VIRTUTI REGIS INVICTISS1MI
« Et comme un jour le roy, estant à table, lui demandoit ce qu'il vouloit signifier par cela, il lui répondit qu'il entendoit Ronsard par la première figure, et par la trompette, la force de ses vers, et principalement do la Franciade, qui pousserait son nom et celuy de toute la France par tous les quartiers de l'univers. »
Les bas-reliefs dont il est question dans ce passage sont au-dessus de la porte de l'aile occidentale, qui est contiguë à l'encoignure sud-ouest do la cour.
Pierre Lescot était trop bien en cour pour ne pas avoir sa part dans la distribution des bénéfices et des charges que François !"* et Henri II octroyaient , en manière de récompense , à leurs serviteurs. Il fut ainsi conseiller et aumônier ordinaire du roi , et abbé commendataire de Clermont, près de Laval 1 . On le pourvut de plus, le 18 décembre 1554, d'un canonicat dans l'église Notre- Dame de Paris, au chœur de laquelle il fut solennellement conduit, et placé du côté gauche, le lundi 31 du même mois*. Son nom apparaît effectivement en la liste des chanoines du jour de Pâques 1555; mais on ne le voit point, pendant cette année, au bas des conclusions du chapitre. La raison, c'est sans doute que la réception de Lescot n'avait point été définitive , par suite d'une opposition dont le motif nous est révélé dans une délibération du vendredi 7 août 1556, où il est dit que ce jour-là Lescot, par l'intermédiaire de M« Mariau , demanda à être admis in propria à la jouissance de son canonicat et de sa prébende, tout en conservant sa barbe. Il la portait, assurait-il, à cause de ses fonctions journalières auprès du roi, et faisait valoir subsidiairement que, pour un service public , il allait être prochainement envoyé à Rome. Il protestait d'ailleurs de son respect pour les
i Au moins dès 1556. Il énonce tous ces titres dans un hommage du 13 septembre 4559.
» Registres capitulaires de N. D., Arch. de l'Emp., LL 350, p. 913.
statuts obligeant les chanoines à se raser au moins une fois toutes les trois semaines, et prenait rengagement de ne point se présenter dans l'église, durant les offices, avant de s'être fait couper la barbe, ni vêtu autrement que d'habits convenables, à la façon de ses collègues. Cette requête provoqua une discussion assez vive, des opinions entièrement contraires ayant été émises; mais le résultat fut en somme favorable au postulant, car le chapitre décida que, pour cette fois seulement, sans tirer à conséquence, on dérogerait à la règle, et que le mercredi suivant Lescot, après avoir prêté le serment accoutumé, serait définitivement installé, ce qui eut lieu'.
Lescot est un des premiers architectes français qui aient employé le style antique, pur de tout mélange. Il semble, du reste, avoir très- peu construit, et n'avoir pas beaucoup cherché les occasions de le faire, soit parce que sa fortune l'en dispensait, soit parce que les fonctions qu'il avait à remplir auprès du roi lui eussent rendu difficile la conduite d'un grand nombre d'édifices. Sa première œuvre connue est le jubé de Saint- Germain-l'Auxerrois, exécuté de 1541 à 1544, et dont la sculpture fut faite par Jean Goujon 8 . En 1550
i Registres capitulâtes de N. D., Arch. de l'Emp., LL «52, p. 222 et m
* Ou le sait authentiquement, grâce à l'heureuse découverte, faite par M. le comte de Laborde, de plusieurs fragments des comptes de la
il éleva, avec l'aide du môme artiste, la fontaine des Nymphes, dite depuis des Innocents 1 . On lui attribue aussi les plans de l'hôtel Carnavalet *, et
fabrique, qui servaient de couverture à une collection de journaux. (Voir les Mémoires et dissertations de cet auteur, in-8°, Paris, 1852, p. 304.) Le jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois a été abattu en 1745; mais quelques-uns de ses bas-reliefs sont conservés au musée du Louvre, et il est ainsi décrit par Piganiol : « Ce jubé étoit porté sur trois arcades , dont celle du milieu formoit la principale porte du chœur, et, dans la baye de chacune des deux autres, étoit un petit autel enfermé par un baluslre. Aux extrémités de ce jubé étoient deux autels saillants, sur lesquels on voyoit les statues en pierre de la Vierge et de saint Louis , assez mal sculptées. Les jambages de ces arcades étoient revêtus chacun de deux colonnes corinthiennes , et leursv cintres étoient ornés de figures d'anges en basrelief, qui tenoient à la main les instruments de la Passion. Sur l'appui du jubé on voyoit les quatre évangélistes posés au-dessus des colonnes. Au milieu étoit un grand bas-relief qui representoit Nicodême ensevelissant Jésus-Christ en présence de la Vierge, de saint Jean et des Maries. L'ordonnance, la conduite et l'exécution formoieut de ce bas-relief un morceau admirable, et qui l'étoit encore davantage avant que les marguillers se fussent avisés de le faire dorer, sans prévoir que la doruro ne pouvoit qu'en diminuer la beauté. » (Descript. de Paris, t. H , p. 194, édit. de 1765.)
1 La date de sa construction ou plutôt de sa reconstruction, puisqu'elle était d'origine ancienne, est rapportée par Corrozet. La fontaine était attenante à l'église des Innocents, et faisait le coin méridional des rues Saint- Denis et aux Fers ; elle offrait une travée sur cette dernière rue et deux sur la première. Vers 1783, à la suite de la démolition de l'église, on la démonta avec soin , et, y ajoutant une travée nouvelle, on la rebâtit en forme de pavillon carré , au centre du marché. Les bassins et les lions dont on en garnit le soubassement en 1788 en ont tout à fait changé le caractère , plus que jamais méconnu dans la réédification qui vient d'avoir lieu. C'est Piganiol qui désigne Lescot comme l'architecte de la fontaine des Innocents Sauvai et Brice ne nomment que J. Goujon ; mais il faut observer que Brice fait de même à propos du jubé de Saint-Gcrmainl'Auxerrois , quoique la coopération de Lescot à cette œuvre soit incontestable.
2 On nomme aussi un Du Cerceau et J. Bullant comme les architectes de cet hôtel ; il est très-douteux qu'on sache jamais à quoi s'en tenir à ce sujet, attendu que la maison étant une maison particulière, on ne peut espérer de retrouver les comptes de sa construction.
telle est la courte liste des monuments qu'on cite de lui 1 , en outre du Louvre, sa création capitale, celle à laquelle il a dû surtout sa réputation. Après en avoir dressé et fait agréer les projets, il en fut nommé architecte le 3 août 1546, et le salaire qu'on lui alloua, à partir de Tannée 1550, fut fixé à 100 livres par mois.
Plusieurs fois confirmé dans ses fonctions d'architecte du Louvre, Lescot ne cessa d'en diriger les travaux tant qu'il vécut', c'est-à-dire jusqu'en 1578. On n'a pas encore indiqué le jour même de sa mort : elle arriva le mercredi 10 septembre, vers quatre heures de l'après-midi. Lescot habitait en ce moment une maison du cloître Notre-Dame, qu'il possédait en vertu de son canonicat. Il fut enterré le 12 dans la cathédrale, et, en reconnaissance d'une fondation pieuse qu'il avait faite, on autorisa ses exécuteurs testamentaires à l'inhumer dans la chapelle Saint-Ferréol , à la charge néanmoins de décorer cette chapelle d'une manière appropriée à la circonstance 8 .
* Félibien [Hist. de Paris, p. 1021) dit vaguemeut que Lescot éleva des bâlimcnts à Fontainebleau ; mais le fait est fort hypothétique.
* Ce qui a été exécuté au Louvre par les soins de Lescot, c'est l'aile occidentale , depuis le pavillon de l'Horloge, exclusivement, jusqu'à l'encoignure sud-ouest du quadrangle, et la plus grande partie de l'aile méridionale, depuis cette encoignure jusqu'au pavillon dit du pont des Arts. 11 est contraire à toutes les vraisemblances que Lescot se soit mêlé de la construction des galeries, et on on ne les lui attribue pas.
9 Arch. de l'Emp., Reg. LL 265, p. 171.— La chapelle Saint-Ferréol et Saint-Ferrucîon est la seconde après la porte Rouge, en allant vers l'apside.
