II PRÉFACE
époque aussi peu reculée que celle de la Renaissance, durant une période où les arts furent cultivés avec passion, des hommes comme Pierre Lescot, Jean Goujon et Philibert de VOrme n'aient pas été plus heureux que ne lavaient été, trois cents ans auparavant, Robert de Coucy et Jean de Chelles. On se tromperait , au surplus, en supposant que Lescot et ses émules ne jouirent point, chez leurs contemporains, d'une renommée proportionnée à leur mérite : les récomr penses qui leur furent accordées, la façon èlogieuse dont il est parlé d'eux par quelques auteurs du temps, tout prouve que l'admiration universelle pour leur talent se manifesta pleinement avant leur mort. Personne, toutefois, tant qu'ils vécurent et longtemps après, ne songea que la postérité éprouverait un jour le besoin de savoir les particularités de leur existence, et s'affligerait de les ignorer presque toutes. Quoiqu'on s'émerveillât des beautés du Louvre, et quoiqu'on rendît hommage au génie de celui qui les avait inventées, l'on n'avait point l'idée de consigner par écrit la date de sa naissance. Ronsard adressait des vers à Tabbé De Clagny, en lui prodiguant à pleines mains les hyperboles; mais il ne réfléchissait point qu'il élèverait un monument bien autrement durable à la gloire de son ami en laissant un récit de sa vie et un catalogue de ses œuvres. Plus d'un siècle s'écoula avant que Vasari eût des imitateurs en France.
Le premier écrivain français qui ait marché dans la voie du biographe italien fut André Félibien des