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L'EMPEREUR OFFRANT DES SACRIFICES A CONFUCIUS DONT LES VÊTEMENTS ET LE CHAPEAU SONT DEVANT L'AUTEL 19% ans av. J.-C. (Du Bose)
sages dont il a célébré les noms et les services sont oubliés, il a agi sur des millions et des mil-
lions de ses semblables. Un peuple qui a cessé d’adorer Dieu, l’adore. Ses descendants sont la seule noblesse héréditaire dans le pays. Leurs honneurs, pensions et privilèges ont été respectés dans toutes les révolutions qui ont passé sur la Chine depuis sa mort. Les pauvres vénèrent son nom, car le plus misérable ouvrier sait bien que si son fils dépassait ses rivaux dans l’examen des classiques de Confucius, il pourrait devenir le premier ministre du plus grand empire du monde. Les mandarins honorent Confucius comme le maitre auquel ils doivent tout. Dans toutes les villes, jusqu’à celles de troisième rang, il y a un temple qui lui est consacré dans lequel les savants et les grands, jusqu’à l'Empereur lui-même, lui offrent un culie religieux. Ce culte consiste à brüler des résines parfumées, de l’encens ainsi que des cierges de bois de sandal et à placer du fruit, du vin et des fleurs devant une tablette sur laquelle on lit: « O Confucius, notre maître révéré, que ce qui est spirituel en toi descende en nous! Agrée l’hommage que voici el que nous t'offrons humblement». Le service est le même que celui que tout homme est tenu de rendre à ses parents défunts. Confucius est ainsi reconnu comme le père de tout le peuple, et, bien qu’homme, il est considéré, en quelque sorte, comme plus qu’un homme.
Confucius naquit à Loo, un état féodal, aujourd’hui la province de Shan-Tung. Son père était un éminent officier militaire, de la maison la plus dis-
CONFUCIANISME US linguée de la Chine. Plus que septuagénaire il se remaria et mourut quand son fils n’avait que trois ans, laissant sa famille dans la pauvreté, circonstance que le sage déclara plus lard avoir contri-
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ECOLIERS ADORANT CONFUCIUS PARFUMS S'EXHALANT SUR L'AUTEL (Du Bosc)
bué singulièrement à son avantage. Se marier jeune a toujours été la règle en Chine, aussi Confucius prit-il une femme à dix-neuf ans, mais sa
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vie matrimoaiale ne paraît pas avoir été heureuse. Il occupa diverses places publiques qu’il remplit d’une manière satisfaisante. Trou-7ant néanmoins que la vocation d’un maître entouré d’une jeunesse désireuse de s’instruire, convenait mieux à ses goûts, 1l embrassa l’enseignement, et sa renommée s’étendit tellement que des étudiants. studieux et par milliers furent peu à peu attirés vers lui.
On peut juger du caractère de l’homme par l’impression qu’il fit sur ces jeunes disciples. Plusieurs d’entre eux comptaient parmi les meilleures familles de la Chine; c’étaient « des hommes supérieurs », comme on dit communément en Chine, des hommes « puissants en paroles et en œuvres » et cependant c’est dans un tel milieu que l’on prit l’habitude de parler de Confucius comme étant le plus grand homme qui ait jamais vécu — un phénix parmi les oiseaux, une montagne au milieu de fourmilières, une rivière, une mer comparée à des flaques de pluie. « Il avait gagné leurs cœurs et leur entière admiration et ils commencèrent à entonner l’hymne qui a traversé tous les siècles et qui s’élève aujourd’hui avec autant d’entrain qu’ii y a presque vingt-quatre siècles ».
Pour rendre justice à Confucius, tâchons de comprendre la condition de la Chine dans son temps et la nature de l’œuvre à laquelle il s’est dévoué. Ce beau pays avait été lorgtemps déchiré par la discorde, tiré en tous sens par les charlatans et
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décimé par des guerres presque continuelles.