Pierre Lescot était propriétaire d'une grande maison située au faubourg Saint- Jacques, qu'on appelait rhôtel de Glagny 1 ; il la donna à son neveu Léon Lescot*, qui le remplaça au chapitre Notre-Dame 8 , fut pareillement conseiller et aumônier du roi, ainsi qu'abbé de Clermont. Léon Lescot, reçu conseiller au parlement le 12 avril 1581, possédait avec un sien frère, Pierre Lescot, seigneur de Lissy, aussi conseiller au parlement*, le Gef précédemment mentionné du Martroy, dont ils firent tous les deux hommage le 1«* mars 1551. Ce fief leur appartenait pour lors en qualité d'héritiers de leur frère commun, Claude, à qui Pierre Lescot, le conseiller, l'avait cédé, après l'avoir
1 Le couvent de Port -Royal y fut établi plus tard, et l'hospice de la Maternité y est actuellement.
* Arcb. de l'Emp., cart. S 4,515.
3 Son nom se voit déjà au bas d'une délibération , de deux jours postérieure à la mort de son oncle.
* François Blanchard, Catalogue des conseillers au Parlement, p. 85 et 97. — Sa réception eut lieu le 85 octobre 1568. Confondu avec son oncle, il a fait dire à plusieurs biographes que celui-ci avait été membre du parlement, ce qui est faux. Pierre Lescot, le conseiller, fut marguillier de Saint-Pierre-aux-Bœufs en 1584 et 1585, avons-nous lu dans un ancien registre de cette paroisse. Il demeurait rue des Marmousets, dans uuc maison contiguë au cloître Notre-Dame (c'est maintenant lo n° 1), et formée par le morcellement, opéré en 1559, d'une autre plus grande, dont nous avons pu suivre l'histoire jusqu'au temps de Louis le Jeune. En 1604, Pierre Lescot demeurait encore en sa maison, qu'il reprit à bail pour neuf ans; en 1613 et 1622 elle était habitée par sa veuve, Marie de Foissy, et en 1639 par leur fils Charles Lescot. Nous avons vu encore dans un vieux registre que ce Charles Lescot, seigneur de Lissy, le 26 mai 1656, fonda un obit en l'église Saint-Landry, et y fut enterré « dans la cave dcsDauvets, ses ayeuls ».
reçu lui-môme de leur oncle Pierre Lescot, l'architecte 1 . Or, il est dit dans une transaction du 6 juin 1576 * que ce même Pierre Lescot était « le filz aisné et principal héritier de feu noble homme et saige M e Léon Lescot , en son vivant aussi sieur dudict Lissy », qui fut également conseiller au parlement, eut pour femme « noble damoiselle Marie Chevrier », et était déjà mort en 1557, car, dans une reconnaissance du 17 septembre de cette année , Marie Chevrier est énoncée veuve et curatrice de ses enfants 8 . Ce premier Léon Lescot, père des neveux de l'abbé de Clagny, était donc son frère. Il ne Tétait point seul, car un Jean Lescot, qualifié seigneur de Lissy, reçu conseiller au parlement en 1522, et mort l'an 1545*, parait ne pouvoir être de même qu'un frère de Pierre Lescot, l'artiste 5 . Le vaste hôtel de la rue Saint - Honoré , nommé depuis l'hôtel d'Aligre,
« Arcb. de l'Emp., Reg. S 3,819, P" 232 et 233.
* Arch. de l'Emp., cart. S 3,412. (Titres de l'église Saint-Landry.) 3 Ibid.
* Catalogue, etc., p. 53. Ses armes étaient écartelées, au 1« r et au 4' de sable, à une téte de chevreuil d'argent, ramée d'or; au i* et 3 e , d'azur, à trois rocs d'or, à la bordure de gueules. Nous n'avons pu savoir quelles étaient les armes de Pierre Lescot, l'architecte.
« Sa qualité très-certaine de seigneur de Lissy nous laisse à peine des doutes sur co point. Nous pensons qu'il hérita du fief paternel , dans la suite échu à Léon , et Pierre du fief maternel. D'après le passage do Sauvai cité plus haut, Pierre Lescot, le procureur du roi en la Cour des Aides, aurait eu, en effet, un fils nommé Léon. Les documents des Archives, auxquels nous renvoyons, fournissent des preuves incontestables que le second Léon Lescot était bien le neveu de l'abbé de Clagny.
appartint successivement à l'un et à l'autre *. Jean Lescot eut une sœur, Madeleine Lescot, religieuse professe aux Filles -Dieu, pour la « nourriture et entretenement » de laquelle il donna au monastère onze arpens et demi quartier de terre, sis au « terrouer de la Villette Saint- Ladre*».
Réserves faites en ce qui touche le degré de la parenté de Jean Lescot, la généalogie de la famille se traduit ainsi :
F items Lescot, seigneur de Llaay, procureur du roi en ta Cour dei Aides j
mort en 1533.
Femme : Anne Dauret, fille de Ouille DmuTet, eelgnr do Clagny.
Madeleine Ijcscot, Jean Lbscot, Leojc Lescot, riEBRE LESCOT,
religieuse aeignr de Li*«y, aeignr de Liaay, acignr de Clagny.
aux Filles-Dieu. con»r au parlement ; cOns' au parlement ; architecte du Louvre,
t en 1547. était déjà mort eu 1557. abbé de Clermont,
Femme : chan« de Notre-Damo ;
Marie Chevrier mort le 10 sept. 1578.
de Pauldy.
Claude Lbscot, Pierre Lbscot, I.fow Lbscot,
11551. selgnr de Lisay, abbé de Clermont,
conar au parlement; chanc de Notre-Damo, . entre 1604 et 1618, Femme :
Charles Lbscot, aelgnr de Lia»y.
* Censier de Saint-Germain-l'Auxerrois pour 1531, P» 18 r°, et Inventaire des titres du Chapitre, t. III , f° 203 r°.
î Déclaration des biens des Filles-Dieu en 1540. Archives de l'Empire , cart. S 6,626.
ean goujon est regardé, à juste titre, comme le plus illustre sculpteur français, et cette circonstance a fait oublier qu'il fut aussi architecte. Tel est effectivement, et on le verra tout à l'heure, le titre que lui donnent deux de ses contemporains, fort capables, par leurs connaissances spéciales, de juger s'il le méritait , et dont l'un eut certainement des rapports personnels avec lui. Loin d'ailleurs que rien infirme leur témoignage, plusieurs indications le corroborent au contraire, et, par conséquent, si nous demeurons dans l'ignorance quant aux œuvres de construction que Jean Goujon a conduites, et s'il semble même que ces œuvres furent sans grande importance, surtout en comparaison de ses travaux de sculpture, nous sommes toutefois en droit de lui consacrer une place dans notre
galerie des grands architectes de la Renaissance , parmi lesquels trois des plus éminents, Lescot, De l'Orme et Bullant, le recherchèrent pour collaborateur et furent heureux de s'aider de son admirable talent.
Malgré l'extrême popularité de son nom, plus grande actuellement que jamais, Jean Goujon n'est guère connu que par un certain nombre de ses productions plastiques. Sa vie est enveloppée d'un nuage singulièrement impénétrable , et tous les efforts si ardemment faits de nos jours pour dégager de l'obscurité les principaux événements de sa laborieuse existence ont à peine abouti à en révéler quelques détails. Comme c'est en Normandie qu'il nous apparaît d'abord , on a cru longtemps qu'il était originaire de ce pays, et on Ta fait naître à Rouen, à Aiençon et, en dernier lieu, à Saint -Laurent- de -Condé, près de Falaise; mais, outre que ces hypothèses ne reposent absolument que sur des rapprochements de noms, ou des travaux qu'on s'est plu gratuitement à lui attribuer, et qu'on n'a produit, à l'appui, aucun document tant soit peu probant, une découverte assez récente est venue, dit-on, trancher déOnitivement la question en faveur de Paris 1 . Dans un recueil de portraits, sans date, mais qui ne peut être de beaucoup postérieur à la
* Il en est de même de Jacques Androuet du Cerceau, qu'on disait être né à Orléans. (Voir la notice relative à cet artiste.)
mort de Jean Goujon il est qualifié de a Parisien », et, par suite, il doit passer pour tel, jusqu'à démonstration du contraire.
