P. DE L ORME
bénéfices se donnoient à des maçons et autres plus viles personnes, où particulièrement il taxe un De l'Orme, architecte des Tuilleries, qui avoit obtenu l’abbaye de Livry (d’ivry), et duquel se trouve un livre non impertinent d’architecture. Et ne sera hors de propos de remarquer icy la mal-vueillance de cest abbé , qui pour s’en venger fit un jour fermer l’entrée des Tuilleries à Ronsard, qui suivoit la Royne-mère : mais Ronsard, qui estoit assez picquant et mordant quand il vouloit, à l’instant fit crayonner sur la porte, que le sieur de Sarlan lui fit aussitost ouvrir, ces mots en lettres capitales: fort, reverent. habe. Au retour, là Royne voyant cest escrit, en présence de doctes hommes et de l’abbé de Livry mesme, voulut sçavoir que c’estoit et l’occasion. Ronsard en fut l’interprète, après que De l’Orme se fut plaint que cest escrit le taxoit : car Ronsard lui dit qu’il accordoit que par une douce ironiç, il prist ceste inscription pour luy, la lisant en françois; mais qu’elle lui convenoit encore mieux, la lisant en latin , remarquant par icelle les premiers mots raccourcis d’un épigramme d’Ausone, qui com-
contcmporains , dont l’esprit, certes, valait au moins celui de Ronsard. A l’occasion des machines de {juerre employées par les anciens, Rabelais déclare que le système en était mal compris « des ingénieux architectes disciples de Vitruve : comme nous ha confessé, dit-il, messer Philibert de l’Onne, grand architecte du roi Mégiste ». {Pantagruel, liv. IV, chap. LXi.)
mence Fortunam reverenter habe^^ le renvoyant pour apprendre à respecter sa première et vile fortune, et ne fermer la bouche aux Muses. La Royne aida Ronsard à se venger, car elle tança aigrement l’abbé de Livry après quelque risée, et dit tout haut que les Tuilleries étoient dédiées aux Muses*. » Cette anecdote, a récemment objecté M. Passeron, doit être réputée d’autant plus suspecte qu’il n’est pas vrai que De l’Orme ignorât le latin. Nous répondrons que, s’il est présumable que De l’Orme fut lettré, ce dont nous ne sommes plus si persuadé depuis que nous connaissons son mémoire, on n’en peut rien conclure quant à l’authenticité de l’anecdote : présentés sous la forme tronquée que leur avait donnée Ronsard , les trois premiers mots du distique d’Ausone n’éveillaient point l’idée d’un texte latin à compléter et à traduire, mais étaient calculés pour fourvoyer celui qui chercherait à les interpréter. Les vers que nous citons au renvoi établissent subsidiairement, et d’une manière formelle, le peu de sympathie du poète pour l’architecte des Tuileries. L’aventure de Ronsard n’est point non plus la seule preuve de l’orgueil qui gonflait le cœur de De
* Fortunam recfrenter hahf, quicumque repente Dire^ ab exili progredere loco.
- Œuvres de Ronsard, édit, de 1609. p. 1 153. — L’anecdote de Rousard a été repétée une foule de fois, et on la trouve déjà dans les Antiquités de la chapelle du roy, de Guillaume du Peyi'at (p. 20A\ ouvrage publié en 1645.
P. DE l’orme.
rOrme, car il est impossible de méconnaître que c’est à lui que Bernard Palissy fait allusion , lorsqu’il met dans la bouche de Practique ces paroles: « Aussi je scay qu’il y a eu de nostre temps un architecte françois qui se faisoit quasi appeler le Dieu des maçons ou architectes, et d’autant qu’il possédoit vint mil en bénéfices, et qu’il se scavoit bien accommoder à la cour; il advint quelquefois qu’il se venta de faire monter l’eau tant haut qu’il voudroit, par le moyen des pompes ou machines, et par telle jactance incita un grand seigneur à vouloir faire monter l’eau d’une rivière en un haut jardin qu’il avoit près ladite rivière*. »
La bienveillance de Henri II , dont il parle constamment avec respect et gratitude, était le principal appui de De l’Orme et maintenait en échec ses ennemis; ils ne perdirent point un instant pour assurer le succès de leur vengeance, aussitôt que l’occasion vint enfin à s’offrir. En effet, deux jours seulement après la mort du roi , le 12 juillet 1559, des lettres patentes dépossédèrent De l’Orme de sa charge d’inspecteur des bâtiments royaux au profit du Primatice^, qui avait été évidemment famé de toutes les intrigues tramées contre lui.
t Discours admirables, chap. des Eaux et fontaines, p. 138, de l’édit, de M. Cap.— Les Discours ont été publiés en 1580, et De l’Orme était mort alors ; mais Palissy, qui avait travaillé aux Tuileries de sou temps, devait bien le connaître. 11 se fait, on le voit, l’écho du bruit relatif aux 20,000 liv. de rente de De l’Orme.
