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Il y a plusieurs années, au moment où l'aviation prenait chez nous de jour en jour un brillant essor, je disais en substance, à cette même place : « Surtout ne nous laissons pas griser, si exaltants qu'ils soient, par ces premiers succès. Ne croyons pas que nous ne puissions être ni dépassés ni môme rattrapés. Notre avance actuelle ne signifie rien, bille n'est qu'une invite à l'effort allemand. Soyez sûrs que nos ennemis nous suivent, et de très près, et qu'ils ne se désintéressent pas de la maîtrise aérienne. Ne faisons donc pas de l'orgueil plané. En nous endormant dans une confiance trompeuse nous risquerions, au matin du péril national, de nous ménager un dur réveil. »

.Je n'étais pas seul en effet à savoir que les Allemands, pour observer un silence excessif et une modestie commandée, ne demeuraient pas

pour cela inactifs. La reconnaissance même, qu'ils ne craii^naicnt pas d'exprimer, de notre supériorité dans re nouveau domaine, aurait dû déjà nous être suspecte. Comme ils ont la consigne de l'hypocrisie, le moindre de leurs hommages devient, aux yeux d'une attention armée, le plus clair des avertissements. Et, en effet, avec une énergie de méthode et une application intense, en même temps que dans un secrel gardé d'une façon magnifique, ils travaillaient et poursuivaient sans relôche l'organisation militaire de leur cinquième arme. Mais, à cette époque, signaler de pareils dangers passait pour un acte de patriotisme coupable ou mal compris. En ignorant ou en feignant de ne pas savoir que la guerre arrivait, à grande vitesse, on vous accusait « d'y pousser » dès que, même sans la nommer, vous y faisiez la plus légère allusion. \'ous provoquiez de vaines alarmes 1

Enfin, pour beaucoup d'intraitables pacifistes, celui-là seul aimait bien son pays qui s'abstenait d'en parler, de montrer qu'il y pensait avant toute chose et avec amour, dont 1 inflexible règle de conduite était de ne jamais le croire menacé, ni diminué, et surtout de ne rien faire de ce qui pouvait lui être utile et contribuer à sa grandeur.

Combien déjà de légitimes inquiétudes avaient raison cependant de se manifester ! La plupart des erreurs et des lacunes de notre service

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(l'aviation Ici qu'il était avi monient on ôclala la guerre, et devenues aussitôt évidentes, avqient été visées, de nombreux mois auparavant, par de sagaces techniciens, civils et militaires, et |jarn]i ces derniers, je ne ])uis m'empèclier de i-eudre un hon^mage posthume à lardentc et prophétique lucidité du capitaine Clavenad, cet aviateur yigOLjreux e(> tenace qui, après avoir grandement souffert que les circonstances ne lui eussent pas [)crmis au Mai-oc de donner aux services aériens dont il était le chef le développement pratique et l'extension qu'il voulait, trouva Irop tôt en France, au cpur^ d une manceuvre de sphérique, une mort glorieuse.

Si j'évoque ces mauvaises périodes initiales, ce n'est qu'afin d'avoir l'occasion de mieux me l'éjouir avec tous de la vaillante façon dont nous en sommes à peu [»rès sortis. En une année, depuis l'été 1914^ nous nous sommes mis au point. L'Allemagne nous avait distancés, aujourd hui c'est nous qui la survolons, il n'y a qu'à suiyrp les opérations quotidiennes et raisonnées de nos escadrilles poiu- être pleinement assurés de notre supériorité conquise, puis accrue à chaque tenlative récompensée de succès.

Il reste pourtant à faire encore plus peutêtre que ce qui a été déjà obtenu. Qn l'a senti, et l'on s'y applique dans une communauté de