Qui fut le maître de Jean Goujon ? Rien ne le laisse entrevoir. Quatremère de Quincy, avec son exclusivisme étroit et entêté, a voulu qu'il fût allé en Italie étudier l'antique. Il est assez peu présumante que Jean Goujon ait jamais franchi les Alpes dans l'intérêt de son art, car, s'il eût entrepris un pareil voyage , il n'aurait sans doute pas manqué de nous en informer dans cette sorte d'épître qu'on possède de lui a , et où il aurait été
* Il est intitulé : Briefs éloges des hommes illustres desquels les pourtraicts sont yci représentez, par Gabr.-Michcl Angevin, advocat au Parlement; sans lieu ni date. Ce recueil a été signalé par M. Ferdinand Denis à MM. Haag. (Conf. l'article J. Goujon de la France protestante.) Il est extrêmement rare, et nous n'en avons pu voir d'exemplaire , & notre grand regret, car nous ne parlons volontiers que de visu.
* Elle se trouve à la suite de la traduction de Vitruve par Jean Martin, petit in-folio imprimé à Paris, en 1547, et orné de dessins sur bois, dont la plupart sont de la main de J. Goujon lui-même. Cette épître, adressée aux lecteurs, est la seule chose rédigée par lui qui nous soit parvenue; elle est peu connue , aussi croyons-nous devoir en transcrire ici les deux plus intéressants paragraphes, qui sont ainsi conçus :
« IAN GOVIOK STVDIEVX D'ARCHITECTVHE AVI LECTEVRS, SALVT.
«Vitruve dict, Messeigneurs, et plusieurs autbeurs antiques et modernes le conféraient, qu'entre les autres sciences requises à décorer l'architecture, ou art de bien bastir géométrie et perspective sont les deux principales : et n'est aucun digne d'estre estimé architecte, s'il n'est préalablement bien iustruict en ces deux. Qu'il soit vray, nous en avons eu l'expérience par noz prédécesseurs de bonne mémoire, asavoir Raphaël d't'rbin (qui a esté perfect en l'art de paincture), André Mantegne, non inférieur en son temps, Michel Ange, Antoine Sangal, Bramant, et assez d'autres excellens hommes, lesquelz ne voulurent jamais entreprendre à
naturel de faire allusion à ses pérégrinations ultramontaines. Cette épltre réfute aussi, et péremptoi-
conduire aucun ouvrage d'architecture, qu'ilz ne feussent avant toute œuvre, bien entendans icelles deux sciences. Ce que sentaus avoir acquis par travail et exercilation continuelc, ilz se sont tant curieusement délectez à poursuyvrc ce noble subject, que leur imtnortèle renommée est espaudue parmy toute la circumférence de la terre. Et eticores pour ce jourd'huy avons-nous en ce royaume de France un messire Sébastian Serlio, lequel a assez diligemment escrit et figuré beaucoup de choses selun les règles de Vitruve, et a esté le commencement de mettre teles doctrines en lumière au royaume. Toutcsfois jeu congnois plusieurs autres qui sont capables de ce Faire, ncautmoins ilz ne s'en sont encores mis en peine : et pourtant ne sont dignes de petite louenge. Entre ceuxlà ce peut compter le seigneur de Clagny, Parisien, si faicl aussi maistre Phililiert de l'Orme, lequel assez suffisamment a conduict un édifice que monseigneur le Cardinal du Bellay a faict faire en son lieu de Saiuct Mor des Fossez lez Paris. Et combien que pour le présent je ne m'amuse à en nommer d'avantage, si est-ce que je le pourroye bien faire : mais je m'en désiste tout à propos pour éviter prolixité, voulant retourner à la déduction d'icolles géométrie et perspective, qui me faict dire de rechef que l'homme privé de leur intelligence, ne saurait fors à grand peine entendre le texte de Vitruve. Et à la vérité, la congnoissanec que Dieu m'en a donnée, me faict enhardir de dire que tous hommes qui ne les ont point estudiées, ne peuvent faire œuvres dont ilz puissent acquérir guères grande louenge, si ce n'est par quelque ignorant, ou personnage trop facile à contenter. A ceste cause j'ay tousjours désiré faire veoir au mondo le proflit qui en peut succéder, et rens grâces infinyes à la bonté divine qoi m'a donné l'accomplissement de ceste mienne volunté, l'eftect de laquelle pourra faire entendre aux studieux, si par le passé il y a eu quelzques faultes en l'intelligence du texte d'icelluy Vitruve, par espécial en la formation d'aucuns membres de inassonuerie, chose qui est procédée par la mauvaise congnoissance qu'en ont eu noz mai s très modernes, laquelle est manifestement approuvée par les œuvres qu'ilz ont cy devant faictes, d'autant qu'elles sont desmesurées, et hors de toute symmétrie : mais pour couvrir leur ignorance, ilz se veulent armer de Vitruve, qu'ilz n'ont jamais bien entendu. Pour rendre donc bonne déclaration do mes figures, je me suis délibéré d'en faire ce petit discours, et en spécifier les particularitez assez au long, et par le menu. •
Après diverses explications sur les spécimens qu'il a dessinés pour l'ouvrage, Jean Goujon termine son épltre, laquelle occupe près de cinq pages, par cette phrase : « Or vous ay-jo escrit ce que j'ai entendu des
rement, une autre erreur qu'on a tenté d'accréditer sur son compte, à savoir qu'il n'était point lettré, parce qu'on possède une quittance faite en son nom, mais qui n'est point signée de lui *. On doit croire, bien plutôt, que l'éducation de Jean Goujon ne fut point négligée, et qu'elle le mit à même de profiter des recherches faites de son * temps sur l'antiquité et ses monuments, dont la connaissance lui était évidemment familière.
On n'a encore signalé aucune mention authentique de Jean Goujon antérieure à celle qu'offrent les archives de la fabrique de Saint- Maclou, à Rouen, où l'on voit qu'il exécuta pour cette église,
membres d'archilecture selon les règles de Vitruvc, et que Dieu m'en a donné l'intelligence. Toutesfois je supplie estre excusé si aucune chose se treuve oubliée : mais Dieu aydant vous me treuverez avoir suivy la vraye intention de Vitruve , et aux lieux auxquclz il a esté mal entendu par aucuns raaistres, je l'ay bien voulu donner à entendre et déclarer selon que mon petit et débile entendement l'a peu congnoistre et comprendre. »
* Nous en empruntons la teneur au texte que M. André Potier a ajoute à l'œuvre de Jean Goujon, publié en 1844 par Réveil : • Honorable homme Jehan Goujon, sculpteur du Roy, demeurant à Paris, confesse avoir eu et reçu contant de M* Jehan Durant, trésorier et payeur-des œuvres, édifflres et bastiments du Roy, la somme de quinze livres tournois, à lui ordonnée par révérend pore en Dieu, messire Pierre Lescot, seigneur do Clagny, abbé de Clermont , conseiller et aulmosnier ordinaire dudict seigneur, ayant la charge et superintendance des bastimens que ledict sieur Roy fait de présent faire et construire en son chasteau du Louvre, à Paris; sur et tant moins des ouvrages de sculpture par lui faicts et qu'il fera cy-apres pour ledict sieur Roy, audict chasteau du Louvre. De laquelle somme de quinze livres ledict Jehan Goujon s'est tenu et tient content, en requitte et quitte ledict trésorier et tous autres, promettant, obligeant et renonçant. Faict et passé l'an 1559 (1560), le lundi premier jour d'avril avant Pasques. Signé : Pajonat-Patp. »
Tan 1540-41 , le dessin des colonnes qui soutiennent les orgues, et d'autres travaux. Dans les archives de la cathédrale de Rouen existe un compte de 1541-42, où il est appelé « tailleur de pierre et masson », et indiqué comme ayant fait la statue de l'archevêque Georges d'Amboise Bussy, au tombeau du cardinal , oncle de ce dernier *. On le retrouve ensuite*, et dès Tannée suivante 1542, travaillant au jubé de Saint-Germain l'Auxerrois , à Paris, comme « tailleur d'ymages», sous la direction de Pierre Lescot, sans doute son ami, et auquel il devait rester longtemps associé. Vers 154i, il ornait de ses sculptures le château que Bullant élevait à Écouen pour le connétable Anne de Montmorency, et, en 1547, il comptait déjà parmi les architectes de Henri II , puisque Jean Martin , dans la dédicace de la traduction de Vitruve, qu'il publia alors, s'adressant au roi, lui dit que cette traduction est « enrichye de flgures nouvelles concernantes l'art de la massonnerie, par maistre Jehan Goujon, n'agueres architecte de Monseigneur le Gonnestable et maintenant l'un des vostres » . Ce titre d'architecte du roi, qu'il mérita probablement plus encore par des travaux d'ornementation et de statuaire monumentale, que par des travaux de construction proprement dite , il put
i A. Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen. Rouen, 1833. ïo-8°. p. 126.