9 Comptes des bâtiments royaux, p. 333.
De l’Orme nous fait connaître les accusations dont il fut l’objet ; on ne se borna pas à nier son talent ; on fit plus, on révoqua en doute sa probité que, pour notre part, nous croyons s’être maintenue intacte ; il fut « accusé de plusieurs infamyes dont j’ay esté, dit-il, trouvé innocent, et m’a-on fait couster tout ce que j’avoys jamays acquis»... Je fus « dépesché et calomnié... avec une infinité de mensonges... voire jusques à estre de telle sorte rendu suspect, comme si je déroberois les deniers et faisois mon profit de toutes choses. Mais je ne m’en suis pas beaucoup soucié, m’asseurant qu’il ne m’en pourvoit venir aucun dommage, pour n’avoir jamais manié aucuns deniers, sinon ceux qu’il a pieu à Dieu me donner; et aussi cognoissant que tel travail m’advenoit par la permission de Dieu et pour les offenses que je fais journellement contre la saincte Divinité*, etc. » De l’Orme s’exprimait ainsi vers 1566, à une époque où les nuages amoncelés sur sa tête s’étaient dissipés, et où il avait recouvré une partie de son influence. Dans son premier ouvrage, écrit vers 1560 , au moment où ses contrariétés étaient dans toute leur vivacité, il laisse voir encore plus d’amertume, et, parlant d’une de ses inventions, il affirme qu’il en démontrera la réalité « s’il plaistà Dieu, dit-il, me donner l’esprit plus libre, et me mettre hors de tous en-
1 Architecture, f° 229 v".
P. DE l’orme.
nuicts et traverses que l’on m’a donné depuis le Irespas du feu roi Henry, mon très-souverain et bon maistfe » . Plus loin, dans un accès de misanthropie, il s’écrie ; Je n’ai « aujourd’huy autre chose en délibération que cheminer en ma simplicité, et me cacher le plus que je puis des hommes, pour avoir la commodité de poursuivre mes estudes d’architecture, et signamment vacquer à l’escriture saincte, à laquelle je me suis du tout addonné ’ ».
Les sentiments de piété affectés par De l’Orme, et qui convenaient si bien à un homme tant de fois abbé, atténuèrent peut-être, mais n’effacèrent jamais, le souvenir des peines qu’on lui avait suscitées. Ce souvenir était sans cesse présent à son esprit lorsqu’il rédigea son Traité d’architecture, et lui a inspiré une foule d’allusions. H est aisé de reconnaître, par plusieurs passages de son livre, que le personnel de la cabale dont il fut victime se composait, à ses yeux, d’incapacités présomptueuses et de médiocrités routinières, activement soutenues par des commis peu intègres, et qui n’aimaient point à voir exposer leurs manœuvres au grand jour. De l’Orme signale les « contrerolleurs » qui exploitaient les ouvriers tout en trahissant la confiance de leurs maîtres^ il dévoile ces commissaires qui « aux grans entreprises qui sefont pourles roys, princes et grands seigneurs....
1 Nouvelles inv., 35 r", et 38 v°.
promettent de savoir tout faire et estre les meilleurs mesnagers qu’il est possible de penser, mais le plus souvent. . . n’y entendent comme rien-, » et « ne cessent de médire des architectes envers les seigneurs , afin qu’ils se fient plus tôt à eux que ausdicts architectes;)) mais il s’attache surtout, et avec une persistance rancunière, à faire justice des (( donneurs de portraicts (plans) et faiseurs de desseins, dont la pluspart n’en sçauroient bien trasser ou décrire aucun , si ce n’est par l’ayde et moyen des peinctres, qui les sçavent plustost bien farder, laver, ombrager et colorer, que bien faire et ordonner avecques toutes leurs mesures » ; abus d’où découle cet autre, « qu’après que les maistres maçons ont faict entendre ce qu’ils pensent aux peinctres, pour en faire leurs portraicts, les dicts peinctres se promettent incontinent estre grands architectes..., et sont si présomptueux qu’ils veulent entreprendre les œuvres de maçons ; comme aussi font aucuns menuysiers et tailleurs d’images* ». On conçoit sans peine que l’homme consommé dans le métier, auquel le Primatice avait réussi à se substituer dans la charge d’inspecteur des bâtiments, éprouvât une violente aversion contrôles peintres qui se mêlaient d’architecture, matière sur laquelle, â son avis, ils n’étaient pas plus forts que des notaires ^ De
< Architecture, 21 v°.