Mencius, qui appartenait à la troisième génération des disciples de Conficius et qui en est peut-être le plus grand, nous dit: «Le monde tombait en ruines et les principes de la justice disparaissaient. Des discours pervers et des actes d’appression avaient atteint leur point culminant. Des rainistres assassinaient leurs gouverneurs et des fils leurs pères. Confucius s’effraya de ce qu’il voyait et il entreprit l’œuvre de la réformation ».
Chacun cherche une route royale qui conduit au succès quand la foi s’évanouit et que les vieux fondements de la vie s’ébranlent. Le professeur Legge prouve par une étude des caractères primitifs et des idéogrammes de la Chine que la religion ue ce pays à l’origine était un vague monothéisme (). A côté du culte de Dieu ou de Shang-Ti s’éleva un culte inférieur d’un nombre infini d’esprits qu’on supposait régner sur les montagnes, les rivières, les forêts et autres objets dans la nature et auxquels, sans exception, on offrait des sacrifices. Bientôt parut la divination dans le but de prédire des événements, surtout de s’assurer le succès de ses projets. Or quand les principes ordinaires, ces colonnes de la Société, fiéchissent, les prétendants au surnaturel abondent. « Le temps viendra, disait un sceptique à un philosophe où les hommes ne croiront pas plus en Dieu
(1) Religions of China, pp. 6-58.
qu’ils ne croient aux revenants. » — « Si ce temps doit venir, lui fut-il répondu, les hommes de
is SADAG, 5e GENEVE
SHANG-TI, DIEU DU CIEL QU'ON NE PRIE PAS (Musée Guimet)
nouveau croiront aux revenants. » Les Chinois n'avaient pas une connaissance claire où sûre de
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CONFUCIANISME i Dieu, et les idées religieuses n'’influaient guère sur leur conduite, Ils sont par eux-mêmes un peuple lourd, utilitaire, plutôt que dévot. Dans l’ancienne division de la communauté, telle que la donne le Schou-King et comme existant au douzième siècle avant Christ, il n’y a pas trace de sacerdoce. Il n’y avait que la classe officielle ou cultivée, venaient ensuite les cultivateurs ou fermiers, les artisans ou ouvriers et les commerçants ou marchands. Aucune disposition religieuse n’ayant été prise pour répondre aux besoins de sa nature morale, le peuple s’adonna à des superstitions fantastiques et grossières et, en des temps comme ceux où vivait Confucius, elles se multiplièrent et les charlatans s’enrichirent en spéculant sur les craintes et les misères des masses, Le véridique Confucius avait en horreur toute dissimulation, toute prétention. Il ne savait rien, et par conséquent ne voulait rien enseigner sur le monde suprasensible, Ce n'est pas qu’il fût irréligieux, loin de là. Il attachait la plus haute importance au culte de l'Etat, aux antiques sacrifices de la prière et des actions de grâce. C'était bien une formalité, mais à ses yeux les anciennes formes représentaient les plus grandes réalités. Les instincts profonds de conservateur qu’il avait comme chinois, aristocrate et fils d’un officier militaire, lui firent chercher un refuge contre les agitations politiques du prèsent aussi bien qu’un remède dans la sagesse, l’ordre, le droit et les
institutions du passé. Une société stable et pacifique lui parut « la seule chose nécessaire ». Assurer la règle dans la famille, le gouvernement dans la nation et la paix du monde, tel était son idéal. Cet idéal de Confucius, celui « d’un empire uni et pacifique » (!) a exercé une puissance bien extraordinaire sur l’esprit national. Ce n’est pas trop dire que, plus qu’aucune autre chose, cet idéal a été le secret de cette merveilleuse unité qui a sans cesse permis à la Chine de triompher de la conquête étrangère et de la faction domestique. En poursuivant cet idéal (que doit aussi aimer tout chrétien qui pense aux chants des anges à Bethléhem), Confucius s’établit en plein sur le vrai terrain des lois de la nature humaine, des relations et des devoirs de la vie, tel que les anciens l’avaient établi et nullement sur la base d’une révéiation d’en Haut ou d’un Etre au-dessus de l’homme. Il évitait des entretiens sur « des choses extraordinaires », c’est-à-dire sur des matières telles que les esprits ou le monde surnaturel, bien qu’il ne fit aucune tentative pour supprimer la superstition, croyant que le meilleur moyen de la combattre était de ne pas s’apercevoir de ses excès. « Nous ne pouvons jusqu’à présent, disait-il, remplir nos devoirs envers les hommes ; comment le ferions-nous envers les esprits ? » Et aussi : « Nous ne connaissons pas encore la
() «Pacifier tout sous le ciel, » P’ing lien hsia. (Chandlin.)
