L.V MKDMLLE GOMMIihMORATIVE
nommera dans les renconlros, sur les chemins dn monde. On saura tout de suite en face de i\\n Ton se trouve ; elle créera inslantanément luie atmosphère et un esprit de famille. Sans se connaître ni s'être jamais vus on se reconnaîtra.
Ce sera le passeport, visé et timbré par le feu, que l'on n'aura pas la peine d'exhiber. (îrAce à ce signe tous les genres de distances seront supprimés. Les mains partiront toutes seules pour se serrer. Nul besoin de se parler pour s'entendre. Les yeux suffiront, en projetant le même souvenir. Différents et opposés de type, de race, de traits et de couleur, les visages ramèneront des pensées pareilles. Le noir, le jaune et le blanc, le Marocain, le Japonais, le Russe et l'Australien, le Serbe et l'Anglais, le Roumain, l'Ecossais, le cavalier de l'Inde et l'alpin de Paris seront tous de la (Classe.
Du Nord ou du Midi, d'Europe, d'Afrique ou d'Asie, d'ambre, d'ivoire ou de bétel, toutes les dents, devant le signe, étaleront un étrange sourire et remâcheront le passé.
Mais traversons cette surface et allons plus avant.
Notre médaille ne sera pas seulement une marque extérieure et s'arrêtant à l'habit. Elle
p«''nélrera. A la vertu de ce Sésame les portes intérieures s'ouvriront. Elle ne se bornert^ pas h consacrer un fait acquis, elle prescrira des devoirs corrélatifs. Elle obligera ceux qui en seront munis à demeurer mobilisés en esprit après la grande tourmente. Elle en fera, cor^ime dans une fête, des çompiissqirps de la (Civilisation, des compagnons actifs de l'Aide irjptuelle et de la Solidarité. Et ce ne sera pas son moindre mérite qu'ayant été motjvée par la guerre, elle devienne précieuse pour la paix, et contribue à la maintenir. En prolongeant au delà du champ de bataille la fraternité des armes, elle témoignera, pendant des gnnées, la gratitude réciproque des peuples qui ayront lutté côte à côte.
La médaille, ne craignons pas de le répéter, n'aura en rien le caractère d'une récompense; et, bien qu'assurément elle soit honorable, il ne s'agit que d'une simple mention.
Elle voudra dire qiLon a été là. On a fqit la guerre. Oui.
Gardez-vous de vous écrier que cette mesure est excessive, qu'il y a déjà trop de crpix!... et que c'est de la syperfétation.
Sans doute les décorés de la croix de guerre n'en auront pas besoin. Mais ceux-là seuls; car la Légion d'honneur et la médaille militaire elle-même n'indiqueront pas forcément qu'on les ait gagnées à çeltç gucrre-là. 11 y aura des présomptions, mais pas de certitude. Or, ce
LA. MKDAII.LE COMMKMORATIVE iH?,
• qu'il faut, c'est la certitude ; que le signe, sans qu'on rinterroge, parle et réponde. La médaille commémorativo peut seule atteindre ce but, et du même coup elle rend inutile Tinsigne des mutilés.
Et puis, avez-vous jamais songé à tous ces braves gens de la masse et des foules arrriécs
[ qui, simplement, avec une silencieuse et régulière énergie, auront poursuivi leur devoir, obstinés pendant des mois et des mois à la rude tûche quotidienne, allant à la tranchée comme à un bureau, sans jamais se plaindre, menant une vie de soufîrances qu'on ne saurait imaginer? Plus d'un, pai-mi eux, aura commis une
L belle action... restée inaperçue, ou bien demeurée on plan et tombée dans le vide... parce que les < Uefs, qui étaient disposés à la signaler, n'en ont pas eu Ip temps, tués au cours (le la même affaire, et qu'aucun survivant n'est donc revenu
' pour attester leur courage.
Et combien d'autres, héros de désir, de réso-
. lution, n'auront pas eu de chance, parfois aussi étonnamipent préservés de la balle et de l'obus qu'écartés des occasions glorieuses !... Ou encore, éplppés ayant l'offensive, abattus trop tôt pi^r la maladie, auront, sans qu'il y ait de leur
' faute, passé à côté de la citation et des grandes croix ! Tous ceux-là seront un peu consolés par la « Commémorative », bien aises qu'un bout de ruban affirme plus tard qu'ils n'ont pas été embusqués et qu'ils furent admis au péril et
à l'épreuve, s'ils n'ont pas pu l'être à la récompense. Ah ! que tous ces bons fonctionnaires de la bataille reçoivent au moins, avant de réintégrer leurs foyers, ce dédommagement ! Croyez qu'ils le méritent, surtout ceux qui, ne montrant pas de blessure apparente et ayant gardé leurs quatre membres, seront à jamais dévastés en dedans, minés par la tuberculose et d'incurables maux, condamnés à brève échéance, ou à languir pendant d'autres saisons. Comme ils porteront, cloués au lit ou au dos d'un fauteuil, la tête souvent baissée, ils aimeront voir épinglée sur leur chemise de nuit, sur leur habit flottant, cette médaille qui les fera considérer avec respect.
Pour ceux qui marcheront, qui auront retrouvé l'appétit, le rire, et reprendront ailleurs la lutte de la vie, l'insigne devra être le rappel et le gage de 1' « union sacrée », et rapprocher les classes comme il joint dans le bon droit les nations sœurs.
Sur sa face il suffirait d'inscrire, avec les dates, les noms des puissances alliées, et de l'autre côté celui du titulaire.
Quand les poignets se débarrasseraient de la petite chaîne dont ils avaient pris l'habitude, l'insigne remplacerait dans la paix le bracelet d'identité des époques sanglantes.
Nous émettons le vœu, l'ardent souhait qu'en un rapide et facile accord des gouvernements et des souverains la médaille commémora-
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tii'e de la guerre soit au plus tôt décidée. Les armées alliées n'ont pas besoin de ce signe pour vaincre, mais il le leur faut pour mieux i célébrer et perpétuer ensemble la Victoire commune.