2 « Et si par fortune ils (ceux qui voulaient faire bâtir) demandoient à
P. DE l’orme.
l’Orme les haïssoit si cordialement, eux et les autres intrus dans son art, que, pour se donner le plaisir de les bafouer, il est, oubliant sa gravité habituelle, descendu jusqu’à la caricature, et, en opposition au portrait du véritable architecte, il a donné la charge graphique du faux, qu’il représente sans yeux, sans nez et sans oreilles, mais avec « une bouche pour bien babiller et mesdire, et un bonnet de sage, avecques l’habit de mesme, pour contrefaire un grand docteur et tenir bonne mine». Le faux architecte est aussi figuré sans mains, a pour monstrer que ceux qu’il représente ne scauroient rien faire » , et il a l’air « fort eschauffé et hasté comme s’il couroità grande peine et trouvoit quelques testes de bœuf seiches en son chemin (qui signifient gros et lourd esprit) avecques plusieurs pierres qui le font chopper, et buissons qui retiennent sa robbe* ». La caricature du faux architecte et le portrait du vrai, gratifié d’une multiplicité fort anormale d’organes, sont assurément fune des curiosités du Traité d’architecture.
Plus on recueille d’indices sur la vie de De l’Orme, plus on est convaincu qu’il avait véritablement la passion de son art. Curieux de ces
quelques-uns l’advis do leur délibération et entreprise, c’estoit à un niaistre maçon ou à un maistre charpentier, comme l’on a accoustumé de faire, ou bien à quelque peintre, quelque notaire ou autres, qui se disent fort habiles, et le plus souvent n’ont guères meilleur jugement et conseil que ceux qui le leur demandent. >> (Architecture, préface,)
1 Architecture, f« 328 r».
« inventions si belles, qui se treuvent par les mathémalicques », il dépensait force argent à faire des modèles, entretenait cinq neveux à étudier Tarchitecture , et même « plusieurs hommes doctes » qu’il soutenait tant par des bénéfices qu’il leur faisait obtenir que de ses propres ressources. Depuis son adolescence jusqu’à sa mort, c’est-à-dire pendant une période d’environ quarante années, sa vie ayant été « aultant labourieuse que homme que ayés jamais congneu », et, sa position officielle aidant, il a dû considérablement bâtir; un catalogue complet de ses œuvres n’en est que plus difficile à dresser. Heureusement, il désigne lui-même les édifices les plus importants dont il fut l’architecte, et en fait connaître un certain nombre, d’ordre secondaire, qui furent également élevés sous sa direction. En y joignant ceux dont on trouve des mentions éparses, nous arrivons à la liste suivante, laquelle comprend la très-grande majorité de ses travaux.
Trompes a Lyon et a Paris. On fit dans le Traité d’architecture de De l’Orme : « Vous pouvez voir une telle façon de petite trompe, laquelle j’ai faict faire autrefois en ceste ville de Paris, en la rue de la Savaterie (Saint-Éloy, en la Cité), avec un petit corps d’hostel qui est de telle grâce et proportion que je vous en laisse à juger, pour le respect du petit fieu et peu de place qu’il contient. Le tout fut faict pour un banquier nommé Patoil-
P. DE l’orme.
letS 'en faveur de quelque plaisir qu’il m’avoit faict de son estât et vacation, qui fut cause que je prins la peine de monstrer à ses ouvriers les traicts, mesures , desseing et artifice qu’il falloit garder pour ce faict. J’en ay aussi ordonné et conduit long temps y a deux autres à Lyon, beaucoup plus difficiles et d’assez grande saillie, veu le petit lieu où elles sont, et aussi que l’une est biaise, rampante, soubaissée et ronde par le devant; l’autre estant à l’angle opposite, fut faicte en sa pleine montée, ronde par le devant et de grande saillie. Sur chacune des dictes trompes furent érigez des cabinetz accompagnez de galeries d’une trompe à l’autre-, le tout estant suspendu en l’air, à fin de servir pour aller d’un corps d’hostel à l’autre et accommoder les cabinetz pour les chambres Vous verrez sur ladicte trompe un ordre
dorique et ionique, desquels je laisse le jugement à ceux qui les contempleront et qui s’y entendront. Je fis faire tel œuvre l’an 1536, à mon retour de Rome et voyage d’Italie, lequel j’avois entrepris
1 Sur un vieux plan manuscrit, nous avons trouvé une indication ponctuée de la trompe dont il est ici question ; elle était située dans le deuxième angle rentrant de la rue Saint-Éloy, à droite, en arrivant par la rue de la Vieille-Draperie. La maison de « sire Patrouillet » ou Patoillet, dont elle faisait partie, s’appelait la Maison de l’Asne rayé, en 1354; VHostel du roy Pépin, dans les deux siècles suivants, et la Maison de La grande Croix blanche au xvii=. (Voir la x® feuille de notre plan restitué du vieux Paris, dont il a été tiré quelques épreuves d’essai.) Sauvai dit (t. III, p. 3) que, de son temps, la maison était devenue un cabaret, et qu’au-dessus de la porte se voyait « un fleuve tout gâté véritablement de mauvaises peintures, mais fait par quelque disciple de maître Ponce ».
pour la poursuitte de mes estudes et inventions pour Tarchitecture. Les deux susdictes trompes furent faictes pour le général de Bretaigne, monsieur Billau, en la rue de la Juifrie, à Lyon : j’en ay depuis assez commandé et ordonné faire en autres sortes, et soubs tel nombre que je serois bien long de les réciter L » On sait que l’exécution de trompes d’un trait compliqué a été longtemps un sujet de vanité pour les tailleurs de pierres, et un critérium de leur habileté.
