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superlative, nous ne dépassions cependant presipie jamais la limite. Cette sagesse, en temps lialiiliicl, s'était déjà manifestée au cours et à l'ordre de maintes circonstances; mais on p(!ut dire aujourd'hui (jue la i^ucrre l'a réglée et )>orlée à son plus iiaut point. Depuis près d'un an et demi, quoi qu'il nous soit advenu, nous ne nous sommes pas départis du calme par lequel nous avons résolu de montrer, (j'un bout à l'autre de la formidable épi-euve, que nous savions nous posséder. A combien de secousses pourtant furent soumis nos nerfs si tendus ! l-*as une, dans tous les ordres d'idées, dans tous les genres et toutes les nuances démotions, que nous n'ayons subie, qui ne nous ait traversés. Rien de ce qui est capable de détraquer le plus solide tempérament national ne nous a été épargné. Le destin, pour que nous ayons plus de mérite, nous aura l'ait large part. Cependant nous sommes demeurés intacts. Non seulement notre égalité d'âme a eu raison de ious les coups, mais elle s'est trempée et raffermie sous le marteau, à ce point que l'expérience, après nous avoir endurcis à l'école de la lenteur et de la tristesse, nous trouve mûrs à présent pour accueillir la joie par doses progressives. Nous sommes doublement récompensés d'avoir appris à attendre, et c'est là, dans la façon supérieure dont nous recevons sans plier ces chocs si redou tables du succès, qu'apparaît le bénéfice éclatant de l'éducation douloureuse.
Il n'a pas été nécessaire que tombiU d'un sommet ni que vint de nulle part la moindre consigne pour que tout le monde, aux premiers bruits de notre énergique otTcnsive, montrât la même réserve disciplinée. En France on n'a pas besoin de se donner le mot pour l'avoir. Chacun l'a reçu en naissant, par tradition. Sur tous les grands points d'honneur nous nous entendons sans être obligés de nous concerter. A la piqûre et au feu de la même étincelle, le courant divin s'établit qui nous galvanise, et nous tempère à Tunisson.
Voyez avec quel ensemble tranquille nous avons salué, dans un vif mouvement d'allégresse, aussitôt dominé, la vigoureuse avance de nos armées en Artois et en Champagne? Pas de cris, de chants ni de cortèges. Nous sommes trop recueillis pour nous laisser aller à des manifestations bruyantes qui ne répondraient pas à la noblesse de nos pensées. Un sentiment que l'on retient se goûte d'ailleurs davantage et conserve tout son arôme ; on l'éventé en l'agitant. Les difficiles chemins déjà parcourus nous ont enseigné que nous devons, en les suivant, porter nos désirs, nos espoirs et même nos gains avec d'infinies précautions, comme un trésor fragile et sacré. Nous sommes pareils aux membres de la famille et aux enfants qui, réunis dans une pièce, attendent le résultat de l'opéra-
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lion pratiquée sur le malade aimé, dans la chambre voisine, — et de laquelle dépendra son salut. D'instant en instant on vient dire : « Ça va bien... Tout marche admirablement. Mais patience !... on ne peut pas encore se prononcer. Ce n'est pas fini. » l^t quand l'opération est terminée et qu'elle a réussi, le chirurgien ne consent à le déclarer qu'après un délai de plusieurs heures ou de plusieurs jours. Les enfants n'ont le droit de faire éclater leur joie qu'à cette minute contrôlée et solennelle où on leur dit : « Oui... votre mère est sauvée. » Alors seulement ils perdent la tête, ils s'embrassent et rient. Et quelquefois même ils ont été jusque-là si prudents, si timides dans leurs vœux, qu'ils ne veulent plus croire à la guérison quand on la proclame, et qu'il faut la leur crier.
Eh bien, nous savons que notre mère va mieux, mais qu'elle n'est pas encore tirée d'affaire, et c'est pourquoi nous demeurons souriants et réfléchis jusqu'à ce qu'on nous assure « qu'il n'y a plus aucun danger ». Manquer à la mesure en face d'aussi capitales espérances ferait l'effet d'un sacrilège et pourrait porter malheur. Et puis nous sommes engagés par toutes celles que nous avons déjà pratiquées dans nos paroles, dans nos gestes, dans l'exercice de notre imagination. Car il est admirable d'observer que ce sens inné veille sans cesse à l'harmonie de nos pensées comme à l'ordonnance de nos émois, qu'il préside à toutes les
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iiuuiifeslalioiis (il* la sensibilité, ijuil n'en laisse [)a.s sortir une avant de l'avoir passée en revue et jugée digne de nous, que la colère, le désespoir, la souITrance, la douleur, la vengeance, la juste haine, rien n'est de taille à la détourner de sa mission morale et régulatrice. Nous avons beau nous écrier, soulevés d'horreur par moments : « Nous aussi nous emploierons leurs vils moyens et leurs armes honteuses. Nous aussi nous asphyxierons... Gare à jios soldais plus tard dans vos villages!... Nous vous rendrons œil pour œil, llamme pour flamme, el clocher pour clocher ! » Nous n'en ferons rien, nous ne pouvons pas, nous ne savons pas. Même en exécutant les représailles annoncées, auxquelles nous contraint le barbare, nos avions prennent soin d'éviter les femmes et les enfants; nous avons le respect forcé de Tinnocence. Dans le combat, hors du combat, avant, pendant, après, nous gardons la mesure, ce qui ne nous empêche pas de la fournir pleine et bonne. Mesure chez les soldats dans leur attitude, leurs lettres, leurs récits, leurs sobres propos; mesure des malades, des blessés, étoufi'anl ou espaçant la plainte, et des mourants appliqués à partir en silence ; mesure dans la résignation des parents, dans la fièvre ingénue de l'enfance, dans la concision loyale des communiqués et des bulletins de succès, dans le ton de la presse, dans l'opinion, les jugements, dans le scrupule des visages, dans la démarche