* Nous avons cité l'autorité, p. 70.
le devoir à Montmorency, rentré en grâce, et surtout à Lescot qui , chargé de rebâtir le Louvre et ayant eu précédemment l'occasion de reconnaître le talent de Jean Goujon, devait être désireux de s'assurer son concours. Cependant les magnifiques bas-reliefs , les statues et autres sujets de décoration dont Jean Goujon enrichit le Louvre ne l'absorbèrent pas tellement qu'il ne fit simultanément, et pour divers édifices , quantité d'ouvrages analogues, y compris plusieurs figures en ronde bosse. 11 illustra ainsi de son ciseau la fontaine des Nymphes (des Innocents) l'an 1550, le château d'Anet vers 1553, et un grand nombre de lieux encore, parmi lesquels aucun, malheureusement, n'est indiqué par des documents de l'époque $ quelquesuns , il est vrai , le sont par des écrivains du siècle suivant, dont la véracité semble justifiée , mais aussi combien d'oeuvres douteuses et même indignes de ce grand artiste lui ont été attribuées ! Quoi qu'il en soit, si l'on songe à la foule de celles qui sont disparues 1 , il fiftit ad-
1 Bien que nous nous occupions ici de Jean Goujon principalement à cause de sa qualité d'architecte, nous aurions désiré pouvoir joindre aux trop courts renseignements que nous donnons sur sa vie une liste de ses travaux de sculpture ; mais cette liste est impossible à dresser par suite du défaut de documents dignes de confiance. Pour ce qui subsiste dos oeuvres authentiques de Jean Goujon , la quantité en est extrêmement restreinte, et l'on ne mentionne guère que les sculptures du château et du musée du Louvre, celles de la fontaine des Innocents, les bas-reliefs d'Êeouen , ceux du musée de Cluny (?), la clef d'arc et les lions de l'hôtel Carnavalet, la statue du cardinal d'Amboise, et Tune des portes de l'église Saint-Maclou, à Rouen. Afin de se faire une idée du style de J. Goujon , il est fort bon d'étudier aussi les figures du Vitruve de J. Martin.
mettre que Jean Goujon possédait la plus heureuse fécondité d'imagination , et que sa vie a été parfaitement remplie. Du reste, il est certain que son talent fut apprécié de ses contemporains, et récompensé par une réputation brillante. Dans rÉpitome de Vitruve, publié en 1556, par J. Gardet et Dominique Berlin , Jean Goujon est qualiOé de « sculpteur et architecte de grand bruit 1 ».
Jean Goujon passe pour avoir professé la religion réformée, comme les Du Cerceau, Jean Cousin, Bernard de Palissy et autres artistes célèbres de la même période. Le fait ne manque pas de vraisemblance, mais il n'est point positivement établi. Il est encore bien moins sûr que Jean Goujon fut tué, en raison de ses croyances, ou par hasard, le jour de la Saint-Bar thélemy, ainsi qu'on l'admet généralement, d'après une tradition dont personne n'a retrouvé l'origine. De cette mort violente de Jean Goujon il n'existe aucune preuve, et il n'y a même point de présomption , en dehors de l'opinion commune. On a fait observer avec raison que, si Jean Goujon avait réellement été une des victimes du massacre de 1572, il serait presque inconcevable qu'il ne Ggurât point dans les martyrologes protestants, où sont inscrits
* Epitome ou extrait abrégé des dix livres d'architecture de Marc Vitruve Pollion, par Jan Gardet, Bourbonnois, et Dominique Berlin, Parisien. Toulouse, 1556. In-8° .— Jean Martin, dans l'avertissement aux lecteurs de sa traduction de Vitruve , nomme Jean Goujon en même temps que plusieurs autres maîtres qu'il qualifie « excellons personnages dignes de l'immortalité ».
tant de noms obscurs. Répondre à cela que Jean Goujon n'ayant point encore, de son temps, l'immense célébrité que la postérité lui a faite, il a pu disparaître sans que sa mort causât une très-vive impression parmi ses coreligionnaires frappés de stupeur, c'est invoquer un argument dont la base est assurément fausse; car, nous le répétons, Jean Goujon jouissait déjà , de son vivant , d'une réputation considérable. Ceux qui soutiennent que Jean Goujon périt lors de la Saint-Barthélemy devraient, avant tout, démontrer qu'il a vécu jusqu'à ce triste événement , circonstance demeurée fort problématique. Ce qui est certain, c'est que, remplacé par d'autres artistes, il cesse de figurer dans les comptes du Louvre, immédiatement après l'année 156M562 où il en est fait mention pour la dernière fois. Quelle en est la cause ? Jean Goujon, qui ne pouvait être, à cette époque, âgé de moins de cinquante ans, mourut-il naturellement alors? Aurait-il été disgracié? Pour le moment, il n'y a, sur cette matière, que des hypothèses à offrir; nous nous bornerons donc à attirer l'attention sur un fait très-singulier et inconnu : on perd toute trace irrécusable de Jean Goujon, le sculpteur, en la même année où son homonyme , Jean Goujon, ouvrier en laine, à Troyes, subit le dernier supplice pour crime d'hérésie *.
l Le 5 décembre 1561, d'après le Martyrologe de Crcspin, cité par MM. Haag.
ï^T^e ils comptent parmi les architectes de la Sojfe Renaissance dont on a le plus fréquemh$z££> ment parlé, les Androuet du Cerceau ont en revanche, plus que tous les autres peutêtre, donné lieu à des récits faux et absurdes. Ils sont encore tellement mal connus que, pour presque tout le monde, le nom de Du Cerceau n'éveille que l'idée d'un seul homme, de l'auteur du Livre des plus excellents bâtiments de France. C'est lui qui, à s'en rapporter à une foule d'écrivains, né vers 1515, aurait bâti le Pont-Neuf, l'hôtel de Bellegarde et môme celui de Bretonvilliers; d'où il faut conclure, ce dont on ne s'est jamais avisé, qu'il aurait vécu près d'un siècle et demi.
En 1842 , l'architecte Callet, qui avait réuni un magnifique œuvre de Jacques Androuet, le graveur, fit voir dans sa brochure que ce maître avait eu un fils appelé Baptiste , avec lequel on le confondait sans cesse 1 ; mais là se borna sa découverte. Callet ne comprit pas que l'existence de Baptiste Androuet était insuffisante pour expliquer comment certains édifices du milieu du xvii* siècle étaient attribués à un Du Cerceau, et il ne soupçonna nullement que deux autres membres de la famille avaient aussi acquis une grande réputation comme architectes.
Il y a quatre ou cinq ans que nous avons été mis sur la voie de ce dernier fait, alors absolument ignoré *. En dépouillant ces vieux titres au moyen desquels nous avons restitué le plan des deux Prés-aux-Clercs *, il nous est passé par les mains plusieurs pièces faisant mention d'un Jacques Androuet, qu'il était impossible d'identifier avec le père de Baptiste. Le désir de savoir ce qu'avait été réellement ce second Jacques An-
i Notice historique sur la vie et les ouvrages ae quelques architectes français du xvi« siècle.
* Nous avons ou , depuis , la preuve quo le souvenir n'en était point encore effacé dans le dernier siècle : D'Argen ville dit que Jacques Androuet eut des fils, dont l'un Tut aussi appelé Jacques; D'Argenville n'en est, au reste, que plus inexcusable d'avoir attribué au môme homme des œuvres postérieures d'un siècle l'une à l'autre.
« Voir Revue archéologique, XII» année, p. 381. Us titres dont nous nous sommes servi proviennent des anciennes archives de l'Université. (Arcb. de l'Emp., carton S 6188.)
drouet nous a entraîné dans une suite de recherches qui, aidées par quelques communications bienveillantes, nous ont, avec le temps, permis de voir clair dans la généalogie des Du Cerceau, de réfuter les erreurs accréditées sur leur compte et de beaucoup augmenter la somme des notions recueillies, avant nous, sur leur vie et sur leurs œuvres.