Portail de l’église Saint-Nizier , à Lyon , entrepris, croit-on, vers 1542^ — Tous les biographes s’accordent à l’attribuer à De l’Orme , qui n’en dit rien; mais aucun d’eux, à notre connaissance, n’a cité de document à l’appui de son affirmation, et nous n’avons pu découvrir, dans les anciens historiens de Lyon, aucune mention du fait antérieure à l’ouvrage de Brossette, publié en 1711 ^ Le portail de l’église Saint-Nizier existe toujours, et rappelle la manière de De l’Orme.
CHATEAU DE Saint-Maur- LES - FossÉs, près de Vincennes. — Le cardinal Du Bellay en fit commen-
1 po 90 r°. — Une des trompes construites par De l’Orme, celle d’Anet, est restée célèhi’e.
2 Nous donnons cette date telle que nous la trouvons dans les auteurs, car nous n’avons pu la vérifier, non plus que plusieurs de celles qui vont suivre et qui nécessiteraient, avant d’être précisées, une suite de reclierclies extrêmement longues et laborieuses, dont notre but est fort loin de nous faire une obligation.
3 Histoire abrégée de la ville de Lyon, p. 89. ‘
P. DE l’orme.
cer la construction peu de temps avant la mort de François 1er, et sur les plans de De l’Orme *, qui en était encore l’architecte dans les dernières années de sa vie. Le château appartenait alors à Catherine de Médicis, et les projets primitifs en avaient été amplifiés et embellis; il est détruit aujourd’hui.
Chapelle des Orfèvres ou Saint-Éloy, rue des Orfèvres, à Paris. — Elle est attribuée à De l’Orme par Germain Brice ^ Félibien dit que « le devis fut donné par deux architectes et le marché signé avec eux le 31 décembre 1550^». Nous avons vu, dans les comptes de la communauté, que ces deux architectes ou maîtres maçons s’appelaient François de la Flasche et Jean Marchand \ mais nous n’y avons rencontré aucune mention de De l’Orme ; ce qui ne prouve pas positivement, il est vrai, qu’il n’ait point donné les plans de la chapelle. Ce monument a été transformé en maison particulière vers 1786; les parties qui subsistent servent aujourd’hui d’école communale, et l’on y distingue encore quelques débris de sculptures.
Chapelle du parc de Villers-Coterets. — Du temps de Henri II , De l’Orme éleva le portail de
* Architecture, f° 17 r°.
2 Description de Paris, t. !«*■, p. 221, de l’édition de 1752.
3 Hist. de Paris, t. II, p. 931.
Arch. de l’Emp., reg. KK 1347.
cette chapelle, en s’efforçant d’y réaliser l’idée qu’il a eue, le premier, d’un ordre français. Les colonnes du portique n’ayant pu être monolithes, il les composa de quatre ou cinq tambours superposés et dont les joints étaient dissimulés par des moulures, de sorte, dit-il, qu’elles semblaient « entièrement d’une pièce, se monstrant fort belles et de bien bonne grâce ^ ».
CHATEAU DE Saint-Germain EN Laye. — De l’Orme rapporte qu’il y commença une grande galerie conduisant du pont du château , situé du côté du parc, « à la maison du théâtre et baignerie‘^ ». Cette grande galerie se confond probablement avec « le bastiment neuf. . . auprès du logis des bestes », dont il dit ; « Je suys asseuré qu’aujourd’huy l’on n’eust veu le semblable, ne plus admirable, tant pour les porticques, vestibules, théâtres, estuves, baignières, comme le logis». Il ajoute que la chapelle du parc, par lui reconstruite, est c( fort jolye » , qu’il a ordonné les ornements et le (( polpitre » de la chapelle du château, « la cloison qui y est et la fontayne » . 11 rappelle enfin les travaux de charpente qu’il exécuta au pavillon de la Muette de Saint-Germain, en réalisant de grandes économies D’après la volonté du roi , il avait
1 Architecture, f° 218 v®.
2 Ibid., f° 304 r°.
3 Dans V Architecture (f° 290 r°, et 297 v°), il y a des dessins des combles de la Muette de Saint-Germain .
r. DE l’orme.
étudié un projet de pont d’une seule arche à jeter devant le port du Pecq. La bibliothèque Impériale possède un registre des comptes de construction du château pour 1550, où De l’Orme est énoncé avec tous ses titres, « noble personne M® Philibert de l’Orme, abbé d’Ivry, de Saint-Barthélemy-de- Noyon et de Géveton, conseiller et aulmosnier du Roy, nostre sire, commissaire ordonné et depputé par ledict seigneur sur le faictde ses bastimens et édifjices de Sainct-Germain-en-Laye ^ Il exerçait dès 1548 ces fonctions, qui devaient dépendre de sa charge d’inspecteur, et il les garda sans doute jusqu’en 1559.
