Marcel Proust. Du coté de Guermantes, p
« L'âme humaine, écrit Spinoza, est apte à concevoir un très grand nombre de choses, et elle y est d'autant plus apte que son corps peut être disposé d'un plus grand nombre de façons !,» Saint Thomas signerait résolument cette formule, Il dit, lui : « Les diverses dispositions des hommes aux œuvres de l’âme tiennent aux diverses dispositions de leurs corps ?. » ( À la bonne complexion du corps suit la noblesse
‘de l'âme... d'où il suit que ceux qui ont le tact délicat sont d'âme plus noble et d'esprit plus perspicace ?.» La raison nous en a été donnée plus haut. Nous sommes matière pour une part: la matière, en nous comme partout, est une réduction d'intellectualité, étant une dégradation d'être, et comme on opère toujours à son propre niveau, le fait de cette dégradation réduit aussi notre objet. Notre objet est la nature sensible: nous n'avons de fenêtre ouverte que sur ce monde d'en bas. Nous devons donc attendre, pour fonctionner spirituellement, que la nature nous arrive, qu'elle s'incorpore à nous dans l’unité du moi, et cela se fait par le travail des sens. Les sens nous informent, et, pour cela, s'informent, c'est-à-dire recueillent leur matière et la pétrissent à leur manière, amassent le pollen et fabriquent le miel.