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NATURE DE L'ACTION

Telles sont les conditions de l’action. Mais cela ne dit point ce qu'est l’action. Ce par äuoi l'agent agit, c’est l'agent luimême envisagé dans son ultime détermination, ce n’est pas l'exercice de son rôle. Cependant, dans l'agent même, au moment où àl agit,il n’y a rien de positif que cela. L'exercice, en ce qui le concerne,n'est autre chose que le dernier état statique qui le constitue agent en lui-même, et ce n’est pas l'action déclenchée, l’action active, si je puis ainsi dire. Nous voilà donc obligés de chercher la réalité de l’action en dehors de l'agent; dans l'agent même, on ne trouve que son principe, et on ne peut la lui attribuer comme une réalité qui s'ajoute à lui (non facit compositionem cum eo). Où donc estelle? On ne peut la laisser en l'air. Elle ne pourra se trouver que dans le patient. C’est en effet ce que dit saint Thomas : « L'action est dans le patient, actio est in passo ». Quand il dit par occasion : l’action est dans l'agent et la passion dans le patient, il faut entendre que l’action est dans l'agent quant à son principe; c'est ainsi qu'elle adhère à lui; mais en elle-même elle ne lui est pas inhérente; l'agent, pour saint Thomas, n'est quahfñié agent qu’en vertu d'une dénomination extrinsèque, et ce qui justifie cette dénomination, c'est ce qui se passe dans le patient, parce que cela s'y passe sous sa dépendance.

Il suit de là que si l’on veut distinguer l'action du fieri et l'en mettre à part, on n'a plus entre les mains qu'une relation puré. C’est bien ce qu’on nous disait plus haut à propos de la création : « Le mouvement ôté, l’action ne suppose rien d’autre qu’une relation de dépendance »., On ne dira pas pour cela avec Scot que l’action soit une relation; l’action, c'est ce qui se passe, en tant que cela se passe par l'agent; c'est donc le mouvement même en tant que référé, non la référence seule. S'il ne se passait rien, comme c'était le cas du commencement premier, l’action se réduirait en effet à la relation pure; mais ce cas est unique dans le créé; en Dieu il se retrouve pour quaifier la procession des Personnes.

On avouera qu'il y a là de quoi dérouter quelque peu l'instinct, qui ne peut s'empêcher de concevoir l’activité comme une sorte d'effort, à la façon d'urte détente nerveuse. I] n’y a pas d'effort: il y a des êtres en relation les uns avec les autres, qui se conditionnent les uns les autres, formant du haut en bas une longue chaîne de dépendances, dont Dieu est le premier terme. L'être se communique au nom d’une loi qui est la propriété diffusive du bien, identique à l'être. L’être est de soi dynamogénique et ontogénique; perfection implique expan$ion, pourvu que les circonstances le permettent, circonstances qui tiennent elles-mêmes à d'autres communications, au complexus de l'être. L'univers est un ordre de phénomènes régi et ( concaténé » par des lois. Les lois particulières ne sont que la manifestation des diverses natures d'êtres. Les lois se généralisent à mesure qu’on s'élève à la considération des ensembles, et tout au sommet, il y a cette loi de libre diffusion par laquelle Dieu répand son être, son bien, sa perfection, ce qui fait dire à saint Thomas : « La volonté de Dieu est l'origine de tout le mouvement de la nature. »

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