‹ Les grandes religions [microforme]Chapitre 29 sur 36 · SENS · texte numérisé non relu

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Boers hollandais, au sud de l’Afrique, se tiennent de nos jours éloignés des Hottentots, des Bushmen et des Caffres,qu'’ils considèrent comme des Cananéens, tandis qu’eux-mêmes sont les élus de Dieu. Les Brahmanes faisaient trop de cas de l'héritage de leurs pères pour l’exposer à la légère. Il en résulta une condition sociale qui excita l’admiration des observateurs grecs qui, il y a vingtdeux siècles, les premiers, firent connaitre aux Européens le genre de vie des Indiens. Mégasthène, ambassadeur résidant à une cour au Bengale, nous apprend que les femmes étaient chastes et les hommes courageux audelà de tous les autres Asiatiques; qu’ils n’avaient pas besoin de serrures à leurs portes et que jamais personne n’y prononçait un mensonge. i.e trait caractéristique de la société était l’existence d’un nombre d'hommes dont la grande affaire était la contemplation et qui se condamnaient à des privations et des austérités excessives pour être d’autant plus à même de méditer ou de penser. -- Les observateurs grecs appelèrent ces hommes des sophistes ou les sages par excellence, parce que leur grande occupation était l’étude. C’étaient les Brahmanes, car nous devons nous rappeler que le Brahmane ne fut jamais simplement prêtre. Brahma est l’intelligence absolue et le sage d’aspirer à être un avec lui. Le Brahmane croyait qu’il y a dans l’homme (non dans tous les hommes), la capacité de contempler l’Etre invisible. Que « les fils de Dieu» ne

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fassent donc pas alliance avec «les filles des hommes». Les âmes élues doivent se maintenir pures et être élevées à méditer continuellement sur Brahma. C’est dans ce but que leurs lois ou Institutes ont été formées. L'idée d’une séparation entre l’homme « deux fois né » et l’homme qui n’est « qu’animal » est fondamentale. L'homme « deux fois né » doit, par l’étude du Véda, par l’observation rigoureuse des rites et des sacrifices, ainsi que par la mortification des affections et des convoitises de la chair, apprendre à se livrer aux abstractions de l’esprit et à maintenir ses rapports avec l’invisible Brahma. C’est ainsi qu’il peut espérer arriver à la perception de l’être parfait et à la délivrance de l’existence personnelle. Tout ceci pour le bien des autres autant que pour le sien. Non seulement son intelligence est-elle l'expression de l’Etre divin, mais il est encore lui-même le médiateur entre Brahma et le reste de l'univers; il y a plus, la société n’est bien organisés que sous l’administration des sages. La solidarité des hommes ne signifie pas l’égalité des hommes, Elle signifie que l’humanité est un organisme el que la tête règne sur le corps.

Nous sommes disposés quelquefois à croire que les Brahmanes adoptèrent la caste après délibération et qu’ils l’entourèrent d’un système compliqué et élaboré de défense, et cela, pour leur propre gloire ou à leur profit, ou bien encore pour qu’ils pussent mener vie joyeuse aux dépens de leurs semblables. Telle n’est pas la manière de procéder

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de qui ayant en soi la vie tend à la produire au dehors ; ce n’est pas non plus le roc sur lequeï on ait jamais élevé quelque chose de permanent. Ce qui dure a ses racines dans la nature des choses, non dans l’égoïsre d’un individu ou d’une classe. L’austère théorie du devoir qu’élaborèrent les Brahmanes, la fidélité avec laquelle ils l’observèrent et la vénération dont toutes les classes les entourèrent pendant des siècles, sont les meilleures preuves que ce n’était pas l’amour de l’aise qui les inspirait, ris le sentiment élevé du devoir.

Aujourd’hu) même, au déclin de leur puissance, iis portent sur leurs beaux traits, leurs fronts élevés et leur démarche pleine de dignité les traces manifestes d’un noble passé. Ils étaient les grands pontifes de l’intelligence. Leur discipline devait veiller à ce qu’ils ne dégénérassent pas en se mêlant au peuple chez qui prédominait la nature inférieure. Tel £tait le but de l'institution et celui du code de Manu et d’autres législateurs inspirés. La caste devait être déclarée éternelle, un je ne sais quoi qui avait sa raison d’être dans le Créateur, par conséquent, quelque chose qui ne pouvait jamais être changé.

Ce motit, ajouté à l’orgueil de la race ou à la nécessité, était à la base de la distinction entre les hommes « deux fois nés » et les Sudras, et même entre les Brahmanes et les classes inférieures.

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sein, mais ne s'appuyant que sur une vérilé partielle, il n’eut qu'un succès partiel. Comme tout autre noblesse, les Brahmanes eurent des vertus à eux, et ils rendirent des services incalculables au peuple indien, mais la distinction entre l’homme animal et l’homme spirituel ne peut se baser sur la naissance naturelle, quelles que soient l’urgente nécessité, la sévérité de la discipline ou les avantages inouis de la caste favorisée.