La date de la naissance de Jacques Àndrouet , dit Du Cerceau , est inconnue *, et on ne peut la déterminer que d'une manière approximative. Le plus ancien de ses ouvrages dont nous ayons connaissance est une carte du pays manceau , qu'il exécuta d'après Macé Ogier *, et dont La Croix du Maine dit : «... Elle fut gravée en planche de cuivre par Jacques Androuet, Parisien, surnommé Du Cerceau , et imprimée au Mans , Tan 1539 , par Mathieu Vaucelles et Alexandre Chouen, et encore l'an 1565 par ledit Vaucelles \ » Le père Lelong parle de deux autres éditions de cette carte, dont Tune serait de 1537 *. Or, si dès 1537 Jacques
* On n'a point de renseignements sur les ascendants de Jacques Androuet, et co que Callet en dit est d'une fausseté choquante. Nous avons vu une pièce du ta novembre 1480, par laquelle un nommé Jehan Androuet reconnaît avoir reçu quarante et un sous trois deniers, pour avoir conduit un chien du roi , de Chabrys en Berri, au Plessis-du-Parc ; mais nous nous gardons d'en tirer aucune conséquence , le nom d' Androuet , diminutif de celui d'André, ayant dû être commun.
* Cette carte est perdue, assure- t-on.
* Bibliothèque françoise, art. Macé Ogier.
* Bibl. Awt., vol. p. 95, n° 1661.
Androuet maniait la pointe du graveur d'une manière acceptable, il ne saurait être né plus tard que vers 1515. Par contre, diverses présomptions, et surtout son livre imprimé en 1584, ne permettent pas de reporter sa naissance beaucoup au delà de l'avènement de François I» au trône. Nous inclinons à penser que Du Cerceau est né plutôt avant qu'après 1515.
On n'est point non plus sans incertitude relativement au lieu de naissance de Jacques Androuet. Comme les premières planches signées de lui qui nous restent ont été publiées à Orléans 1 , on a supposé qu'il était originaire de cette ville; un raisonnement semblable, basé sur le fait de la carte qu'il grava pour Macé Ogier, établirait aussi bien, pour le moins, qu'il naquit au Mans. On vient de voir que Ca Croix du Maine, son contemporain , le qualifie de Parisien; il lui donne de nouveau cette épithète dans un autre endroit de son livre , où il dit : « Jacques Androuet, Parisien, surnommé Du Cerceau, qui est à dire cercle, lequel nom il a retenu pour avoir un cerceau pendu à sa maison pour la remarquer et y servir d'enseigne 8 ,
* On trouvera plus loin le titre du recueil dont elles font partie.
» Dans un article sur les enseignes de Paris avant Is xvii» siècle, oa, par parenthèse, on nous a fait l'honneur de beaucoup puiser depuis quelque temps, nous citons une charte de 1362, de laquelle semble résulter qu'un cerceau était l'enseigne habituelle des tavernes. (Revue archéologique, XD> année, p. 1.) Telle avait pu être la première destination de la maison de Jacques Androuet. Il est très-remarquable que ccr-
(ce que je dis en passant pour ceux qui ignoreroyent la cause de ce surnom) 1 . » Si le renseignement n'inspire pas une entière confiance en ce qui touche l'origine du surnom de Du Cerceau , dans la suite transformé en titre % il semble fort concluant quant à la détermination de la ville natale de Jacques Androuet, et il n'est point en contradiction avec un autre document contemporain, dans lequel Du Cerceau est énoncé bourgeois de Montargis 3 , attendu qu'on pouvait acquérir le droit de bourgeoisie dans une ville autre que celle où Ton était né. Il est certain , du reste, que Du Cerceau , qui était huguenot, habita dans sa vieillesse Montargis, « la retraite de ceux de la religion, » comme parle TEstoile. Dans la notice sur le château de Montargis, que contient le second volume de l'ouvrage sur les plus excellens bastimens de France, à propos de l'entretien des édifices, il dit : « Comme mesme au chasteau de Montargis, lequel n'est pas de petite entretenue, toutes fois pour bien peu de chose par an, avons regardé à le maintenir ; » et, dans la troisième partie de son Livre £ architecture, ^adressant au roi, il dit encore : «Sire, estant
tains biographes, cités par D'Argcnville, aient justement fait de Du Cerceau le fils d'un marchand de vin, qui aurait eu pour enseigne le Cerceau d'or.
1 Bibliothèque françoise, p. 175 de l'édition de 1584.
* Les descendants de Jacques Androuet sont qualifiés de sieurs Du Cerceau dans plusieurs actes.
» Nous reviendrons sur ce document.
Vostre Majesté à Montargis , je receus ce bien de vostre accoustumée bénignité et clémence, de me prester l'oreille à vous discourir de plusieurs bastiments excellents de vostre royaume. . . . Cependant désirant vous donner quelque plaisir et contentements, j'ay employé le séjour de mes vieux ans à dresser un livre d'instruction, etc. » Un historien qui a dû naître dans le xvi e siècle , Guillaume Morin, attribue en outre à Du Cerceau le chœur de l'église de Montargis, en s'exprimant ainsi : « Du temps de M ,n « d'Esté , duchesse de Ferrare, les habitans et bourgeois de Montargis se cottisèrent pour faire bastir le chœur d'icelle (église) en la forme qu'il se void à présent. Le dessein en fut projetté par Du Serseau, l'un des plus ingénieux et excellens architectes de son temps. . . Le commencement fut sous le règne de Henry Second, et fut parachevé l'an 1608 *. »
En constatant que toutes les constructions dont les biographes déclarent que Jacques Àndrouet fut l'architecte n'ont point été élevées par lui, nous avons d'abord pensé qu'il s'était exclusivement occupé de travaux graphiques, et que le titre d'architecte dont il se pare était sans conséquence, ce titre n'ayant point au xvi« siècle la même portée
* Histoire générale des pays de Gastinois, Sénonois et Hurpois ; Paris, 4630, in-4°, p. 90. (Ouvrage posthume.) — Une gravure de Du Cerceau représente le combat du fameux chien de Montargis contre le meurtrier de son maître.
que de nos jours 1 ; mais le témoignage de Guillaume Morin et certains détails techniques du Livre d'architecture ont modifié notre opinion, et nous admettons qu'il a pu construire. Toutefois, on ne connaît que l'église de Montargis, un triste édifice, il faut l'avouer, dont il aitauthentiquement donné les plans, et il est manifeste que sa vie a été absorbée par l'exécution de ses gravures, qui sont extrêmement nombreuses. Elles lui valurent une grande réputation : on a remarqué la façon élogieuse dont parle de lui Guillaume Morin; le duc de Nevers tient un pareil langage, et un étranger, Jean Vrédeman, dans son Architectura, traité imprimé à Anvers en 1577, mentionne simultanément « le très -renommé Vitruvius , Sebastiaen Serlio et l'expert Jacobus Androuetius Cerseau » .
Indépendamment d'une singulière multitude de planches de toutes sortes, dont le catalogue, fort
1 II n'est point exact que, suivant l'opinion commune, l'expression d'architecte n'ait commencé à être employée qu'au xvi« siècle, car on s'en servuit déjà, très-rarement il est vrai, au xiv - : Christine de Pisan assure quo le roi Charles V était ■ vray architecteur, deviscur certain et prudent ordeneur ». Ce qui est incontestable, c'est que le mot architecte ne s'est popularisé qu'à l'époque de la Renaissance, sous l'influence de la langue italienne et de l'étude de Vitruve. Nous croyons qu'il désigna d'abord d'une manière plus spéciale l'artiste, distingué du constructeur, auquel on continuait à donner le nom de maçon. Vraisemblablement plusieurs des architectes célèbres, avant le règne de Louis XIII, ont seulement été des dessinateurs d'architecture, composant habilement les projets des édifices, et laissant aux hommes du métier le soin de les exécuter.
difficile à Taire , est encore à rédiger, Jacques Androuet a publié les ouvrages suivants .
1° Recueil de vingt-cinq arcs de triomphe. — Il n'y a pas à cet ouvrage de titre proprement dit; mais en tête est placé un frontispice gravé, avec une inscription commençant ainsi : « Jacobus Androuetius du Cerceau, lectoribus, S. En vobis, candidi lectores et architectures studiosi, quinque et viginti exempta arcuum partim a me inventa, partim ex veterum sumpta monumentis, tum Romœ, tum alibi' etiam nunc extantibus, etc. » Aureliœ> 1549. In-fo, 25 pl.
2° Recueil de fragments antiques d'après Léonard Thierry, récemment mort à Anvers. — L'ouvrage n'a pas de titre non plus, mais sur un frontispice gravé est aussi une épître au lecteur, où il est dit que l'opuscule se compose de « Duodecim fragmenta structurée veteris ». Les planches sont effectivement au nombre de 12. Aureliœ, 1550. In-P».