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Iravail tendu m rrmiir t(;ns los elVoiis dispersés. \^() rôle iiiimensf cl (•apilal, peul-ètve décisil", ([lie ra\iali(jii, plus hai-celanle encoi'c el plus niassée, est destinée à jouer L\{\ns ]a secqnde phase de la g-uerre, parallèlement à l'offensive terrienne, apparaît avec une exigence impérieuse. Les conditions particulières de la formidable lutte en imposent mathématitjuement la néçessitp. On a compris rimpfjrtapce, le devoir de ce iront supérieur, et qy en haut i-omme eu bas il ne faut pas laisser de trous, cpie tous les vides doivent être bpuchés pour c[ue la doufcile attaque du sol et de l'air, se soutenant et se complétant l'une par l'autre, aboutisse au résultat définitif. Ce (|ui passait hier pour une poétique ivresse de l'inlelligence et le délire d'une imagination savante, les visions spéculatives des Jules Verne et des ^^'eils, tout à coup sont devenues des réalités militaires, des indications de stratégie aérienne. Nous touchons au moment où, dans le |ciel occupé aussi par le blocus, battu et surveillé comnie les mers, les légères escadres ailées, à l'image de leurs lourdCvS .sœurs des océans, appareilleront et Uvrei'ont bataille (ut large, plus vaste encore que celui rjes eaux, dans cet élément illimité qui malgré ses pièges, ses remoiis, ses tempêtes, n'a point de côtes, ni de ports, pas une île, qui se déroule à l'infini... De grandes et singulières actions vont s'engager là pour la première fois, parmi ces éteDdiies

(l'une loyaut/' l'avoral»lo où il n'est pas permis comme ailleurs de ])ratiqucr l'expeclalive et de se dissimuler. Le nuage opaque lui-même ne peut servir d'abri durable, pas plus qu'il ne se prête à la tranchée. Dans lair tout est immédiat et prompt. 11 faut se battre, vaincre, périr ou fuir. Comment ne pas s'émouvoir et malgré tout éprouver de la fierté en [)ensant à ces l'éalisations prodigieuses et si vite atteintes, à CCS rendements inouïs delà conquête aérienne, dont bénéficiera au centuple l'humanité en paix, parce que la guerre, d'une secousse et d'un bond, dans une crise de fièvre sublime et d'inventive audace, les aura en quelque sorte arrachés avant l'heure des mains du Temps?

Il n'est pas possible que dans un délai relativement court nos impatients espoirs ne soient dépassés et que nous n'apprenions, de ce côté où nous levons la tête, la mise en œuvj-e de formations plus puissantes et de moyens nouveaux d'un rayon développé, d'une force percutrice plus destructive. Certainement la campagne de pénétration par en haut, et de prise à revers, ne fait que commencer et nous réserve, sans préjudice de celles que nous devrons aussi demain à l'infanterie et à la cavalerie, les plus heureuses surprises. L'artillerie ailée, d'une souplesse et d'une mobilité déroutantes, se portera dorénavant, comme l'éclair, à de grandes distances. La batterie de l'espace patrouillera. Le tir errant et

investigateur se proinônera, fouillant partout, à volonté, Tavion et le canon qu'il enlève étant en quelque sorte — par la puissance et la vitesse avec lesquelles ils sont envoyés — passés en première opération à l'état de projectiles, projectiles animés dont réclalemcnt ultérieur ne se produit qu'au-dessus du point précis d'arrivée.

Maints problèmes sans doute sont encore à résoudre et se posent au fur et à mesure qu'on atïronte la pratique de ces hardis concepts. La transmission des ordres ne laisse pas que d'être une des plus grosses difficultés. Comment peut-elle s'exercer sans confusion, avec la certitude et la rapidité nécessaires, surtout en pleine action, s'il s'agit d'abandonner un mouvement au milieu de la lutte ou de l'orienter dans un autre sens? Du commandant de l'escadre aérienne à l'officier d'escadrille, la liaison pourra-t-elle se faire ainsi qu'en bas par des agents choisis à cet efTet? Et comment ceux-ci avant de transmettre l'ordre aurontils les moyens matériels de le recevoir du commandement? Wells dit avec raison qu'il ne croit pas que la vitesse permette de recourir aux pavillons usités dans la marine. Non. La nature fournira des modèles, ajoute-t-il, et, parlant du vol en troupe des oiseaux migrateurs, il estime, avec une hàle un peu confiante à.