Les cho:2s arrivèrent comme on pouvait s’y attendre. Le Brahmane devint son propre dieu, et partant du fait qu’il était la fleur de l’humanité, il se prit à mépriser ses semblables, à fouler aux pieds leurs droits et à nier en pratique la fraterpité humaine. Vint alors la puissante réaction du Bouddhisme. Le Brahmanisme s’affirma de nouveau, après des siècles d’oscillation, mais l’institution qui avait été utile, comme le produit naturel d’une certaine condition de la société, ne pouvait qu'être nuisible quand elle fut imposée artificieilement à une autre, par déférence pour la théologie traditionnelle ou pour céder à des préventions sociales. Privée de sa vieille vie, la caste devint le fléau de l'Inde. Elle rompit l’unité nationale et rendit ainsi impossible le succès de la résis- ‘ance contre l’invasion. Tout sentiment généreux dans la jeune vie du peuple se dresse maintenant contre l£& caste comme un dogme à écarter et un système à abolir, si l’Inde doit se relever et reconquérir son ancienne gloire. Voici le témoignage

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de B.-H. Nagarkar, de Bombay, l’un des leaders du mouvement théiste connu sous le nom de Brahmo-Somaj : « Dans les contrées occidentales, les lignes de la division sociale sont parallèles, mais horizontales, et, par conséquent, se superposent dans les assises sociales, les uns aux autres ; mais aux Indes ces lignes sont perpendiculaires et, par suite, courent de haut en bas du corps social, divisant et séparant une couche sociale de toute autre. Le premier arrangement est une source de force et de soutien, le second d’hostilité et de faiblesse. Peut-être que jadis, dans l’histoire de l’Inde, alors que la condition des choses était entièrement différente et que le nombre des castes n’était pas aussi grand ou leur nature aussi sévère et rmgide que maintenant, leur établissement remplit un but élevé, mais il ya longtemps, trop longtemps que cette condition de la société a subi un changement... La caste aux Indes a divisé la masse des Hindous en innombrables classes et en cliques. Elle a créé un exclusivisme extrême, resserré et tué l’ambition légitime, les saines entreprises et les tentatives combinées. Elle a engendré l’envie et la jalousie entre classe et classe, et soulevé communauté contre communauté. Aussi, le premier article du programme de la réforme sociale aux Indes esi : abolition des castes et progrès dans les rapports libres et fraternels entre classe et classe, de même qu’entre individu et individu, en dehors du hasard de le nais-

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sance ou de la parenté et principalement dès mm de

qu’ont été reconnues la valeur morale et la bonté itales, du cœur chez l’ndividu. »

llèles, L'opinion diffère quant à la puissance de résissuper- tance existant encore dans le Brahmanisme et s aux jusqu’à quel point le Brahmo-Somaj est l’exprespendi- sion de la vie supérieure de l’Inde moderne. Debas du viendra-t-il un facteur dans son avenir ? Des he so- hommes comme Rammohun Roy, Keshub Chunnt est der Sen, P. C. Mozoomdar et ses collaborateurs d’hos- s’avancent, en tout cas, dans la bonne direc- , dans tion.

n des La caste cependant ne peut être abolie que si RO quelque chose d’également positif et plus en hareur na monie avec la vérité des choses s’avance pour it, leur prendre sa place. Les vérités fondamentales sur a long- lesquelles elle s’est appuyée : le droit divin de rée la so- gner appartenant à l’homme spirituel et la néces- Kk Indes sité qui s’en suit de se garder des souillures du prables monde, doivent être reconnues dans la société ivisme hindoue sous des formes en harmonie avec la vie ne, les hindoue. Ces vérités sont fixées dans notre histoire pinées. biblique et la caste disparaîtra quand elles devienclasse dront des forces vivantes dans l’église chrétienne pmmu- de l’Inde. Abraham fut appelé à devenir le père me de d’une multitude de nations. Il fut séparé de son on des pays, de sa parenté et dut briser les liens ordinaifrater- res de la vie afin de pouvoir accomplir pour le e indi- monde la grande œuvre de la grâce que vounais-

lait l'Eternel. A sa famille fut imposé un signe sa-

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cramente! de cette séparation. Quand le peuple commença à se mêler aux nations circonvoisines et à marcher dans leurs mauvaises voies, Dieu l’avertit qu'Il exigeait qu’il fût un peuple à part,et il fut séquestré de ses voisins aussi bien qu’abrité contre tout mal moral par une iloi inexorable. Cette condition des choses a pris fin, mais la vérité qu’elle avait pour mission d'enseigner a haussé la voix encore plus énergiquement dans le Nouveau Testament : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.» — «Si un homme ne naît de nouve®u, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Les Chrétiens sont «appelés à former «un sacerdoce royal, pour offrir des sacrifices spirituels, une génération élue, un peuple spécial ». L'Eglise prétend former un corps d’hommes « deux fois nés » et être elle-même un témoin authentique, continuel, impérissable des faits que l’homme a besoin d’être délivré de tout ce qui est péché et que cette délivrance existe pour lui, de plus que l’homme a besoin d’être en communion avec Dieu et que celte vie avec Dieu est son héritege. Le Christianisme remplit donc le bit auquel tend le Brahmanisme, mais sans condamner aucun homme ou classe d'hommes à rester « animal ». L’Evangile ne désespère de personne. L'appel de Jésus est universel, mais c'est un appel à la sainteté. Ce n’est qu’autant que l’Eglise est remplie de l'esprit de Christ qu’elle est son corps. Humainement parlant, la cause de Dieu sur la lerre dépend