3° Recueil de temples bâtis à la manière antique, à Rome et ailleurs, reproduits en géométral et en perspective. — Pas de titre; dans l'épltre au lecteur, l'ouvrage est énoncé. . . Aliquot templorum antiquo more constructorum exemplaria... quitus accesserunt etiam alia libero marte, nulloque exemplo descripta. Quœnam autem ex veterum monumentis sumpta sint, sua cujusque docet inscriptio. » Aureliœ, 1550. In-fo.
4° « Liber de eo picturm génère quod grottesche vocant itali. » Aureliœ, 1550. ln-4°. — Délicieuse collection d'arabesques, qui décèle une originalité ainsi qu'une facilité d'invention extraordinaires, et qui a été réimprimée à Paris, en 1566 , par Wéchel, sous le titre de Livre de grotesques. La réimpression forme un in-folio de 2 feuilles de texte et de 35 planches.
5o Vues de ruines antiques, inscrites dans des cercles. — Au bas de l'une d'elles est une courte épître au lecteur, où Du Cerceau dit, en parlant du recueil : « Continet enim venustissimas optices, quam perspectivam nominant, viginti figuras , quam fieri potuit accuratissime excusas atque expressas. » Aureliœ, 1551. 20 pl. C'est le dernier des ouvrages de Du Cerceau publiés à Orléans.
6o « Livre d'architecture de Jacques Androuet du Cerceau, contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous différens : pour instruire ceux qui désirent bastir, soient de petit, moyen ou grand estât; avec déclaration des membres et commoditez et nombre des toises, que contient chacun bastiment, dont l'élévation des faces est figurée sur chacun plan. Plus, brève déclaration de la manière et forme de toiser la maçonnerie de chacun logis, selon la toize contenant six pieds; suyvant laquelle on peut toiser tous édifices, et par là congnoistre la despence qu'il convient faire. » Paris, Benoist-Prévost, 1559. In-f°, 50 pl. — L'ou-
vrage contient, sur chacun des 50 bâtiments, une petite notice en indiquant les dimensions principales. Dans une dédicace au roi, Du Cerceau dit: « Sire, j'ay autres-fois receu tant de faveur de vostre Majesté, qu'elle a bien voulu employer quelques heures de temps, à yeoir et contempler aucuns petits plans et pourtraicts de bastiments de temples et logis domestiques, par moi dessaignés et imprimés, esquels elle receut (comme me sembla) plaisir et délectation... Doresnavant vos sujects n'auront occasion de voyager en estranges païs, pour en veoir de mieux composez. Et d'avantage, vostre Majesté prenant plaisir et délectation mesmes à l'entretenement de si excellens ouvriers de vostre nation, il ne sera plus besoin avoir recours aux estrangiers. »
7° « Jacobi Androuetii de Cerceau liber novus amplectens multas et varias omnis ordinis, tam antiquorum quam modernorum, fabricas ; jam recens œditus, anno MDLX. » — In-f° de 26 planches, faisant suite au recueil de 1549, et dans lequel se trouve un dessin très-curieux de l'arc de triomphe de Besançon.
8° « Livre d'architecture par Jacques Androuet du Cerceau, contenant plusieurs et diverses ordonnances de cheminées, lucarnes, portes, fontaines, puis et pavillons, pour enrichir tant le dedans que le dehors de tous édifices, avec les desseins de dix sépultures toutes différentes. »
LES ANDROUET DU CERCEAU. iO\
Paris, André Wéchel, 1561, in-f°, contenant 62 planches et 2 feuilles de texte. — Cet ouvrage est considéré comme le second tome de celui qui parut en 1559. On apprend par la dédicace au roi que Du Cerceau avait déjà reçu la commande de son grand ouvrage sur les bâtiments de France ; il dit : « Attendant que Dieu me face la grâce de vous en présenter ung autre, selon qu'il ma esté permis et ordoné par vos prédécesseurs roys, tant des desseins et œuvres singulières de vostre ville de Paris, comme de vos palais at bastiments royaux , avec aucuns des plus sumptueux qui se treuvent entre les aultres particuliers de vostre royaulme. »
9° « Leçons de perspective positive par Jacques Androuet du Cerceau, architecte. » Paris, M amer l- Patisson, 1576; petit in-f°, avec 60 planches, une préface et un texte explicatif de 12 pages. — Dans la dédicace à la reine Catherine de Médicis, il lui fait observer que, empêché par les troubles d'aller relever les dessins nécessaires pour l'ouvrage sur les châteaux de la France , il a mis au jour, en attendant, le Traité de perspective, dont il espère qu'elle éprouvera quelque satisfaction.
10° a Le premier volume des plus excellent bastimens de France, auquel sont désignez les plans de quinze bastimens et de leur contenu : ensemble les élévations et singularitez d'un chascun. » Paris, 1576. In-f\ — Le volume renferme une dédicace à Catherine de Médicis, avec des
notices, malheureusement très-succinctes, sur les monuments illustrés par les planches , et qui sont les châteaux royaux du Louvre, de Vincennes, de Chambord , de Boulogne ou Madrid , de Creil , de Coucy, de Folembray (près de Chauny), de Montargis, de Saint-Germain en Laye et de la Muette; puis les châteaux particuliers de Vallery (près de Fontainebleau), deVerneuîl (près deSenlis),d'Ancyle-Franc, de Gaillon, et de Manne (près d'Ancy-le- Franc).
llo « Le second volume des plus excellents bastimens de France, auquel, etc.» Paris, Gilles Beys, i579, In-f°. — Ce second volume, également dédié à Catherine, renferme les monographies et notices des châteaux royaux de Blois, d'Amboise , de Fontainebleau , de Villers-Coterets , de Charleval (près des Andelys), des Tuileries, de Saint-Maur-les-Fossés et de Chenonceaux; puis celles des châteaux particuliers de Chantilly, d'Anet, d'Écouen, de Dampierre, de Challuau (près de Fontainebleau), de Beauregard (près de Blois), et de Bury (aussi près de Blois). L'ouvrage sur les châteaux de France est le plus répandu de tous ceux de Du Cerceau. Il offre un immense intérêt archéologique , car presque tous les monuments qu'il reproduit sont détruits, ou du moins fort mutilés. 11 semble avoir eu grand succès. On en a fait une seconde édition en 1607 et une troisième en 1648. Celte dernière renferme dans sa première
partie 67 planches, et dans la seconde 68, y compris 7 planches ajoutées, non cotées , et relatives au palais du Luxembourg.
12* « Livre d'architecture de Jacques Androuet du Cerceau, auquel sont contenues diverses ordonnances de plants et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bastir aux champs, mesmes en aucuns d'iceux sont desseignez les basses-courts avec leurs commoditez particulières, aussi les jardinages et vergiers. — Très-utile et nécessaire à ceux qui veulent bastir, à ce qu'ils soient instruits et cpgnoissent les frais et la despense qu'il convient faire. » Paris, 1582. In-f°, avec 38 planches, une dédicace au roi, et un texte analogue à celui du second volume de même titre.
13° « Livre des édifices antiques romains contenant les ordonnances et desseings des plus signalez et principaux bastiments qui se trouvoient à Rome du temps qu'elle estoit dans sa plus grande fleur ; partie desquels bastimens se void encor à présent, le reste aiant esté ou du tout ou en partie ruiné. » 1584. ln-f°, 63 pl., et une dédicace au duc de Nemours.
On attribue encore à Du Cerceau , nous n'osons décider si c'est avec raison, un recueil intitulé : Prœcipua aliquot Romance antiquitatis ruinarum monimenta, vivis prospectibus ad veri imitaliones affabre designata. Ce recueil, contemporain des pre-
miers qu'il a fait paraître, est. en effet, empreint de sa manière.
En 1579, Jacques Androuet disait : « La vieillesse ne me permet pas de faire telle diligence que j'eusse fait autrefois, » et en 1582 il rappelait ses « vieux ans » *. 11 était conséquemment, alors, fort avancé en âge. On ignore combien il vécut encore, et l'on suppose qu'il mourut à l'étranger*. Son dernier ouvrage, leLivre des Edifices antiques, porte la date de 1584 et sans indication de lieu; mais dans la dédicace qu'il en fit au duc de Nemours, il dit : « ... Aussi que dès longtemps vous m'ayez fait cet honneur que de m'accepter pour vostre, et de m'entretenir de vostre libéralité , qui me fait estimer vostre ce qui provient de moy. » Du Cerceau demeurait ainsi très-probablement près du duc, et faisant partie de sa maison. Or, le duc de Nemours mourut le 25 juin 1585, près de Genève, à Annecy, où il s'était retiré depuis plusieurs années, et où il s'occupait de littérature et d'art; il y a donc bien des chances pour que Du Cerceau, craignant les persécutions en France, soit mort
* Dans la dédicace du second volume des Excellent ba&timem de Fratice, et dans l'épître au roi du troisième volume du Livre d'architecture.
