GENERALLE
D'ARCHITECTVRE
des cinq manières de colonnes, à sçauoir, Tuscane, Dorique, Ionique, Corinthe et Composite : et enrichi de plusieurs autres, à l'exemple de l'antique : veu, recorrigé et augmenté par l'aucteur de cinq autres ordres de colonnes suiuant les reigles et doctrines de Vitruue.
Au proffit de tous ouuriers besongnans au compas et à l'e&quierre. A Esoouën par Iehan Bullant.
A PARIS
De l'Imprimerie de Hiérosme de Marnef et Guillaume Cauellat au mont S. Hilaire, à l'enseigne du Pélican.
Auec priuilège du Roy.
* M. Robert Dumesnil, dans le Peintre - graveur français (t. VI, p. 39-41), a décrit deux chapiteaux gravés sur cuivre par Bullant, signés de lui et datés de 1566, auxquels Bullant fait allusion dans son second ouvrage , où il dit : « Vous aurez recours à ceux (des chapiteaux) que j'en ay faict en cuivre , estampés non trop nettement, mais à la manière
Le privilège, daté du 9 décembre 1563, fut transporté à Marnef et Cavellat le 31 décembre de la même année. En 1619, N. Piloust Gt une nouvelle édition de la Règle d'architecture , qui fut « reveue et corrigée par monsieur de Brosse, architecte du Roy», l'auteur des plans du Luxembourg. Cette nouvelle édition se vendait également au mont Saint-Hilaire, à l'enseigne du Pélican. Elle fut suivie d'une dernière , publiée à Rouen par le libraire David Ferrand 1 , qui appelle l'ouvrage a un petit trésor caché depuis quatre-vingts années ». Les deux livres de Bullant sont conçus au point de vue de la pratique, et il n'y parle de lui-même qu'avec la plus grande modestie. Il reconnaît ainsi qu'il n'était point lettré; dans le Traité de géométrie, s'adressant au connétable, il lui dit : « Monseigneur, je vous prie que si vous trouvez quelque faute à la lettre et langage, vouloir excuser la rudesse et malaornement de mondit langage, parce que je ne suis latin » ; et, ailleurs, il fait allusion à ce que son « petit entendement a su comprendre es livres de Vitruve ». De l'Orme ne s'ex-
seulement. » D'après un autre passage , on pourrait même conclure, suivant la remarque de M. de Montaiglon, que Bullant ne s'est pas contenté de graver les deux chapiteaux indiqués par H. Robert Dumesnil, et qu'il en a gravé un plus grand nombre. Du reste, si Bullant s'est essayé à manier la pointe et le burin, il est contraire à toute vraisemblance qu'il ait également manié le ciseau comme on l'a affirmé, et les sculptures d'Êcouen, qui lui sont attribuées par Alex. Lenoir et Êméric David, sont manifestement l'œuvre de J. Goujon.
i Le même qui a fait une troisième édition des œuvres de De l'Orme, en 1618.
primait point d'une façon aussi humble ; il est vrai que Bullant ne fut ni abbé, ni conseiller du roi , comme son collègue.
Les huit dernières années de la vie de Bullant, pendant lesquelles il fut fort occupé, contrastèrent avec les dix dont elles avaient été précédées. Bullant, devenu architecte de la reine-mère et surintendant de ses bâtiments, conduisit, à partir de 1570, les travaux du château des Tuileries, et bientôt après il éleva pour elle cet hôtel, dans la suite dit de Soissons, dont il subsiste une puissante colonne dorique creuse, imitée de la colonne Trajane, à Rome , et au sommet de laquelle Catherine de Médicis allait faire ses folles observations astrologiques*. En môme temps, et évidemment depuis
i On en doit la conservation à Bachaomont, l'auteur des Mémoires secrets pour servir à la république des lettres. En 1748 et 1749, la compagnie d'entrepreneurs auxquels l'hôtel de Soissons avait été vendu était en train de le démolir, et la colonne allait être abattue avec tout le reste, lorsque Bachaumont en fit acquisition au prix de 1,800 livres. Il la revendit ensuite à la Ville, dont elle est demeurée la propriété. Elle occupait un des coins de la cour de l'hôtel , qui renfermait aussi une chapelle magnifique, qu'on rasa sans scrupule.
Vers 1578, Catherine de Médicis, effrayée d'une prédiction, abandonna la construction du château des Tuileries, et, cherchant un lien convenable pour s'y bâtir une autre résidence, elle fixa son choix sur l'ancien hôtel de Bohême , où les Filles pénitentes demeuraient alors. Ces religieuses ayant été envoyées ailleurs, Catherine s'empara de leur maison, la détruisit et commença sur ses ruines un nouveau palais qu'on appela d'abord Palais de la Heine, et qui fut ensuite connu sous le nom d'Hôtel de Soissons, parce qu'en Tan 1604 il fut achelô par Charles de Bourbon, comte de Soissons. La Halle au blé actuelle , à laquelle est accolée la colonne, marque l'emplacement de l'hôtel de Soissons, dont il existe des plans et des vues.
