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Les grandes heures

J'ai tenu souvent dans mes mains des vieilles lettres de soldats de la Révolution et de l'Empire. C'était de grands papiers carrés, à feuille double, ornés, eu haut de la première page, d'une vignette naïvement peinte, figurant un houzarrl à cheval en ti'ain de sabrer, un artilleurbleu à côté de sonconon aux épaisses roues, cloutées comme jadis à Pavie, un dragon vert et léopard, un officier en culotte blanche, coiffé jusqu'aux oreilles du vaste shako.

Datées de tous les pays, de toutes les villes et de toutes les capitales d'Europe", bourrées de noms allemands, russes, hollandais, italiens, espagnols, dont l'orthographe avait souffert au cours des lignes presque aussi rudement qu'au cours des combats celui qui les avait écrites, ces lettres étaient toujours longues et en for- III 1

malions serrées. C'est que Ton ne s'y mettait pas à la vanvolc. Tout faisait défaut : la poste, l'encre et le temps. Quand, au bout d'une kyrielle de semaines et de mois. Ton s'y décidait, un soir dans une grange,... au bivouac, assis bas, le matin, un tambour entre les jambes,... ou sur un coin de table ruisselante de vins nouveaux, au cœur d'une cité rendue, on y allait bon jeu, et pour un moment. A supposer que l'épître arrivât, ce ne serait pas tout de suite. Il importait donc qu'elle contînt le plus de choses dans ses quatre feuilles couvertes à ne pas laisser voir de blanc la largeur d'une tête d'épingle. Les post-scriptum passaient résolument sur le corps du soldat de vignette.

11 est bien rare que ces lettres soient brillantes et troussées en bravoure. Ou'il s'agisse d'un vif officier ou d'un homme de troupe plus calme, elles montrent la même sagesse, une philosophie éprouvée et un peu sentencieuse. Pas de transports, pas de griserie, mais cette espèce de lassitude qui solennise les vainqueurs et les montre rassasiés de tout, même de la conquête. On garde la pointe et le feu pour l'action. La plume ne doit pas dérober à l'épée ou au fusil ce qui leur appartient.

Les lettres des soldats d'aujourd'hui n'ont rien de commun avec celles des soldats d'hier,

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