* Callct affirme qu'il mourut en 1592 à Turin, et qu'en 1576 il était âgé de soixante-trois ans , ce qui implique qu'il serait mort a soixantedix-neuf. Nous n'avons pas besoin de fuire observer que Callct ne justifie aucune de ces assertions, et que nous les tenons comme non avenues.
aussi à Annecy, ou mieux à Genève, ville que ses convictions religieuses devaient lui rendre particulièrement sympathique *.
Jacques Androuet eut au moins deux fils ; l'un, sans doute l'aîné, s'appelait Baptiste. C'était encore « un jeune garçon » en 1775 , année où il nous apparaît, et où il gagna la faveur de Henri III, d'après le récit suivant d'un témoin oculaire : a Finalement, il (Henri III) institua une garde nouvelle, que l'on appeloit les quarante-cinq gentilshommes ordinaires, parce qu'ils le suivoient toute l'année, en tous lieux où Sa Majesté alloit , desquels il n'en prit un seul qui fust huguenot, tesmoi gn âge très-suffisant de l'intérieur de ce prince, lequel on ne sçauroit contredire , sinon que pour un certain petit architecte nommé Du Cerceau, que, par faute d'autre, il prit à son service en l'année 1575, lorsque Sa Majesté estoit en si grande affection de faire bastir une maison de plaisance autour de Paris , pour ce que ce petit homme pourtrait fort bien et mieux qu'homme de France, et estoit diligent, actif et soigneux aux commandements qui lui estoient faicts; et aussi que Sa Majesté estoit contrainte de se servir d'un peintre qui souloit faire des inventions pour des mascarades et tournois, nommé De Magny, résidant à Paris,
i C'est peut -être parce que sou dernier ouvrage fut imprime à Genève que Du Cerceau ne voulut point y indiquer de uom de ville.
lequel , tant pour son âge qu'aussi pour ne se connottre guères au fait de l'architecture, et avoit la main dure pour en dresser pourtraits, ne pouvoit satisfaire au gré de Sa Majesté, etestoit contrainct de faire travailler sous luy le dict Du Cerceau , qui estoit un jeune garçon , fils de Du Cerceau , bourgeois de Montargis, lequel a esté des plus grands architectes de nostre France. Et par ce moyen il fut introduit au service de Sa Majesté, sans qu'elle le reconneust pour huguenot. Ledit Du Cerceau a bien fait pénitence en sa charge, ayant fait plus de pourtraits de monastères, églises, chapelles, oratoires et autels pour dire la messe , que jamais architecte en France en ait fait en cinquante ans 1 . »
Vers la On de 1578, Baptiste Àndrouet eut l'honneur de remplacer au Louvre Pierre Lescot, depuis peu décédé', et en la même année on lui confia une tâche considérable , celle de bâtir le Pont-Neuf. «En ce... mois de may (1578), dit l'Estoile, fut commencé le Pont-Neuf. . . sous l'ordonnance du jeune Du Cerceau, architecte du roy. » A ce titre d'architecte du roi , dans des documents plus récents, en sont ajoutés deux autres , ceux de « valet de chambre dudict Sire et
1 Traité des causes et des raisons de la prise d'armes faite en janvier 4589, dans les Mémoires du duc de Nevers, p. 38 et 29.
* Nous donnerons le texte des lettres d'office dans la monographie du monument , qui fait partie du premier volume de notre Histoire typographique et archéologique du vieux Paris.
ordonnateur général des bastimens de Sa Majesté, » lesquels titres lui sont donnés sur l'acte d'acquisition de la maison où furent plus tard établis les Feuillants ! . Sur une pièce de 1586 , intéressante à un double point de vue, Baptiste est énoncé « noble homme Baptiste Androuet, sieur du Serseau, conseiller du Roy, son architecte ordinaire, et commis par Sa Majesté pour ordonner de tous les ouvrages des bastimens et édifices de Sa Majesté, et despence que y convient faire». Sa charge de surintendant des bâtiments lui valait 6,000 livres par an, au dire de Brice *. Elle impliquait la direction de presque toutes les constructions faites pour la couronne, et comprenait celle des travaux de la chapelle des Valois, à Saint- Denis. D'après les comptes de cette chapelle, Baptiste en devint l'architecte après Jean Bullant, et, comme « ordonnateur de ladicte sépulture » , il avait «pour ses gaiges et appointemens » la somme de 200 livres par an.
1^ 11 novembre 1584, Baptiste acheta du maçon Christophe Lemercier, aussi employé à Saint-Denis, un terrain situé au petit Pré-aux-Clercs , et sur lequel il éleva une maison élégante, dont il ne lui fut pas donné de jouir longtemps 3 . En effet, au
i Arcb. de l'Emp., carton S 4165-66.
* T. IV, p. 169, de l'édit. de 1752.
3 En 1552, Pierre Leelerc fut obligé de rétrocéder à l'Université le petit Pré-aux-Clercs, qu'il tenait d'elle depuis 1540, et qu'il avait baillé par parcelles, mais dout uu lot de cinquante-neuf perches restait à l'état
108 LES GRANDS ARCUITECTES.
mois de décembre 1585, suivant ce que rapporte l'Estoile, qui l'appelle « un homme excellent et singulier dans son art » , Baptiste Androuet, que les catholiques exaltés reprochaient au roi de garder près de lui , fut contraint de prendre congé de son maître, aimant mieux « quitter... ses biens que de retourner à la messe » , et abandonnant « sa maison , qu'il avoit nouvellement bastie avec grand artifice et plaisir, au commencement du Pré-aux- Ciercs, et qui fust toute ruinée sur lui* ». Cet événement, dont on a toujours cru que Jacques Androuet avait été le héros, ne paraît pas avoir eu pour Baptiste toutes les conséquences fâcheuses qu'on peut supposer, car, dans les comptes de la chapelle de Saint-Denis, nous trouvons un toisé du 21 avril 1586, fait par son ordre, et les états de
de place vague. Ce lot, dont les dimensions se sont parfaitement conservées, est représente aujourd'hui par remplacement des deux dernières maisons, vers le couchant, de l'Ilot circonscrit par les rues du Colombier (Jacob), des Marais et Bonaparte. Il fut accensé le 21 février 1565 a Alexandre Papin [aliat Sapin), écuyer et seigneur de Bcaulieu, à charge d'y bâtir avant cinq ans, et moyennant deux sols pariais de cens et douze livres de rente annuelle. Cependant le terrain était encore libre lorsque, le 5 février 1584, il fut vendu à Christophe Lemercier, qui dut s'engager à y bâtir réellement dans Tannée. Il le fit, mais seulement sur la moitié orientale de sa parcelle, dont il céda l'autre moitié à Baptiste Androuet, le 11 novembre de ladite année 1584. — Cal le t a fait graver pour sa brochure des dessins qu'il dit faussement avoir découverts dans les archives de Saint-Germain-des-Prés, et qui , assure-tril , seraient ceux de la maison du petit Pré-aux-Clercs ; ces dessins sout simplement extraits de la planche 28 du premier Livre d'architecture, publié en 1559, et conséquemment vingt-cinq ans avant que Baptiste fit acquisition de son terrain.
1 £dit. Michaud, p. 193.
dépenses mentionnent ses appointements pour cette même année. C'est d'ailleurs là le dernier document que nous ayons rencontré où il soit directement question de lui; nous sommes sûr, néanmoins, qu'il fut architecte d'Henri IV, puisque, dans des lettres d'office délivrées à son fils , il est parlé des services du père envers les « feuz roys ». Au mois de mars 1602, Baptiste n'existait plus, et sa veuve, Marie Raguidier, vendit la maison du petit Pré- aux -Clercs, qui, ravagée lors du siège de Paris, avait dû subir une restauration complète après la paix.
L'acheteur de la maison de Marie Raguidier était le propre frère de son mari Baptiste, et par conséquent l'autre fils de Jacques Androuet, le graveur. 11 portait le même prénom que son père, particularité qui a beaucoup contribué à la confusion , et nous ne pouvons guère douter qu'il soit le même que le « Jacques Endrouet » compris parmi les secrétaires du duc d'Anjou, en 1576 *. Il est qualifié , dans les actes relatifs à la vente de 1602*, de contrôleur et architecte des bâti-
« État de -la maison de « Monseigneur, fils de France, frère unique du Roi », ap. Mémoires du duc de Necers, p. 587.