Château de Meudon. — Vers 1552, et suivant d’autres 1556, De l’Orme fut chargé par le cardinal de Lorraine de bâtir cet édifice, et on lui devait pareillement la grotte qui en dépendait et dont la beauté était célèbre : telle est l’assertion qu’on lit dans une foule d’ouvrages; mais, dans ceux de De l’Orme, il n’est point dit un mot du château de Meudon. On se l’explique aisément d’ailleurs, s’il est vrai, comme on le pense avec toute apparence de raison , que le château de Meudon soit celui dont veut parler Palissy, lorsqu’il raconte la mésaventure de ce « Dieu des maçons » qui dépensa 20,000 livres sans réussir à faire monter l’eau jusqu’à certain jardin fort élevé, sur le bord
1 Man. de la bibl. lmp., n° 9436, lii v°, et 300 r°.
d’une rivière. Le château de Meudon, remanié par Mansard, a été démoli en 1803. Il y a des vues gravées de la grotte dans les topographies de Châtillon et de Zeille.
CHATEAU DE FONTAINEBLEAU. — Le grand escalier de la cour du Cheval-Blanc, que Lemercier reconstruisit sous Louis XIII, passe pour être ce « perron. . . en la basse-court » que De l’Orme assure y avoir fait élever. Il énonce aussi en son mémoire « la grande salle du bal qui tomboyt », et fut par lui si « bien acoustrée tant de lambris, que de la chemynée et massonnerye, et (1’) entrée des pinctures; la chapelle qui est auprès », où il fit un « polpitre et coulompne de marbre , le cabinet de la Royne mère, le cabinet et chambre du Roy, au pavillon sur l’estang. . . le vestibule en la salle du Roy », où il prétendait employer des « poultres de troys à quatre cens pièces, qui estoyt quasi achevé » lors de sa disgrâce , et « les combles de plusieurs pièces ». 11 parle également des « ruynes et périlz » qui fussent advenus a â la grande gallerye » sans ses précautions. Tous ces travaux durent être faits de 1541 à 1559. On dit aussi que De l’Orme dirigea â la même époque la fabrique de tapisserie de haute -lisse, établie à Fontainebleau par François I®^ L
1 Voir l’intéressante notice de M. Lacordaire sur la manufacture de tapisseries des Gobelins, p. 18.
P. DE l’orme.
CHATEAU DE LA MuETTE, près de Passy. — C’est dans ce château qu’il mit pour la première fois à l’essai le nouveau système de charpente dont il fut l’inventeur, et dont il sera question plus loin.
Il y fit faire un comble de 10 toises de large dans œuvre *, que représente une des figures de son Traité, et qu’il surmonta d’une sorte de petite terrasse revêtue de plomb. Le poids de cette terrasse surchargeant trop la charpente, elle menaça ruine au bout de quelques années, et Du Cerceau, dans la courte notice de son grand ouvrage, dit :
« Je croy que, qui n’y mettra ordre, le tout s’affoncera avec le temps ». Le château de la Muette a été abattu pendant la révolution.
CHATEAU DE MONCEAUX, appartenant à Catherine de Médicis, « qui est cause, dit-il, que je trouvay l’invention de charpenterye pour le jeu de paillemaille qu’elle vouloy t y faire couvrir : là où j’avoys dressé de si belles inventions, etc. » L’invention de charpenterie, dont De l’Orme eut fidée à Monceaux, fut, nous venons de le dire, appliquée d’abord au château de la Muette.
CHATEAU DE BOULOGNE OU MADRID. — De l’Orme décrit des cheminées terminées « en façon de frontispice ou mitre » qu’il y fît faire, et donne à entendre qu’on y construisit des escaliers d’après ses dessins ^ Ces travaux eurent lieu, sans doute,
1 Architecture^ f“ 290 v°.
2 /5îrf., fo 124 r°, et 268 r°.
pendant Tabsence du premier architecte, de Délia Robbia, qui était retourné à Florence en 1553 et n’en revint que lorsque De l’Orme eut été remplacé par le Primatice. Le château de Madrid a été démoli en 1792 *.
Clôture devant l’église de Nogent-sur-Seine.— Le Musée des monuments français renfermait des fragments d’architecture composite qui avaient fait partie de la clôture d’une cour précédant l’église de Nogent-sur-Seine , laquelle clôture aurait été l’œuvre de De l’Orme, suivant Alexandre Lenoir^, dont l’avis ne peut être considéré que comme une pure hypothèse. Les fragments dont nous parlons font partie, sous forme de moellons, de la forteresse du mont Valérien ^
Projet de réfectoire pour l’abbaye de Montmartre. — Sur la demande de Henri II, en 1558 ou 1559, De l’Orme dressa un projet de réfectoire pour les dames de Montmartre; mais, suivant ses paroles, « le malheur qui en ce temps survint, n’a seulement destourné ceste bonne entreprinse.