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mon idée « que les lioinmes, ayaiil pris aux habitants de l'air leurs ailes, sauront bien leu)emprunter leur tactique ». Je voudrais pajtager son assurance. Mais d'abord, en admettant que l'on découvrît le sig-ne, le cri auquel, obéissant aussitôt, le triangle mouvant modifie son allure du sa direction, à quoi cela nous servirait-il ? Le langage des oiseaux nous fù(-il révélé que nous n'en tirerions aucun pfsrli applicable, à tel point nos moyens d'exécution sont spéciaux, limités, et difTérents des leurs. Il y a lieu de penser que, sur un avertissement qui nous échappe, ce triangle des biseaux saiiv;!ges, par la façon très dense dont il est formé, subit l'effet et le commandement d'une pression progressive qui le fait jouer tout entier, dans une élasticité ininterrompue. Mais le contact étroit, aile à aile, permet seul celte transmission pour ainsi dire machinale, ce magnétisme de communication. Or, il va de soi que, même en ayant trouvé une équivalence ;le procédé, nous ne pourrions en faire l'emploi, jniisqu'il n'est exécutable qu'avec une masse compacte et des formations serrées, cibles aussi follement dangereuses en plein ciel, siiion davantage, que sur terre. Si de nombreux effectifs aériens sont rassemblés désormais et mis en bataille, il semble bien, quelle que soit la manière dont ils seront reliés et enchaînés eiitre eux, qu'ils n'en devront pas moins prendre et garder de grandes distancés pour hè

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pas tachor la nuo el roiirnir un objectif aisé à r artillerie. El comment, en ce cas, poûrra-t-on manœuvre)- à riuHire juste et à l'instant, commamier et être obéi? La nuit, le feu, avec toutes les ressources de ses jets et de ses colorations, sera peut-être rapal)le de tracer vite et de loin des signes lisibles. Mais, eu plein jour, sera-ce la voix des sirènes qui parlera ? un vocabulaire de détonations réglées à l'avance? un système de sans-fils d'une régularité merveilleuse? Est-ce demain, pendant C(dte guerre, ou plus tard, dans un avenir éloigné, que nous verrons voguer, prédits à la fois par un Imaginatif et génial penseur tel que Benson, et un glorieux jirofessionnel de l'espace tel que Ijeaumont, les aé/-iens\ actionnés à de fantastiques vitesses par des ondes tiertziennes et sillonnant d'un pôle à l'autre l'atmosphère?

Peu impoj'te. vVvec ses moyens actuels et redoutables, l'aviation d'aujourd'hui, notre aviation française, déjà riche de preuves et d'exploits, bien tenue en main et hardiment menée, suffit à tous nos désirs. Ayant pris à la victoire une part foudroyante, c'est elle qui, renseignée avant tous, aura la joie de s'en rendre compte et de la voir la première, à vol d'oiseau.

2 octobre 1915.

C'était hier la fin des vacances qui, malgré leurs deux mois de durée ordinaire, ont paru petites. Pour la seconde fois, dans les lycées et les écoles, les élèves font une rentrée « de guerre » .

Cependant la situation n'est pas cette année la môme que la précédente. A l'automne de 1914 on était frémissant, rassuré déjà, mais au lendemain d'une si terrible angoisse! Les esprits s'armaient de patience mais ils n'avaient pas eu le temps de l'exercer. Une ardeur palpitante, une surexcitation aiguë et prompte, agitaient, en les troublant par minutes, les cerveaux. La guerre, qui ne faisait que de commencer et par une brusque avalanche de coups aussi précipités qu'imprévus, n'avait pas pu encore dresser les hommes, et, à plus forte raison, les enfants soumis à son épreuve. Sans

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nous dominer, les nerfs nous tourmentaient. Les facultés d'isolement et d'attention étaient très amoindries. S'enfermer et s'appliquer (louKuulaient une volonté difficile. Même en se lioiu'hanl avec le pouce les oreilles, l'écolier, à cent lieues de distance, entendait le canon. Il fallait le temps de se remettre des secousses du début et d'envisager l'avenir sous toutes ses faces. La rentrée se fît alors, non point en dé sordrc, mais avec un peu de ilottement autour des pupitres. Il y eut des divisions que leur gentil courage n'empêcha point d'être essouflli'îcs pendant quelques jours, comme après la bourrasque d'un gros danger. Les petits cœurs battaient si fort que les premières récitations (lurent s'en ressentir. Le programme des études avait besoin que fussent creusées les tranchées pour se développer à leur abri. Et bientôt, au long des semaines et des mois, tandis qu'au dehors les événements déroulaient sur le monde, leur Cours Supérieur, les traditionnelles leçons étaient redonnées d'une voix raffermie; dans les collèges. L'année scolaire fut excellente; celle i[ui vient sera meilleure.