* Après la mort de Jacques Androuet fils, la maison du petit Pré-aux- Clercs demeura en la possession de sa femme, Marie de Malapcr, qui, le 26 mai 1634, en passa titre nouvel au terrier de l'Université. Elle la laissa en héritage a sa fille Marie, et celle-ci l'apporta en dot à son époux Êlie Bedé, sieur des Fougerais, alors propriétaire, avec son frère, de la maison contiguê, qui porte actuellement le n«> 28 sur la rue Jacob, et le n° 21 sur la rue des Marais.
ments du roi. Comme dans ces actes il n'est nullement mention des liens de parenté qui l'unissaient à Marie Raguidier ou à son mari Baptiste , nous fûmes d'abord très-embarrassé pour déterminer ce qu'il était par rapport à ces derniers. Nous avons réussi à le reconnaître avec le secours des notes précieuses recueillies par M. Charles Read dans les registres du temple de Charenton , dont on lui doit la découverte, et que, avec cette libéralité sans limite qui le caractérise , il a bien voulu mettre à notre disposition. Ces notes nous ont appris qu'en 1600 Jacques Androuet le fils, dit architecte du roi, tint l'enfant d'un nommé Legros sur les fonts de baptême, et qu'il fut enterré le 17 septembre 1614 *. En combinant les renseignements que nous tenions de M. Read avec ceux que nous avaient fournis les archives de l'Université, nous avons pu démontrer matériellement que le Jacques Androuet mort en 1614 ne 'saurait être le même que son homonyme le graveur*. Un compte très-intéressant, dont nous
t On l'inhuma au cimetière Saint-Père, réservé pour les protestants, * et dont la maison n° 30 de la rue des Saints-Pères occupe remplacement. — La note du registre est ainsi formulée . « Le xvu* jour de septembre 1G14, deffunet Jacques Androuet du Cerceau, architecte des bastimens du Roy, estant de la vraie religion, a esté enterré au cimetière du faulxbourg Sainct-tiermain, par Jehan Guillaume, fossoyeur dudict cimetière, oh le corps dudict deffunet a esté accompagné par de ses amis et archers du guet. »
« Autrement il serait mort à peu près centenaire, et, ce qui est impossible, il serait devenu père étant au moins nonagénaire. Ru effet, Marie, la fille de Jacques Androuet, contrôleur des bâtiments, mourut en 4650,
devons pareillement la connaissance à M. Read, nous a fait savoir que le fameux Salomon 1 de Brosse était le neveu du surintendant Jacques Androuet, auquel, pour des raisons que nous avons développées ailleurs % nous attribuons la construction de la seconde partie de la grande galerie du Louvre.
Marie Raguidier donna à Baptiste Androuet plusieurs enfants, qui étaient encore mineurs en 1602, et dont l'un , appelé Jean, a été le dernier membre célèbre de la famille. Le 30 septembre 1617, il fut nommé architecte de Louis XIII , en remplacement d'Antoine Mestivier, décédé depuis peu. « Le Roy, » est-il marqué dans les lettres d'office. . . « voulant recongnoistre envers Jean Androuet, dit du Cerceau , fils de feu Baptiste Androuet du Cerceau , son père, les services des feuz roys; bien informé aussi de la suffisance dudit Du Cerceau fils, Sa Majesté luy a donné la charge d'architecte , de laquelle estoit pourvu ledit Mestivier, et lui a accordé la somme de cinq cents livres de gaiges. . . voulant que ledit Du Cerceau soit doresnavant employé ès
âgée de quarante ans : elle était donc née eu 1610, environ quatre-vingtquinze ans après Jacques Androuet le graveur.
i Tel est le véritable prénom de De Brosse, qu'on a l'habitude d'appeler Jacques. M. Charles Read, qui a constaté le fait, en donnera de nombreuses preuves dans un travail biographique qu'il prépare sur ce grand architecte.
* Dans la Notice sur les galeries du Louvre, qui a paru avec les premières livraisons de notre ouvrage la Renaissance monumentale en France.
estais des officiers servants desesdits bâtiments 1 . » En 1624, les appointements de Jean avaient été sensiblement augmentés, puisque nous lisons dans un compte de cette année : « A Jean Androuet, dict du Cerceau, aussy architecte, sur vm c liv. à luy accordez pour ses gaiges, la somme de quatre cens livres pour demie année seulement, attendu la nécessité des affaires de sad. Majesté : cy mi c liv. »
Baptiste Androuet avait jeté les fondements du Pont-Neuf en 1578; en 1639, son fils Jean entreprit la reconstruction du Pont- au -Change, en compagnie de Denis Laud et de Mathurin du Ry. La bibliothèque de l'Arsenal possède un compte des trois associés, depuis 1639 jusqu'en 1642*. On y remarque de nombreuses signatures de Jean Androuet, dont nous rencontrons le nom pour la dernière fois dans une déclaration foncière * qu'il passa le 15 mai 1649, à propos de terrains à lui appartenant, et situés au canton deClignancourt, près de Montmartre. En 1649, Jean Androuet ne pouvait avoir moins de cinquante et quelques années, et en avait vraisemblablement une soixantaine : il approchait du terme de sa carrière.
* La pièce signée Louis, et au-dessous Loménie, a été découverte par M. Hauréau, à la Bibliothèque Impériale.
« Le manuscrit est coté HF 325 bis, et nous a été très-obligeamment signalé par M. Paul Lacroix. — Nous y avons copié la signature dont le fac-similé est ci-contre.
a II y est nommé « Jean Endrout du Cerceau, architèquc du Roy *.
Nous ne savons quand il mourut, et rien ne nous est parvenu relativement à ses héritiers 11 avait bâti, à Paris, un certain nombre d'hôtels importants, entre autres ceux de Sully, de Bretonvilliers et de Bellegarde*. Il existe un devis relatif à ce dernier hôtel, daté du 24 septembre 1645 et signé de Jean Androuet, qui y est déclaré demeurer en la rue Princesse *. Un peu auparavant il avait habité le quai de la Mégisserie , détail consigné dans un arrêté de comptes, du 12 janvier 1642, où Ton fait allusion à des carrières qu'il avait à Meudon \
En 1580, un « Charles Androuet, dict Cerceau , » était « vallet de garderobbe » du duc d'Anjou B . Il
* En 1660, un Paul Androuet du Cerceau, architecte, a gravé des cahiers d'ornements, publiés par Poilly ; mais rien ne nous laisse voir de qui il descendait. En 1644, un Jean Androuet, aussi architecte, est mort à l'âge de vingt et un ans. Natif de Verneuil- sur -Oise, il était fils de Moïse Androuet, commissaire ordinaire de l'artillerie de France, et de Madelainc du Courty. M. Kead a trouvé la mention d'un Jacques Androuet, orfèvre et bourgeois de Paris, qui eut, de sa femme Marie Béliart, plusieurs enfants, notamment une fille appelée Marie, laquelle mourut le l« r juin 1665. Plusieurs personnes portent encore aujourd'hui le nom d' Androuet du Cerceau ; mais la notoriété de la famille s'arrête à Jean, l'architecte de Louis XIII.
* Nous avons publié, dans la Renaissance monumentale, une Notice historique sur l'hôtel Sully, touchant lequel nous avons réuni une série de documents, depuis l'an 1360 jusqu'à nos jours. L'hôtel Sully fut bâti de 1624 à 1630, et subsiste encore; il porte le n° 143, rue Saint-Antoine. Les hôtels de Bretonvilliers et de Bellegarde sont détruits.
« Les titres domaniaux de la rue ne nous ont fourni aucun renseignemont à ce sujet.
* M. de Montaiglon a eu la complaisance de nous montrer cette pièce, qui lui appartient.
» Arch. de l'Emp., reg. KK 228, f°208 r°.
est difficile de ne point croire que ce Charles Androuet avait pour père Jacques Androuet le graveur, comme l'autre Jacques Androuet, également au service du duc d'Anjou, dont la politique favorisa plusieurs fois les protestants.
Le tableau suivant résume la généalogie des Du Cerceau, telle qu'elle ressort des documents que nous avons rassemblés :
JACQUES ANDROUET dit DU CEBCEAU, architecte cl graveur, né vers 1515; vivait encore en 1534.
CHARLES AHDKOUET, valet de gmrde-robe dn due d'Anjou, en 1560,
et très-probablement HU de Jacquee Androuet le graveur.