1 Nous avons fait graver une élévation de ce singulier édifice pour notre ouvrage, la Renaissance monumentale en France.
2 Musée des mon. (rang., t. III, p. 156.
3 Lors de la suppression du nausée des Augustins, la duchesse de Berry deftianda ces fragments pour en orner son parc de Rosny ; mais ce furent les Jésuites qui les obtinrent pour le calvaire du mont Valérien, où on les porta et où on ne les remonta jamais. Ils furent ainsi abandonnés, et, à l’époque où fut bâtie la citadelle, on trouva tout naturel de les employer pour économiser les matériaux.
P. DE l’orme.
ains (mais) aussi beaucoup d’autres * ». Un plan et une coupe de ce réfectoire ont été gravés pour le Traité d’architecture.
Tombeau de François — Le commissaire « ordonné et député » par le roi « sur le fait de l’effigie et tombeau du... roy François» était encore De l’Orme, comme il appert, de son dire, d’un marché d’ouvrages de sculpture qu’il passa avec Pierre Bontemps, le 6 octobre 1552, d’un autre qu’il conclut avec Germain Pilon, le 10 février 1558% et aussi des comptes des bâtiments royaux. La part que De l’Orme prit à la construction du tombeau de François peut avoir donné naissance à cette opinion, propagée par Félibien% qu’il fut l’architecte de la chapelle circulaire des Valois, à Saint-Denis. Nous nous refusons à le croire, parce que la chapelle, projetée seulement après la mort de Henri 11, ne fut commencée qu’en 1560, temps auquel De l’Orme était en disgrâce, et parce qu’il n’y a dans les comptes du monument aucune autre mention d'architecte ordonnateur que celle du Primatice, de Bullant et de Baptiste du Cerceau. Le tombeau de François 1er est conservé dans l’église de Saint-Denis.
CHATEAU DE Saint-Léger, en la forêt de Montfortl’Amaury. — De l’Orme y fît construire « de neuf »
1 Architecture, f° 304 v°.
2 Alex. Lenoir a donné le texte de ces marchés dans l’ouvrage précité, t. III, p. 75 et suiv.
3 Hist. de l’abb. de Saint-Denis, p. 565.
une grande galerie ^ sur laquelle il ne donne pas de détails, et, avec cela , « la petite chapelle et les pavillons » .
CHATEAU DE LiMOURS, près deRambouillet. — Dans cette résidence, une de celles qui appartenaient à Diane de Poitiers , De l’Orme fit une charpente de 14 toises de longueur sur 31 pieds de largeur; elle ne coûta que 1,000 francs, et serait revenue à 3,000, si l’on avait suivi l’ancien système au lieu du sien 2. Le château de Limours a été détruit au commencement de ce siècle.
Chapelle du chateau de Vincennes; châteaux DE CoucY ET DE FoLEMBRAY. — Nous lisons dans le mémoire : « La chapelle du bois de Vincennes, où j’ay faict faire toutes les voultes, et achever. Et oultrece, plusieurs corvées, tantàFoulembray, Coussy. .. » Le château de Coucy, dont tout le monde sait la situation, ainsi que le pavillon de Folembray, qui en est voisin, étaient des propriétés royales, et Du Cerceau en a reproduit les plans. Quant à la chapelle du bois de Vincennes, c’est celle du château même, qui est énoncée « nouvellement faicte » sur un ordre de paiement d’ouvrages de ferronnerie, délivré à Mathurin Bon, le 10 mai 1559, et revêtu de cette signature de De l’Orme, dont nous donnons le fac-similé cicontre.
1 Architecture^ f° 322 r“.
2 Ibid.^ fo 296 r“.
CHATEAU d’Anet. — La terre d’Anet était la propriété de Diane de Poitiers; en 1552, Henri II, pour lui plaire, fit abattre le vieux manoir qui s’y trouvait, et chargea De FOrme de le rebâtir avec luxe. Celui-ci, jaloux de satisfaire son protecteur et la vieille favorite qui le dominait, mit un grand zèle à s’acquitter de sa tâche, de sorte que, pendant plusieurs années, il ne cessa de remanier les anciens bâtiments et d’en élever de nouveaux, au nombre desquels fut une chapelle très-remarquable, qui a échappé à la destruction. De l’Orme avoue qu’il jouit à Anet d’une liberté d’allures qu’on ne lui laissa point toujours; aussi est-ce là, plutôt que partout ailleurs, qu’on peut rencontrer un exemple propre à illustrer ses idées en architecture. Le château d’Anet, quoique démoli en grande partie durant la révolution, est d’ailleurs, à cause des changements subis par le château des Tuileries, le plus important des édifices subsistants dus à De l’Orme, dont il paraît avoir été longtemps l’œuvre de prédilection. Les livres de De l’Orme renferment plusieurs planches relatives au château d’Anet, et il en est souvent question dans le texte.