Les élèves ont appris beaucoup de choses qu'on n'a pas eu à leur enseigner, qui se sont versées en eux au jour le jour, avec une abondance irrésistible et que seule la vie, quand elle est remuée par une tragédie nationale, a le pouvoir d'inculquer. Il n'y a pas de plus complète et de plus solide éducation que celle des

temps héroïques. Depuis l'an dernier les conscrits des lettres et des sciences ont acquis, pour ainsi dire à chaque minute, des notions d'un prix inestimable, des richesses intellectuelles et morales inouïes, tout un butin de connaissances qui leur restera, tel qu'un fonds jamais diminué, s'accroissant de lui-même et renouvelé au fur et à mesure que l'on y puise. Comme les campagnes aux soldats, ces classeslà leur compteront double.

Au bénéfice des travaux de la période studieuse il ne faut pas manquer de joindre celui des loisirs de cet été, lequel s'est distingué des précédents par une atmosphère de réflexion inaccoutumée. Non que les enfants aient consacré ces beaux mois de juillet et d'août à la tristesse; ils se sont livrés, ainsi que d'habitude, au repos cérébral et à l'exubérance physique, prérogatives de leur âge, mais leurs joies ont été pourtant retenues, moins lâchées ; ils ont ri, mais presque malgré eux, par hygiène et comme s'ils s'en défendaient. Une gravité méditative accompagnait leurs jeux et tendait à les excuser. Et puis, l'union familiale, ses épanchements, les paroles et les silences, les journaux — différents aussi de ceux des anciens étés — ont entretenu dans les jeunes têtes un perpétuel travail. De là des vues, des desseins, et des résolutions qui ont constitué, à l'insu de ces écoliers qui se croyaient oisifs, leur véritable « devoir de vacances ».

Jugez maintenant de l'état de préparation où les trouve la fin du congé ! Ils sont au point. Un an de plus. Tant mieux! Gela signifie que l'on avance. Ils rentrent sans regrets, bravement, comme d'une permission. Aucun n'a pleuré. Ils savent qu'aujourd'hui les larmes sont défendues pour les faux chagrins et que les grandes douleurs se les interdisent. Le lycée leur fait l'effet d'un temple. Une solennité mystérieuse l'envahit, ainsi que l'humble école aux douceurs de chapelle. Ce n'est plus, même pour les moins zélés, un lieu de disgrâce. Ils l'observent sous un aspect tout nouveau sans se douter que le changement vient d'eux et non de lui. Il y en a plus d'un et qui saute aux yeux. Des condisciples sont vêtus de noir qui ne l'étaient pas au printemps dernier. Beaucoup de maîtres et de répétiteurs sont partis à jamais marqués à leur tour au grand palmarès, ayant ainsi, par l'exemple de leur mort, fourni leur suprême leçon. Ceux qui les ont connus et aimés les « repassent » pour se les mieux rappeler, tels qu'ils étaient dans leurs simples habits universitaires, avant d'endosser l'autre redingote, celle du soldat, sur laquelle souvent s'est trempé de pourpre un ruban violet.

Quel que soit le genre des matières ordonnées, tout de suite elles prennent, comme si on l'avait fait exprès, un intérêt, une couleur, un relief saisissants. Le passé, par toutes ses racines mises à nu, semble avoir à cœur de se