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vie, comment connaîtrions-nous la mort»? Il ajoutait : «Il y a longtemps que furent offertes mes prières ». Il donnait ainsi à entendre que ses prières consistaient à mener une vie vertueuse, à obéir sans cesse à la voix d‘ la conscience ; quant aux prières proprement dites, elles ne guérissaient pas de la maladie. Nous savons que telle était sa pensée; il le dit quand un de ses disciples, Tse- Kung lui demanda la permission de prier pour lui ; il était malade et le discip:: avait cité un livre de prières qui déclarait que la prière pouvait s'adresser aux esprits du ciel et de la terre. Dans une autre occasion, il dit encore : « Celui qui pèche contre le ciel n’a pas de lieu où prier », voulant dire que les esprits n’ont pas le pouvoir d’accorder des bénédictions à ceux qui ont péché contre des décrets du ciel. Ailleurs : « Sacrifier à un esprit quine vous appartient pas, c’est pure flatterie ». Sa pensée était que tous doivent adorer les esprits de leurs ancêtres, mais que dépasser le cercle de sa propre famille et offrir un culte même à de grands trépassés, c'était simplement une adulation que rien n’autorisait.
Le grand but de Confucius était de ramener l’âge d’or du passé quand, selon lui, les rois de Chine aimaäient la vertu et que le peuple écoutait leurs instructions, suivaient leur exemple et observaient les lois de la bienséance que la nature, aussi bien que les paroles des sages, avaient attachées à chaque degré et à chaque relation de la vie. Il croyait
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à la valeur suprême de la loi, de la coutume, des institutions et de l'exemple. Il se livra donc tout entier à l'étude du passé at apprit à ses disciples à s'adonner comme lui à i’étude. Voici quelquesunes de ses paroles :
« Je ne suis pas né homme de science; je suis seulement prompt par nature à rechercher la vérité, par amour pour la sagesse des anciens.
« Je ne suis pas assez présomptueux pour m’ériger en homme sage et bienveillant. Néanmoins, on peut dire de moi que je ne me lasse pas à faire le bien et que je ne me fatigue pas d’enseigner les autres.
« J’ai passé des journées entières sans nourriture et des nuits entières sans sommeil. Je trouve cependant vaine une telle conduite et je lui préfère l'étude.
« Je ne me plains point du Ciel et je ne trouve pas à redire aux hommes. Mon but est de tirer profit des choses d’en bas et de m’élever à celles qui sont en haut. Le ciel seul me connait véritablement.
« Même dans une communauté ne se composant que de dix maisons, ilne se peut que, parmi les habitants, il n’y ait des personnes dont la sincérité dans le but qu’elles poursuivent et dont l’amour de la vérité, n’égalent ces vertus en moi, mais il est impossible qu’aucune d’elles ne montre un plus grand amour pour l'étude que moi.
« C’est ma règle de ne pas travailler à dévelop-
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per l’intelligence de ceux qui ne montrent point de zèle ni à dissiper les doutes de ceux qui ne reconnaissent pas la confusion de leurs propres pensées. Si j'indique un coin à qui que ce soit et qu’il ne sache pas appliquer cette notion aux trois autres coins, je ne répète point ce que j’ai dit.
« Qu’il existe quelque vertu que je n’aie point pratiquée, quelque étude dont je ne me sois pas rendu maitre, quelque bonne œuvre que j’aie connue mais que je n’ai pu faire, une faute quelconque que je n’ai pu corriger, voilà ce qui me cause de la tristesse.