Palais des Tuileries, commencé en 1564. — Le palais des Tuileries aurait été de beaucoup l’œuvre la plus imposante de De FOrme, s’il lui eût été donné de le terminer; mais, quoiqu’il y ait travaillé jusqu’à sa mort, il s’en faut bien qu’il ait eu cette satisfaction. Son projet, que Du Cerceau nous
P. DE l’orme. 33
a conservé S était de donner à l’édifice la forme d’un grand quadrilatère régulier, d’environ 136 toises de largeur sur 84 de profondeur, présentant à l’intérieur quatre petites cours et une grande. De son plan gigantesque, De l’Orme n’a pu réaliser qu’une faible partie, la moitié ou à peu près d’un des grands corps de bâtiment , représentée actuellement par le gros pavillon central et les ailes adjacentes, si misérablement défigurés par Levau. Quant aux pavillons contigus aux ailes, et qui ne sont point de De l’Orme, on les attribue à Jean Bullant, et on s’est fort souvent demandé avec embarras comment les deux grands artistes avaient pu se décider à s’associer et à conduire simultanément une même construction. La vérité est que De l’Orme et Bullant n’ont jamais travaillé ensemble aux Tuileries, et que le second a simplement succédé au premier ; nous le démontrons dans notre histoire des deux palais.
Maison, rue de la Cerisaie, à Paris. — On verra plus loin que De l’Orme , en sa qualité de chanoine, jouissait d’une maison canoniale dans le cloître Notre-Dame ; il en possédait en propre une autre, rue de la Cerisaie, où Henri II assista à des expériences ayant pour but de constater la valeur d’un système de charpente imaginé par
1 Dans le second volume de son grand ouvrage.
son architecte \ Du reste, cette dernière maison , que De l’Orme avait bâtie lui-même , ne fut probablement pas achevée de son vivant, car en 1567 il avait simplement construit le corps d’hôtel séparant la cour du jardin, et il regrettait de n’avoir pu élever le corps d’hôtel donnant sur la rue , ce que j’eusse « faict longtemps a, dit-il, si Dieu m’eust presté mon très-souverain prince et bon maistre le feu roy Henry, de qui Dieu ait l’âme ». On retrouve avec plaisir, parmi les planches du Traité d’architecture, deux vues du corps d’hôtel terminé, et une du corps à bâtir elles ne prouvent point, tant s’en faut, que l’édifice ait été un chef-d’œuvre de composition. La maison de De rOrme, fort mutilée, mais dans laquelle on distingue encore quelques-uns des détails qui la caractérisaient jadis, particulièrement la grande lucarne, forme aujourd’hui le no 22 de la rue de la Cerisaie ^
ÉDIFICES DIVERS, à PaHs. — De l’Orme indique en son mémoire « l’Hostel-Dieu de Saint-Jacquesdu Hault-Pas », qu’il avait simplement commencé à bâtir 5 « les escuyeries des Tournelles, » avec (( l’Archenal et magazin de l’artillerie, à Paris».
1 Nouv. inv., f“ 38 v«.
2 F°* 233 v°; 234 v«, et 253 r°.
3 La rue de la Cerisaie était dans la censive du roi, dont presque tous les anciens titres sont détruits ; aussi n’en avons-nous trouvé aucun qui se rapportât à la maison de De l’Orme. Il est présumable que cette maison avait été bâtie sur un terrain donné par Henri IL
P. DE l’orme.
Le magasin de l’artillerie, c’était sans doute la même chose que les halles entreprises, au mois de juillet 1549, par l’ordre de Henri II, afin d’y fondre et abriter des canons.
Pour finir la liste des édifices à nous connus à la construction desquels concourut De l’Orme, nous dirons qu’il paraît devoir être compté parmi les architectes de Notre-Dame , puisque le 4 mai 1568, les chanoines ordonnèrent que certaines réparations à la cathédrale auraient lieu suivant le devis qui en serait dressé par lui , « juxta memoriale per dictum,dominum De VOrme conflciendum' ».
La grande majorité des édifices bâtis par De rOrme sont détruits, et l’on n’en a qu’une idée insuffisante. Pour ceux qui subsistent encore , ils ont presque tous subi des modifications considérables ; on ne possède donc pas les moyens de se former, sur le talent artistique de De l’Orme, une opinion parfaitement juste. On en voit assez, cependant, pour reconnaître sans hésitation que, au point de vue du goût et de l’invention , de Vart en un mot, il était inférieur à plusieurs de ses contemporains. Ainsi , et sans le comparer aux maîtres si merveilleusement doués de la première Renaissance, sous le rapport de l’imagination , il ne saurait être égalé à Jaques Androuet; sous le rapport de la pureté de style , à Pierre Lescot ;
’ Arcli. de l’Emp., Reg. LL, 258, p. 719.