la mort du Primatice, arrivée en 1570, il était contrôleur des bâtiments royaux, titre qui lui est donné à la date de 1575 4 . C'est en vertu de cette charge qu'il dirigeait alors les travaux de Fontainebleau, ce que rapporte Félibien, et qu'il surveillait la construction du tombeau des Valois, à Saint-Denis. On le qualifie « d'ordonnateur de ladicte sépulture » dans les comptes de l'édifice, où il est indiqué que ses a gaiges et appointemens » montaient à 600 livres par an. Il en recevait 500 en qualité d'architecte des Tuileries, ainsi que l'apprend l'article suivant d'un compte de construction de ce château, pour les années 1570 et 1571 : « A M« Jehan Bullant, architecte de ladicte dame Royne, mère du Roy, au bastiment de son pallais des Thuilleries, la somme de im c un" xi» HP 4 d (491 liv. 3 s. 4 d.) à luy ordonnancée par ledict sieur Évesque de Paris , en son ordonnance signée de sa main , le vm e jour de mars M. V e lxxi (1571), suivant les lettres de Sa Magesté, données au chasteau de Boullongne , le xxime jour de février, oudict an , pour unze mois vingt -quatre jours de ses gaiges, à cause dudict estât d'architecte du bastiment de son pallais des Thuilleries, commençant le vn e jour de janvier M. v c lxx (1570), et flniz le dernier décembre oudict an ; qui est à raison de V e 1. (500 liv.) par an , selon et ainsy qu'il est plus à plain contenu et déclaré en ladicte or-
* Reg. d'Êcouen.
donnance , par vertu de laquelle paiement a esté faict comptant aud. Bullant, de lad. somme de nu* un™ 1 m» im d , ainsy qu'il appert par sa quictance, signée de sa main, le x e jour dud. moys et an, escriple au bas de ladicte ordonnance cy-rendue. Pour ce, cy en despense lad. somme de im c mi™ xi' m» ira 4 . » En marge est ajouté : « Par une coppie de lettres -patentes de la Royne, données au chasteau de Boulongne le xxuii février mil v c lxxi (1571) cy-rend., par lesquelles est mandé au présent Comptable, bailler et délivrer comptant aud. Bullant la somme de cinq cens livres faysant moictyé de mil livresque icelle Dame luy avoit cydevant ordonnée pour ses gaiges de son architecte de ses bastimens, par chacun an , dorénavant, jusqu'à perfection d'iceulx bastimens, à ycelle prandre par moictyé sur les deniers destinez pour employer tant aud. bastiment des Tirailleries que à son chasteau de Sainct-Maur des Fossez, et ce à commencer le vn e janvier mil V e lxx *. »
Un archéologue distingué, connu par ses études sur l'histoire de la Bicardie, M. H. Dusevel, a trouvé, il y a quelques mois, dans les registres de l'Échevinage d'Amiens, d'abord, qu'en 1532, un
* Mas. de la Bibl. Imp., suppl. franç., n° 1921. — Les seules parties du château des Tuileries élevées sur les dessins do Bullant , ce sont les pavillons, à deux ordres de colonnes, séparant les bâtiments de De l'Orme des ailes d'ordro colossal. Ces pavillons offrent un caractère particulier, qui les distingue des constructions contiguës. Sous le règne de Louis XIV, Levau les a remaniés dans leur partie supérieure, et modifiés d'une manière déplorable.
Jehan Bullant était « machon de la grande église » (la cathédrale) de cette cité; puis, qu'un Jean Bullant fut chargé, le 24 mai 1565, de donner, avec Zacharie de Cellers, les dessins d'un bastion dont l'ingénieur italien Bellarmat avait marqué l'emplacement; qu'en 1568, 11 fut l'architecte désigné pour exhausser les remparts; qu'en 1574, énoncé architecte de la ville d'Amiens, et ayant eu mission de surveiller les travaux de maçonnerie du beffroi , il fut menacé d'un procès , à l'occasion du temps qu'il avait fait perdre aux ouvriers en leur lisant un certain livre; et enfin que, l'année suivante, il reparait réclamant le paiement de ses honoraires, à propos d'un arpentage exécuté à la boussole, et qui n'eût pu être effectué sans son concours *. Le Jeau Bullant d'Amiens serait-il
» Dans son intéressante brochure intitulée : Rechercftes historiques sur les ouvrages exécutés dans la ville d'Amiens par des maîtres de l'Œuvre y maçons, en tailleurs de pierre , peintres, verriers, brodeurs, orfèvres et fondeurs, pendant les XIV', XV' et XVI' siècles (Amiens, 1858, in-8°, p. 13), M. Dusevel a cité les textes suivants : « Sur ce qu'il a esté dict que Jean Bullant, maistre maçon de la Ville, faict fort mal son dcbvoir d'entendre aux ouvraiges do maçonnerie du Beffroy, où il est employé; mesme que, depuis huit jours, il y a porté ung livre dont il faict lecture aux ouvriers y es tan 8 , par l'espace de quatre heures de suite, tous lesquelz cependant, ne font aucun ouvrage sinon qu'escouter ledict Bullant, a esté ordonné qu'il sera informé de ce que dessus contre ledict Bullant, et qu'il lui sera faict et parfaict son procez en toute diligence. » (17 juin 4374.) — « Vue la requeste présentée à Messieurs par Jean Bullant, maistre maçon de la Ville, afin d'estre taxé des journées et vacations par luy faictes pour le plan des marais de Cagny, levé à la boussole avec les peintres, a esté décidé que M. le Lieutenant-général au baillage d'Amiens sera prié de vouloir taxer ledict Bullant desdictes vacations, attendu que les peintres n'eussent sçcu faire ladietc figure, à la boussole, sans ledict Bullant. » (13 avril 1575.)