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Les grandes heures

Il me semble que tout en reconnaissant, chaque fois que l'occasion s'en est présentée, la bravogre et le mérite des troupes noires, on n'a tout de même pas assez rendu hommage à Teffort incomparable qu'elles ont fourni.

Dès le début, au moment des combats à ciel ouvert, pendant les marches offensives de la belle saison, elles ont commencé à donner. Parmi les premières, on les a jetées sur le mur tout neuf des masses allemandes, et aussitôt, à la seule apparition des soldats d'ébène et d'acier, ce mur de bronze s'est fendu, s'est entr'ouvert et a coulé comme du sable. Pas d'as- II 1

saut bien ordonné ni de charge sérieuse sans les noirs. Qu'il s'agisse d'entamer ou de finir, de forcer la résistance ou de compléter la déroute, ils sont là, toujours bouillants, toujours prêts. Et pas besoin de rien leur demander, c'est eux qui demandent. Maîtres du corps à corps et fanatiques de la baïonnette, leur furie n'a qu'un splendide défaut, celui de l'impatience poussée jusqu'au délire.

Quand ensuite, il fallut, aux brouillards déjà glacés de l'automne, creuser la terre et s'y aplatir, s'y recroqueviller, on avait lieu de craindre que l'ardeur des soldats de soleil et de vie impétueuse ne s'appauvrît. Il n'en fut rien. Sous la pluie et la neige, les pieds dans la boue, claquant de toutes leurs dents blanches, minés par la fièvre, et gardant malgré tout leur large sourire, on les vit butés dans un fatalisme héroïque, faire face à toutes les soulTrances et à tous les dangers, en demeurant capables, au premier signal, de bondir et de rugir comme d'habitude et de retrouver leur irrésistible élan. Mais, à ce métier de surhumaine endurance, ils n'ont pu tenir jusqu'au bout contre les rigueurs du climat. Le froid, à la longue, a eu raison, non de leur courage, mais de leurs forces, et, devant cet ennemi-là, ils ont dû, momentané-

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