LA MISÉRICORDE DE DIEU
Et l’on en dit autant de la miséricorde. Elle n'est pas en Dieu comme en nous une passion, une tristesse bienveillante, qui, comme passion, supposerait un état corporel: mais on l'appelle ainsi à cause de ses effets. Or quel est l'effet de la miséricorde, sinon de subvenir, de relever la misère et d'écarter le mal? C'est ce que fait Dieu souverainement, autant que le permettent sa sagesse et sa justice. Ces derniers attributs doivent toujours être ménagés; mais la miséricorde les surmonte en quelque sorte, les dépasse: elle est une plénitude de sagesse, une plénitude de justice, plénitude qui déborde sans abokir, et c'est ce qui fait dire à saint Jacques : « La miséricorde l'emporte sur le jugement. »
IT. — Définition de la Providence.
Nous voici prêts à juger de la providence.
On nomme ainsi, d’après la belle définition que saint Tho- mas emprunte à Boëce, « la raison divine elle-même, qui, sise au suprême sommet des choses, dispose de tout ». L'idée de providence, en effet, implique l’idée de disposition, mais de
disposition dans la pensée même, de disposition préalable aux faits, et c'est-à-dire qu'elle est avant tout une idée de plan. Mais prenons bien garde qu'il s’agit d’un plan à réaliser, et que ce plan n'est pas seulement conçu par l'intelligence, mais intimé, à la façon des jugements impératifs d'un chef, L'événement est donc ainsi fixé, et il est relié à ses causes temporelles, bien que ce soit dans la pensée divine seulement. Sa réalisation dans les faits et sa sortie réelle de ses causes ne sont plus, à proprement parler, un effet de providence, tout au moins dans le langage thomiste, mais l'effet du gouvernement divin. Du reste, nous l'avons dit, le langage mélange souvent ces choses. Le
Dieu donc est provident selon qu'il « dispose tout », c'est à-dire que l’ordre des choses procède de lui aussi bien que la substance des choses. Et cet ordre suppose d’une part l'orientation de chaque être vers les fins particulières qui lui conviennent ou auxquelles il doit servir, et en outre l'orientation du tout vers la fin toute dernière, qui est, nous le savons, la manifestation du Bien suprême.