qu'on attend de chacun de nous. Pour tenir ce modique engagement, gardons la confiance, et si par malheur nous ne l'avions pas jusqu'ici suffisante, prenons-la vite. Le devoir, la dignité, la raison, l'honneur et l'intérêt aussi, l'exigent. Les premiers de ces motifs sont les seuls qui soient dignes de nous dresser, l^coutons ce qu'ils nous suggèrent. Cette confiance est d'ailleurs aisée, elle ne nous fuit pas, elle ne demande qu'à venir à nous et à nous habiter; elle est là, toute prêle, à notre porte et nous n'avons qu'à lui faire un signe pour qu'elle accoure aussitôt se jeter dans nos bras... Mais elle ne peut rien malgré nous et sans notre appel. La condition principale pour l'oblenir, c'est le regret qu'elle nous manque et la volontr de l'avoir.
Celui qui souffre intolérablemenl d'en être privé la possède à moitié déjà. Aussi nul n'est capable aujourd'hui de ne pas la vouloir, et
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nous (levona tous à tout prix la garder comme le dernier de nos biens, ou, retardataires, la conquérir. On ne peut plus s'en passer. Outre que vivre sans elle est une honte et un supplice aggravant toutes les affres de l'imagination, elle constitue le seul chemin de salut et la sublime impasse qui s'ouvre devant nous. Si nous n'avons pas confiance nous sommes perdus. Broncher c'est tomber. Avec la confiance nous accepterons toul, et sans elle, rien. Pas de choix! Donc il est fait.
Et alors, aussitôt, quel apaisement, quelle largeur soudaine! quelle fraîcheur de vues, de courage et d'espérance positive! Mais regardez 1
Où cela? Partout.
En dessous de vous d'abord voyez les humbles, les courageux, le peuple qui lutte et qui [)eine, qui se jette sur le travail avec un redoublement d'énergie! Enfiévré par le sacrifice, il garde sa belle humeur, son bon sens, sa rude logique et sa claire raison. Il a confiance.
Voyez ces réfugiés que les chariots de secours déversent sans arrêt dans nos asiles depuis deux semaines. Tout leur manque pour la plupart. Vêtus de loques, demi-nus, pauvres épave» humaines, ils ne savent pas de quoi sera faite, ce soir et demain, leur vie ravagée; meubles, domicile, bétail, et leur maigre bien, ils ont tout perdu : ils n'ont emporté et conservé qu'un seul trésor insaisissable et merveilleux : la confiance. Et pour eux le mot seul, comme un colTret magique, renferme en lui la maison, lechumi^ le
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foyer relevé, retrouvé dans les sillons de l'avenir. Se plaignent-ils? Gémissent-ils? Non. Lenr douleur sourit quand même, et leur détresse espère. Les pleurs aux facettes de diamant font de leurs yeux des morceaux d'arc-en-ciel. Leurs larmes ne coulent que pour briller. Ils ont confiance.
Voyez le grand spectacle, entendez le beau langage unanime de la nation. Où que vous tourniez les regards et tendiez l'oreille, c'est toujours la même idée puissante et fière qui par-dessus les courants et les remous domine l'océan des âmes et le soulève comme un vent en vagues d'assaut. Confiance!
Malgré nous, pour ainsi dire, nous sommes à chaque instant de prochaine faiblesse cueillis, rattrapés en dessous par cette vertu plus forte que tous les émois. Comme David prenant à terre et enchâssant dans le cuir de sa fronde la pierre destinée à la tempe de Goliath, ainsi la confiance, ardente à nous lancer, nous ramasse toujours et nous prend dans sa paume.
Voyez aussi l'inébranlable fermeté de nos alliés; écoutez cette vaste voix de r.\mérique fraternelle nous criant du largo : « Courage 1 Nous débarquons, nous volons vers vous I ») Regardez de près, dans les crevasses de leurs héroïques visages, nos chefs et nos soldats, transfigurés par la splendeur de l'ellort et du but. Imprégnez-vous de Clemenceau! Suivez Foch ! Accompagnez, aimez, admirez ces hommes magnifi(iues! Montez là-bas jusqu'à ceux qui, en plein enfer, ne perdent pas de vue le ciel et