rai lâcher davantage aux l)ranches agitées du })rcsent, de montrer d'une irréfutable façon le uiysLcre continu de son rôle, le trajet et la circulation déterminée de sa sève. Plus rien d'aride. 11 n'est pas de vieux sol desséché où le sang répandu ne ramène aujourd'hui la fraîcheur. Les monuments, les jardins classiques de la pensée déploient toute leur beauté primitive, a crue et magniiiée par Tadmiration et la gratitude des aïeux qui nous en ont transmis l'héritage. Les textes livrent à la curiosité des jeunes intelligences des compréhensions et des analogies que fait jaillir à chaque minute le fidèle instinct de nos origines. La petite Iliade est évoquée, avec un incroyable réalisme de grandeur, parles immenses mêlées des hommes qui s'entre-lueuL. C'est la voix gouailleuseet enrouée de nos soldais dans ta tranchée qu'entend le gamin durant qu'il traduit mot à mot les rudes apostrophes des héros d'Homère. Il perçoit mieux la chanson de la flûte de Tityre à travers les trompettes des bersagliers. Home ressuscite. Corneille a tout prévu. Le Cid s'apprête à venger la série des alTronts. El, contre trois... Horace meurt.

L'Histoire de France revêt aux yeux de l'étudiant actuel un caractère d'unité plus forte et plus tendre. Enluminées de fastes ou chargées de sombres couleurs, ses annales ont soudain l'émouvante physionomie de papiers de famille, de titi-es de gloire, où nos grands-parents les

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rois, les rnnuMOiirs, les cliols du vieux droii divin couinie ceux de la l>évolulion ont apposé leurs s(MMui\, uiis répitapho de leur signature. Cette histoire magnilifpied'où nous descendons, à laquelle tout ce qui n'est pas encore arrivé remonte, les enfants voudront, nous en sommes silrs, l'apprendre et la savoir demain plus à fond (pi(^ leurs pères; et elle, de son côté, pour celte génération « historique » et privilégiée, se parera d'attraits plus puissants, de séductions victorieuses. Jusqu'ici, même attachante, dramatique, variée à l'infini et bien digne de la peine et du temps qu'elle coCdait à ceux qui avaient le désir de forcer ses secrets ou plus simplement delà posséder dans ses principales lignes, elle restaitcependant toujours du passé... une chose superbe... et morte. Même quand elles demeuraient des fondations, sur lesquelles on avait bâti au cours des siècles, les vieilles pierres paraissaient des ruines. L'histoire qui se fait aujourd'hui d'heure en heure a ranimé celle d'autrefois; la guerre vécue en ces grandioses moments donne un regain merveilleux aux luttes de jadis, éclaire leurs opérations, leur but, leur aboutissement.

En géographie, les noms d'une quantité de lieux ont gagné depuis hier une inoubliable célébrité. L'Ourcq, la Marne et l'Yser sont devenus, dans une carte idéale, des affluents de la Meuse et du Rhin. Le filet d'eau de la Souchez coulera désormais dans notre mémoire pour

avoir pris sa source dans des huIleUns rnililaires. Les siijeLs de narration ne manqueront pas.

Et je ne peux m'iinaginer la sagesse et la gravité plus disciplinée de l'élève sans admirer la transformation parallèle du maître, la largeur et la hauteur nouvelles de son enseignement. 11 sera plus persuasif et plus cordial, se sentant écouté dans la plénitude de la confiance et du respect. Les dissipations de l'esprit ont cessé d'ailleurs d'être coupables. Si pendant la leçon, an pâle garçonnet, le menton dans la main, les yeux levés, semble absent do la classe, il ne sera pas pour cela mal noté. Le professeur ne lui demandera pas : « Jeune homme à quoi pensez-vous ? » Car il saura que l'enfant, sans quitter son banc, est parti pour le pays prodigieux de la bataille où l'appelle peut-être l'image d'un père, d'un frère aîné. Aussi segardera-t-il d'interrompre ces rêveries sacrées qui engendrent les vocations. Combien d'œuvres, de poèmes, de découvertes éclateront dans vingt ans dont le germe aura été déposé par la guerre dans Tàme flottante d'un petit bonhomme en classe ! Non, ces échappements, ces fuites ne peuvent pas passer pour des distractions. Jamais on ne s'y éloigne du principal objet.

En face du tableau dans les ténèbres duquel sont encore cachés, avant qu'ils ne s'y écrasent en cassant la craie, la date de la fin et le nom de la victoire, les élèves de 1916 apprendront

par-dessus tout rhonncur, le sacrifice et la bonté. L'exemple de tant de belles actions dont ils sont les plus purs témoins leur servira de règle. Eux aussi, comme « les grands », feront du bon travail.

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