« L'amour de l’humanité que ne tempère pas l’amour de l’étude, est aveugle sur ses caprices ; l’amour de la vérité que ne tempère pas l’amour de l’étude, est aveugle sur sa méchanceté ; l’amour de la droiture que ne tempère pas l’amour de l’étude, est aveugle sur son manque de charité ; l’'amour du courage que ne tempère pas l’amour de l’étude, est aveugle sur son esprit de révolte; l'amour de la fermeté que ne tempère pas l’amour de l’étude, est aveugle sur son goût d’aventures. »
À quelles conclusions principales, Confucius arriva-t-il comme résultat de son étude passionnée des documents du passé ?
D’abord, s’il est question du culte du Ciel, l’empereur seul doit s’y livrer, pour lui-même et comme représentant du peuple, mais que tous, depuis l’empereur jusqu’au moindre de ses sujets, observent le culte de leurs ancêtres.
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Confucius transporta ainsi tout ce que nous appelons culte, loin du peuple et fit consister l’essence de son système religieux dans l’institution de la ‘amille. Ce dernier point de vue de son enseignement a été suivi en Chine jusqu’à maintenant. C’est la clef de voûte elle-même et le ciment de la société. La piété filiale a absorbé toute autre forme de la piété, Un homme peut croire ce qu'il veut, pratiquer le rite qui lui plaît, mais il ne lui est pas permis de déshonorer ses parents de leur vivant, encore moins quand ils sont morts.
L’Etat enjoint strictement la piété filiale à tous, et le sentiment public insiste sur cette observation. Des siècles après Confucius, deux autres religions, le Bouddhisme et le Taouisme furent à moitié tolérés, à moitié établis dans le pays, mais ni même le prêtre bouddhiste ou taouiste, ni la nonne ne peuvent échapper à cette obligation. Tous sont également sous la nécessité de respecter dûment père et mère, d'offrir des sacrifices à leurs ancêtres et de porter le deuil de leurs parents, selon les liens de famille. Manquer à ces devoirs c’est s’exposer à cent coups de fouet et à rentrer dans la vie séculière. Les Mahométans en Chine, de leur côté, ne se font pas scrupule de rendre hommage à leurs parents et d'offrir des sacrifices à leurs ancêtres, mais les Chinois disent que les convertis chrétiens ne se conforment pas aux usages établis, bien que ces usages soient à leurs yeux essentiellement liés à la
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us piété filiale, Telle est leur plus grande objection >S- à l'Evangile, et leur patriotisme en augmente l’inon tensité en tant que les missionnaires en appellent n- à leurs ambassadeurs pour qu’ils protègent leurs te- convertis en violant les lois. Aucun doute de la nt profondeur et de la sincérité du sentiment des | re Chinois en cette matière. Vous pouvez prêcher à l il une foule, presque partout, les doctrines religieu- | Lui ses qui vous plaisent sans grand risque d’entraves ur ou d'interruption violente, vous pouvez même tourner en ridicule leur idolätrie ou les rites su- {
1S, perstilieux suivis dans tout temple bouddhiste n. ou taouiste et, si vous le faites avec talent et es- 1- prit, vous ne soulèverez probablement qu’un bon
à rire et des applaudissements, même de la part des | IS, dévots, mais toute tentative d’accuser, encore ni moins de dénoncer le culte des pères, sera suivi . n. sur le champ d’un tumulte d’où le prédicateur C- n’est pas sûr de sortir sain et sauf.
à En second lieu, la nature de l’homme est bonne
a- et, si elle est obéie, elle le conduira invariable-
es ment dans la bonne voie. Le Ciel a attaché ses
et propres lois à chaque faculté, à chaque relation.
Ê Chaque faculté doit accomplir sa fonction et cha-
le ; que relation son devoir ; d’où il suit que la base
ir d’un système de pensée et de vie bien équilibrée
is consiste à définir clairement les relations sociales
r- | et à déterminer les règles qui conviennent. Quel- f' a - les sont les grandes relations sociales ? Celles de
souverain et de sujet, d’époux et de femme, de pa-
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