LE RAPPROCHEMENT
sur <'l!o. hnns les raiiiillrs clnirsoiuros, les ros- Innis s<^ yi-oiiptMit, se ressei'renl autour de leur peine et de leur patience, et rirréparabic ehalïrin donne un uniforme à ses victimes. C'est le même noir qui sert pour porter tous les deuils, ainsi copiés, et que rassemble une égale stupeur.
Ouestionnez les soldats, ils vous diront que sur les champs de bataille, après Taction, les blessés se bêlent, se font des signes, et que les agonisants, tant que leurs forces le permettent, se traînent les uns vers les autres, jusqu'à se toucher pour mourir ensemble et confondre leur dernier souffle. Et, quand on enterre les hommes, les disperse-t-on ? Est-ce uniquement pour ne pas perdre de place qu'on ne laisse pas de vides entre eux? Non. L'on sait, sans l'avoir appris, qu'un cimetière est encore un lieu de réunion, et qu'il vaut mieux, pour être agréable aux défunts, ne pas les éparpiller.
Nous pouvons observer encore que celte guerre aura rapproché le chef et le soldat, le prêtre et le laïque, l'ouvrier et le patron, l'athée et le croyant, le maître et le serviteur, les amitiés espacées, les parentés refroidies, les époux hostiles ou nonchalants, et dissipé bien des malentendus et fait évanouir bien de vieilles et vaines rancunes.
Elle a rapproché le drapeau du peuple en le
propageant partout, en le mêlant davantage aux
mouvements des foules ; il est descendu des fron-
t; tons officiels, des paratonnerres et des hautes
LES rrll\MtRS HKUHF.S
liiinipos, du Cnîto de- paljii.s, " il sCsi l'aiL homme » à r;ifm»'-e, sous le l<'U, il h r.lô. percé de coups, ou Ta \u ilc plus près, on la pofli' clans les anil>ulanccs pour <pic les grands IjIcsses pusseuL recevoir au Ironl. sa caresse, cl le baiser en enl.r'ouvrant les yeux. Combien or transiusions volontaires du sqng sont venues symboliser cette univjerselje ardeur de rapprochement qui a fait et maintenu jusqu'à ce jovr l'union sacrée ! liéciprpque attachement de l'infrrmière el du mutilé, correspondance amicale de la mai'raine ignorée et de son tilleul inconnu, étrange fac^ilité, selon la ])rovidence de la rencontre, à s'aborder, à se parler, à s'entr'aider... si nous voulions noter tous les signes, les milliers de trails qui concourent à Tensemble de cette œuvre gigantesque de cohésion, nous n'en finirions pas.
!''.SL-ce foui? Non. Par une merveilleuse et souple com})lexité, ce mol de rajiprochement se trouve juste dans quelque sens qu'on l'envisage. Aucune de ses acceptions ne demeure sans euiploi. Dans le domaine physique, il atteste des vérités aussi frappantes qu'au point de vue moral. La Hussie, les Balkans, le Japon, l'Oriept... ce n'est plus loin, c'est à deux pas. Et, au furci à mesui'c ([ue s'écoule un jour, une heure, une minute, si long que soit le tenijjs, si reculé que soit le but, on sent et on sait que l'on se rapproche, qu'on ne stationne pas, (jue le calme apparent n'est pas de l'inertie.
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Sai^iL-il (rontondrc, par ccmcme mot, la comparaison (Mili'c lies l'ails cl (les idccs que l'on oppose pour en tirer des ejiseignemenls et des conclusions?... comme de reconnaître des erreurs passées, des fautes commises, de traduire lies regrels etdes remords? Ou bien de l'honorer ilu caractère qu'il j-evèt quand il opère des réconciliations?... Dans tous ces cas il est exact et vrai; il constitue le seul programme, l'unique devoir auxquels se conforment, avec respect, les hommes de bon désir.
11 en est cependant quelques-uns qui s'écartent, — qui repoussent ces avances prodigieuses , réitérées, qui poursuivent, par habitude, leur besogne étroite d'aveuglement, ou d'expirante malice. Mais, outre que leur nombre est si petit, qu'ils sont noyés, perdus dans l'incalculable immensité de ceux « qui se rapprochent », ils ne seronl pas, malgré tout, les plus torts. «Vous ne voulez pas venir à l'amour? L'amour ira vous chercher. »