‹ Les grandes heures (volume 5)Chapitre 2 sur 12 · LE SANG DES NOIRS · texte numérisé non relu

LE SANG DES NOIRS

ment, se replier, dans l'état lamentable et imposant encore où nous les avons recueillis. Grands blessés, amputés, mutilés, éclopés, ou prisonniers de la maladie et les membres gelés, ils n'avaient vraiment plus un sacrifice à faire.

Ils ont donc bien gagné les soins, les bons traitements de la chaleur et de la lumière, toutes les douceurs charitables qui pourront seules, sinon les guérir, du moins leur procurer un restant de vie apaisée. Tous évacués aujourd'hui, ceux qui ne retourneront jamais au feu, comme ceux qui, plus tard, y seront ramenés dans des conditions meilleures, les voilà, en attendant, disséminés dans les villes du Midi. Les uns et les autres, ne les perdons pas de vue.

Les mutilés d'abord doivent attirer notre sollicitude. Que deviendront-ils demain ? Il faut que, par ses ramifications dans nos colonies, l'œuvre due à la généreuse initiative de Maurice Barrés s'occupe d'eux. Ici, dans la mère-patrie, le mutilé blanc de Paris- et de la province ne manquera pas d'être l'objet d'une attention vigilante, mais le noir estropié, le Marocain, le Tunisien, le Sénégalais, le Congolais, tous les Africains des régions lointaines. ., quelle sera leur destinée, une fois réintégrés dans leurpays, avec un bras ou une jambe de moins? J'es-

père me tromper, j'appréhende pourtant qu'ils ne soient exposés à un abandon contre lequel, aussi bien par insouciance que par dignité de nature, ils s'abstiendraient de protester, et rien ne m'est plus triste à la pensée que la vision du malheureux, de l'ancien guerrier réduit à l'inertie et incapable de travail, traînant là-bas, dans la vieillesse et la misère, une existence ruinée.

Que nous serions coupables et ingrats si, après la guerre, nous ne les entourions tous d'une fraternelle reconnaissance! Ceux qui ne les connaissent pas sont quelquefois portés à croire, tout en admirant leur bravoure et leurs qualités de soldats, que leur rudesse et leur simplicité sauvage en font des hommes inférieurs. Comme ils se trompent ! En dehors des vertus militaires, ils en possèdent bien d'autres au même degré de perfection. Bons, fidèles, leur intelligence est merveilleuse, prompte, élevée, leur cœur apte à tout sentir, capable des nuances les plus fines de la délicatesse. Presque tous montrent une fraîcheur et une grandeur d'âme incomparables. N'est-ce pas plus qu'il n'en fautpour justifier la gratitude et la tendresse que leur ont vouées inaltérablement les chefs devenus leurs amis? Inter-

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