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des Chrétiens, en tant que revêtus du caractère de Christ, et de chaque pays en tant qu’il possède une église adaptée à son histoire et à sa vie nationale. Ceci est surtout vrai de l’Inde, car nulle part ailleurs n’existe un peuple plus religieux. Le Christianisme y sera jugé d’après la conformité des chrétiens à la règle la plus élevée, et par sa puissance d’étabbr une église indépendante au lieu d’y projeter quelques pâles reflets de Romanisme ou d’une dénomination protestante quelconque. Une telle église doit prendre racine dans le sol et non s'appuyer sur l'étranger pour sa foi, ses formulaires ou ses fonds. Sans une telle église, probablement la dernière heure de la caste n’a pas sonné. Sa soudaine abolition ou même sa décadence graduelle, sans aucun cadre pour la remplacer dans la société, serait suivie des plus graves dangers.

2° L’enseignement par rapport à Dieu et à l’homme.

L'Hindouisme est panthéiste. Nous trouvons une conception de Dieu et du rapport de l’homme avec Dieu les mêmes au fond, du commencement à la fin, exposés sous toutes les formes possibles, dans les Védas, dans les systèmes philosophiques, dans les livres de droit, dans les auteurs dramatiques et dans les poèmes épiques, ainsi que dans les Puranas ei les Tantras.

Rien n’exisie absolument que Brahma, « tout, depuis l’état de la plus chétive paille jusqu’à

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l’état le plus élevé d’un dieu », tout est Brahma; l’âme humaine en est une émanation ; pour jouir de la plus étroite relation avec Brahma, nous devons, tandis que nous sommes ici-bas, rompre complétement avec les objets du désir ; «traverser la vie sans attachements, comme un nageur dans l'Océan s’élance librement, sans s’embarrasser d’un vêtement. Comme un roseau arraché du rivage où il croît, comme la cire séparée de son miel exquis, l’âme humaine déplore sa désunion en chants mélancoliques, répand des larmes brûlantes et attend ardemment, comme le flambeau allumé le moment où on l’éteindra, la rupture des liens terrestres et le moyen de retourner dans le sein de son unique bien-aimé. » — Ces pensées sont familières à tout Hindou et une religion, qui n’en reconnaitra pas la force, ne prospèrera jamais aux Indes. « La religion de l’'Hindou moderne, son caractère et jusqu’à sa manière de penser, tout cela est resté le même qu’au temps de Calidasa ou plus encore de Vyasa et de Valmiki. S'il existe un changement quelconque, ce n’est que celui du jour à la nuit » (*).

Comme preuve de cette affirmation on peut fournir des extraits d'ouvrages aussi différents que les Institutes de Manu et le Bhagavad-Gita. Bhrigu, que Manu chargea de faire connaître aux autres théologiens 12 code des lois qu’il avait reçues au

(@) The Bhagavad-Gila, by Cockburn Thomson,

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commencement des mains de l’Etre suprême, conclut le chapitre sur la Transmigration et la Félicité finale comme suit: « Ainsi Manu, souverainement sage... m'a révélé, grâce à sa bienveillance envers l’humanité, ce système transcendant de la loi qui doit être pieusement caché aux personnes incapables de le recevoir. Que chaque Brahmane, avec une attention soutenue, considère toute la nature, visible et invisible, comme existante dans l’Esprit divin ; car alors il ne peut livrer son cœur à l’iniquité. L'Esprit divin seul est toute l’assemblée des dieux; tous les mondes siègent dans le divin Esprit, et le divin Esprit produit, sans doute, par une chaîne de causes et d’effets en harmonie avec la volonté libre, la série des actes accomplis par des âmes revêtues de corps. C’est un Esprit dont l’énergie seule est la source de toute existence, un Esprit en aucune manière l’objet d’aucun sens, qui ne peut être conçu que par un esprit entièrement séparé de la matière et, pour ainsi dire, assoupi, mais qui dans le but de faciliter la méditation, peut être imaginé plus subtil que l’essence ia plus subtile et plus brillant que l’or le plus pur. C’est Lui que quelques-uns adorent comme présent et s’élevant dans le feu élémentaire, d'autres dans Manu, seigneur des créatures, d’autres comme plus distinctement présent dans Indra, qui préside aux nuages et à l'atmosphère, d’autres dans l'air pur, d’autres dans l’Esprit Eternel, le très-Haut. C’est Lui qui,

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