CHAPITRE PREMIER
Mahométisme
Le Mahométisme est la dernière née de toutes les grandes religions existantes. En l'étudiant, se dresse devant nous l'étrange spectacle d’une religion naissant à la clarté du jour (1). Un homme, 1Ê qui vivait au sixième siècle de l’ère chrétienne, 1 fut le fondateur et le seul auteur de la Bible || de cette religion. Cette Bibie — le Koran — n’est ‘il que les deux tiers environ de l’étendue de notre A Nouveau Testament, et son authenticité est hors de doute. Il est évident que pour connaitre cette religion, il nous faut savoir quelque chose de son
(4) Renan. Etudes d'Histoire religieuse, 1. 230. « La naissance de Pislamisme est un fait unique et véritablement inappréciable, L'Islamisme a été la dernière création relivieuse de l'humanité, et, à beaucoup d'égards la moins originale. Au lieu de ce mystère dans lequel les autres religions envelonpent leur berceau, celle-ci naît en pleine histoire: ses racines sont à fleur d'eau. La vie de son fondateur nous est aussi connue que celle des réformateurs du XVIe siècle, »
(Renan, ÆHist, des Religions, 6° édit., p. 220.) Trad.
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fondateur. Il insista, à la vérité, comme fit Paul pour le Christianisme, qu’il n’apportait pas une nouvelle religion mais l’ancienne, celle des aïeux, des pat ‘arches, des prophètes et de Jésus, qu’il la prêchait, dans sa forme dernière, aux Arabes et par eux au monde. Sous cette forme elle déploya une puiss ‘ice extraordinaire, d’abord en fusionnant les tribus arabes, qui vivaient dans l’anarchie, en une nation théocratique, puis en déplaçant le Christianisme de son berceau et de toutes les contrées à nous connues comme «terres bibliques ». Celles-ci, sans exception, se soumirent au Croissant. L'histoire nous offre-t-elle des faits plus étonnants ? Ne pas faire ur effort pour découvrir le secret de ce mouvement, ce serait montrer de l’indifférence pour toute religion, mais si nous voulons le comprendre, il nous faut juger sainement le caractère de Mahomet.
Mahomet naquit à la Mecque vers l'an du Seigneur 571. La tribu à laquelle il appartenait était celle des Koraichites, la plus noble dans la cité, mais sa famille était pauvre, et lui-même fut laissé orphelin à l'entrée de la vie. Dans sa jeunesse il gardait des brebis et cueillait des baies sauvages au désert. À vingt-deux ans il fut employé dans la maison d’une riche veuve du nom de Kadichah et voyagea pour les affaires de celleci en Palestine et en Syrie. Dans la suite, il l’épousa. Il mena une vie tellement pure, grave et intègre, que ceux qui le connaissaient le mieux
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l'aimaient et l’honoraient le plus ; à la fin, ses concitoyens finirent par lui donner le nom de El- Amin, qui veut dire l'homme de la confiance. Il avait la quarantaine avant que la pensée qu’il était appelé à devenir prophète s’emparût de lui et changeât tout le cours de sa vie.
La religion des Arabes, à cette période, était une idolâtrie polythéiste dont la puissance s'était éteinte, à l'exception de ce qui en restait en rapport avec des fêtes établies dans des lieux sacrés où les tribus s’assemblaient de temps immémorial. La Mecque était un de ces centres. Elle devait son importance à la Kaabah ou temple qui renfermait 600 idoles, et, ce qui l’emportait sur toutes les idoles, à une pierre noire sacrée, probablement un aérolithe, tombé du ciel. Dans la croyance des Arabes s'élevait bien au-dessus de tous les dieux, Allâäh, l’ancien nom pour désigner l’Etre suprême dans toutes le familles de la race sémitique. On rendait pourtant un culte, non à Allâh, car l’homme ne pouvait entrer en rapport avec lui, mais à des dieux particuliers respectivement reconnus comme les patrons de familles et de tribus différents. Graduellement, en observant l'attitude souvent sceptique et irrévérencieuse du peuple envers les dieux qu’il faisait profession de servir, ainsi que pour d’autres raisons, la conviction s’imposa toujours plus forte à Mahomet que les idoles qu’on pouvait trouver dans toutes les maisons et dans la Kaabah, n'étaient pas des dieux et que la pierre
sacrée elle-même n'était qu’une pierre ordinaire. Le Koran nous dépeint la tristesse qu’il éprouva,