‹ Les grandes pêchesChapitre 1 sur 25 · LES · texte numérisé non relu

LES

Le phoque est un genre de mammifères de la fannille des carnivores amphibies.

La partie antérieure de son corps est celle d'un quadrupède, la postérieure est celle d'un poisson.

Un museau court, des orbites sans sourcils, un front large, un crâne vaste et arrondi, lui donnent une physionomie particulière. Les mains jusqu'aux poignets, les pieds jusqu'aux talons sont compris dans Tenveloppe générale du corps. La queue, qui est cour le, est placée entre les pieds. U y a cinq

doigts à chaque membre ; les doigts des membres postérieurs sont réunis par une membrane , ce qui en fait de véritables nageoires. Les pieds se touchent par la plante et sont, par conséquent, placés sur le côté, le pouce en bas.

Les yeux, grands, ronds et à fleur de tête, ont une pupille semblable à celle du chat domestique, qui se rétrécit au grand jour, se dilate et s'arrondit dans un jour moindre.

Les narines, situées un peu en arrière de Tex- Irémilé, présentent chacune deux ouvertures longitudinales formant un angle à peu près droit ; elles sont ordinairement fermées, et il semble que ranimai doive faire effort pour les ouvrir : il ne les ouvre que lorsqu'il veut expulser l'air de ses poumons ou y en introduire de nouveau, et elles deviennent alors circulaires. L'utilité d'un pareil mécanisme chez un animal qui demeure fréquemment sous Teau est évidente ; le phoque respire d'ailleurs d'une façon très-inégale et souvent à des intervalles fort éloignés. Fréd. Cuvier, à qui nous empruntons ces détails, a souvent vu l'animal suspendre cette fonction pendant une demi-minute sans y être obligé. La quantité d'air qui, à chaque inspiration, entre dans les poumons, est considérable ; aussi les phoques peuvent-ils demeurer longtemps sous l'eau, à tel point qu'on a cru que le trou de Botal, qui existe, comme on sait, dans

le fœtus de mammifères, subsistait chez eux après leur naissance.

Les oreilles externes ne consistent qu*en un rudiment triangulaire, dont les dimensions, tant en hauteur qu'en largeur, sont à peine de deux ou

Phoques.

trois millimètres ; elles sont placées au-dessus des yeux, un peu en arrière , mais la partie osseuse de l'organe de l'ouïe est à la même place que chez les autres mammifères. Le pavillon se ferme lorsque l'animal pénètre dans l'eau.

La langue est douce, un peu ëchancrée à la pointe. F. Cuvier n a jamais vu aucun phoque la faire sortir de sa bouche.

Le toucher parait résider spécialement dans les poils longs et forts placés de chaque côté de la bouche en manière de moustaches et au coin de Fœil. Ces poils communiquent avec des nerfs remarquables par leur grosseur.

D'après les expériences de l'auteur cité , ces sens n'ont point la délicatesse que leur attribuait Bufîon.

La vue est peut-être moins grossière; les phoques distinguent à quelque distance, et voient mieux dans un jour faible que dans une vive lumière.

L'ouïe est proportionnellement beaucoup plus imparfaite encore, puisqu'il n'y a aucun organe extérieur pour recueillir les sons. L'animal, passant sa vie au fond des eaux, tient nécessairement fermée rentrée de ses oreilles.

Comme il en est de même des narines, il semblerait que l'odorat ne dût pas être d un plus grand secours que l'ouïe ; cependant, chez aucun mammifère, les cornets du nez ne font des circonvolutions plus nombreuses. On suppose que le phoque pourrait avoir ce moyen de sentir : « Ce serait de mettre les émanations odorantes du corps renfermées dans sa bouche en contact avec

la membrane pitiiitaire, en les introduisant dans le nez par le palais. »

Le goût parait peu servir, car « ils se contentent, pour toute mastication, de réduire les poissons à des dimensions telles qu'ils^ puissent traverser le pharynx et Tœsophage; et, pour cet effet , se bornent ordinairement à presser ces poissons entre leurs dents. Quelquefois, cependant, ils déchirent leur proie avec leurs ongles ; mais très-souvent ils l'avalent tout entière, quoiqu'elle soit pour ainsi dire plus grande que leur bouche ; aussi sont-ils obligés, pour que la déglutition s'opère , d'élever leur télé : le poids des aliments contribue alors à les faire glisser dans l'œsophage et dans Testomac, et favorise les efforts des muscles. »

11 s'en faut cependant qu'ils soient indifférents sur le choix de leur nourriture. « Je n'ai jamais pu faire manger aux individus que j'ai observés que l'espèce de poisson avec laquelle on avait commencé à les nourrir. L'un n'a voulu manger que des harengs, et un autre que des limandes : le premier préférait même des harengs salés aux autres espèces fraîches, et le second est véritablement mort de faim, parce qu'on n'a pu lui fournir des limandes, les tempêtes de Téquinoxe ayant momentanément suspendu la pêche. »

F. Cuvier voit là un effet de ThabitudCy et pour

montrer combien ces animaux se rendent esclaves de celle-ci, il rapporte qu'un de ceux qu'il a observés ne mangeait qu'au fond de Teau, tandis qu'un autre n'a jamais voulu manger que sur terre.

Les dents ont des caractères particuliers qui suffiraient pour distinguer le phoque de tous les mammifères. Il y a six incisives en haut et quatre en bas; les canines sont semblables à celles des carnassiers ; les molaires ( cinq de chaque côté et à chaque mâchoire) sont triangulaires, tranchantes et analogues à cequ on nomme les fausses molaires; celles de la mâchoire inférieure correspondent aux vides que laissent entre elles celles de la mâchoire opposée.

On a vu que la mastication est fort imparfaite, mais en compensation le phoque peut distendre à l'excès toutes les parties par lesquelles les aliments doivent passer; de plus, il est abondamment pourvu d'une salive visqueuse qui, pendant la déglutition, remplit sa bouche au point de s'écouler au dehors en longs filets, phénomène qui se présente dans toute sa force au moment même où le phoque ne fait encore que d'apercevoir sa proie : a 11 éprouve donc très- vivement la sensation du plaisir aux organes du goût par le seul effet du rapport des nerfs, par la seule influence de la sympathie; et je serais assez porté à penser que

ce sentiment peut suppléer, jusqu'à un certain point, le véritable sentiment du goût, et porter les animaux qui ne mâchent point à choisir leurs aliments. »

La voix la plus forte que les jeunes phoques observés à la Ménagerie aient fait entendre est une sorte d'aboiement un peu plus faible que celui du chien. C'est le soir, et lorsque le temps se disposait à changer, qu'ils aboyaient. Quand ils étaient en colère, ils ne le témoignaient que par une sorte de sifflement assez semblable à celle d'un chat qu'on menace.

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