SOUS le rapport de la science d’agencement, à Jean Bullant et autres. Ayant absolument rompu avec la tradition gothique, toujours plein du souvenir des monuments romains qu’il avait étudiés en Italie, et qui constituaient pour lui « la vraye architecture ^ De l’Orme, visant sans cesse à la majesté, n’atteignit souvent que la lourdeur. D’un autre côté, trop préoccupé de la recherche d’une beauté rationnelle qu’il demandait plutôt au calcul qu’au sentiment, procédé pernicieux qui égare à coup sûr, il ne put éviter les bizarreries et même les gaucheries dans ses conceptions. Est-ce donc à dire qu’il soit indigne de la célébrité attachée à son nom? Rien ne serait moins vrai. De l’aveu du juge le plus illustre, de Jean Goujon, De l’Orme fut regardé pendant sa vie comme un architecte éminent^ ; il méritera toujours d’être considéré comme
1 A propos des voûtes gothiques à nombreuses nervures, il dit : « Aujourd’huy ceux qui ont quelque coimoissance de la vraye architecture, ne suivent plus ceste façon de voûte, appellée entre les ouvriers, la mode française, laquelle véritablement je ne veux despriser, ains plustost confesser qu’on y a faict et pratiqué de forts bons traicts et difficiles. (Arch., f° 107 r°.) » On sent que tout en déclarant qu’il ne veut point « despriser » l’architecture à la mode française , c’est-à-dire l’art gothique , De l’Orme n’éprouvait qu’une très-médiocre admiration à son endroit. Le classicisme était déjà né.
2 Dans l’épître aux lecteurs, placée à la suite de la traduction de Vitruve, publiée par Jean Martin , en 1557, J. Goujon, à propos des auteurs qui ont écrit sur l’architecture , dit qu’il en connaît « plusieurs autres qui sont capables de le faire ; néantmoins ilz ne s’en sont encores mis en peine : et pourtant ne sont dignes de petite louenge. Entre ceulx-là , on peut compter.... maistre Philibert de l'Orme, architecte. » De l’Orme devait réaliser le vœu implicitement exprimé par J. Goujon.
P. DE l’orme.
tel , quelles que puissent être les variations du goût , parce que, à côté de ses études sur les styles et la forme, il en a fait de considérables sur la construction, dont, le premier, il a publiquement révélé les principes en France. De grands progrès réalisés en technique, voilà le principal fleuron de la couronne de De l’Orme, et c’est sur le terrain de la science qu’il a vraiment dominé tous ses rivaux, en acquérant des droits incontestables à la reconnaissance de la postérité. A ce sujet , d’ailleurs, on peut se prononcer avec certitude, puisque les deux traités didactiques écrits par De l’Orme sont parvenus jusqu’à nous. Disons par quelles circonstances il fut amené à rédiger le premier.
Du temps qu’il était surintendant des bâtiments, ayant eu maintes fois l’occasion de constater qu’il devenait chaque jour plus difficile, et partant plus dispendieux, de se procurer les énormes pièces de bois auxquelles on avait recours pour construire les combles à grande portée, il s’ingénia et réussit à y remédier par l’emploi de fermes composées d’une multitude de morceaux bien assemblés et maintenus par des clefs et des chevilles. « Sur quoy, raconte-t-il, il m’advint un jour d’en toucher quelque mot à la majesté du Roy, estant à table. Mais quoy ? Les auditeurs et assistans pour n’avoir ouy parler de si nouvelles choses et si grande invention, tout à un coup me recullèrent
LES GKANDS ARCHITECTES.
de mon dire comme si j’eusse voulu faire entendre au Roy quelques menteries. Voyant doncques faire un jugement si soudain de ce qui n’estoit encore entendu et que la majesté du Roy pour lors ne disait mot, je délibéray ne plus rien mettre en avant de tels propos , commandant de procéder aux bastiments comme lui avoit accoustumé. Quelque temps après, la Royne mère délibéra faire couvrir un jeu de palmaille à son château de Monceaux, pour donner plaisir et contentement au Roy. Et voyant qu’on luy en demandoit si grande somme d’argent , cela me fist reparler de ceste invention ; et fut ladicte Dame seule cause que je la voulus éprouver ; désirant grandement pour lors , luy faire très-humble service. Doncques j’en fis l’espreuve au château de la Muette ainsi que plusieurs ont vu et en divers lieux, selon la façon que j’escris en ce présent livre. Laquelle espreuve se trouva si belle et de si grande utilité, que lors chacun délibéra en faire son profit. Laquelle chose estant venue jusque aux oreilles du Roy qui avoit veu et grandement loué ladicte espreuve, il me commanda en faire un livre pour estre imprimé, afin que la façon feust intelligible â tous, pour la décoration de son royaume L » L’ouvrage , dont Henri II avait recommandé la publication, ne fut achevé d’imprimer que plus de deux ans après sa
1 Nouv. inv. dans l’épître aux lecteurs.
P. DE l’orme.
mort, le 30 septembre 1561. Il est illustré de nombreuses gravures sur bois, et divisé en deux livres. En tête se trouvent une épître au jeune roi Charles IX , puis une épître au lecteur, et enfin une pièce de vers latins sur l’invention de De l’Orme, par un nommé Antonius Mizaldus Monlucianus. H y a eu une seconde édition en 1576 : le titre de la première est ainsi conçu :
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