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CHAPITRE DOUZIEME

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BK LA RECEPTION QUI FUT FAITE A DUPUîS DANS SAVOIE- CABIGNAN, ET DS LA MANIÈRE DONT IL RESOLUT VVE QUESTION QUI LUI FUT POSÉE.

Un drôle de corps! se dit Tex-danseur en se retournant pour voir aller le vicomte, et d'abord il n'attacba pas un

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grand sens aux offres de service sur lesquelles ils s'étaient séparés.

En y pensant mieux cependant, et en s'en rappelant le ton et les termes, Dupuis fut amené à leur voir un côté plus sérieux, car elles rentraient assez dans le doute où il avait commencé d'être luimême, relativement a la gracieuseté de Taccueil qui pouvait lui être promis au

régiment. Ces réflexions le mirent de

plus en plus en humeur sérieuse, si bien qu'il ne jugea pas a propos de continuer sa promenade; et gagnant alors l'avenue

de Sceaux où était situe le bureau des coches, il se disposait à monter en voiture pour retourner a Paris.

La se trouvait a point nomme, et comme s'ils l'eussent attendu, trois jeunes officiers de son grade, qui portaient le même uniforme que lui.

Ils l'abordèrent avec politesse, lui demandant s'ils n'avaient pas l'honneur de parler a Monsieur Dupuis ?

Celui-ci ayant répondu qu'ils ne se trompaient pas, ils voulurent savoir de lui s'il aurait quelque répugnance a legi

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suivre à quatre pas de là, pour conférer avec eux et quelques autres de leur collègues, relativement à ^un point qui intéressait lui et eux.

Cette invitation était faite en termes trop polis pour devoir être refusée; Dupui? accompagna donc le trio jusqu'à une maison où une enseigne donnait a connaître que l'on louait des chambres garnies. La, il fut introduit dans une vasle pièce qui devait être la salle b manger de rétablissement, mais la table CD avait été enlevée, et, en voyant quinze

a dix-huil personnes assises gravement ^ autour de l'appartemeat sur des sièges disposés avec une certaine préparation, il aurait pu se croire devant un aréopage. Toutefois, l'extrême jeunesse de la plupart des assistans, et les épaulettes de sous-lieutenant qu'ils portaient tous ainsi que lui, ne donnaient guère ouverture a cette comparaison.

Au moment où Dupuis entra, rassemblée entière se leva après quoi le doyen, qui pouvait être un homme de vingt ans, le pria, avec une exquise politesse,

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de s'asseoir; chacun en ayant fait de même, au milieu d'un silence qui avait vraiment quelque chose d'imposant^ le doyen prit la parole et parla ainsi:

— Monsieur, nous vous supplions de ne pas prendre en mauvaise part ce que nousavonsa vous dire, et surtout veuillez croire que nous sommes animés du plus grand esprit de conciliation.

— Je vous écoute, Monsieur, — répondit Dupuis avec une certaine émotion; la solennité de ce déhut ne lui faisant rien pressentir de hien récréatif.

— Monsieur, — continua l'oraleur, — il nous parail diOlcile de croire que vous n'ayez pus eulrevu quelques difficultés probables à voire admission parmi nous.

— Pourquoi des difficultés ? sa Majesté m*ayant fait l'bonneur de me nommer.

— D'abord, — continua le président, — ne faisons pas intervenir ici sa Majesté. Le roi ne peut mal faire, c'est un vieux principe de la monarchie ; les ministres, les favoris, tout cela est fait en grande partie pour endosser et pomper, en quelque sorte, la juste animadver-

sion que peuvent faire naître certains actes émanés de la couronne. Ainsi,

vous, Monsieur, par exemple, nous n'es-

% timons pas que vous ayez été nommé

par un acte réfléclii et spontané cle la volonté rojaie.

— Je suis désolé, Monsieur, — reprit Dupuis, qui s'était remis, — d'avoir k vous contredire; mais justement, a mon brevet, était joint une somme destinée à me faciliter les premières dépenses de mon établissement militaire, et il était exprimé^ en toute lettre, que cet envoi

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m'élail fail de la volonté expresse de Sa Majesté.

— Eh bien! Monsieur, précisément; ^ c'est ce qui établit une nuance infinie.

Un gentilhomme comme nous sommes tous ici, quand il a l'honneur d'être appelé a servir le roi, pourvoit de lui-même aux nécessités de sa position, et n'a pas besoin d'avoir recours a la munificence royale.

— Par exemple, — répondit vivement Dupuis, — vous ne nous ferez pas facilement croire, qu'en aucun temps, la no-

blesse se soit crue rabaissée et compromise en acceptant les bienfaits de la couronne. Elle en a toujours, au con(raire, été très-désireuse et très-friande, et, en même temps qu'elle était dispensée par ses privilèges de rien verser dans les caisses de l'Etat, a toutes les époques elle s'est empressée d'y puiser le mieux qu'elle a pu.

On pense bien que cet aperçu ne fut pas du goût de l'assemblée, il fut même accueilli par quelques murmures. Le pré-

sidenl réclama vivement le silence, puis il reprit :

— Je trouve. Monsieur, tout-a-fait inutile que nous nous jetions ici, a perte de vue, dans des considérations historiques, d'autant mieux qu'il ne s'agit ni de noblesse, ni de tiers-état : il s'agit d'une position tout exceptionnelle; vous vous présentez avec des antécédents étranges, pour ne pas dire plus ; vous y arrivez par une porte qui n'est pas la bonne; vous ne devez donc pas vous étonner de Top-

position que vous êtes exposé à rencootrer.

— Je fais plus que m'en étonner, — repartit Dupuis, — je m'en afflige; mais ma déférence pour la manifestation qui m'en est faite ne saurait aller au-delà de ce sentiment de regret.

— Ainsi, Monsieur 5 — dit le doyen, sortant un peu de la modération étudiée qu'il avait gardée jusque la, — votre prétention est de vous installer dans Savoie- Carignan malgré tout le corps d'officiers f'

-- Si vous savez une manière d'être

soiis-lieuienant sans appartenir a un régimenl, et que vous ayez la bonté de me la faire connaître...

— Monsieur, -—dit alors un des assis-

tants, qui, sans doute, s'impatientait de ne point voir arriver plus rapidement le point précis de la question, — il y a des régiments d'un tempérament plus ou moins nerveux; ainsi, sous le règne de madame de Pompadour, tout le monde connaît Thistoire de son cousin Poisson de Malvoisin, qui était simple tambour dans Royal-Piémont,

— [Permettez, mon jeune confrère, — dil le président en retrouvant Toccasion de se réintégrer dans la parole; — vous voulez dire Piémont'Infantcrie^ car Royal- Piémont étant de cavalerie, M. de Malvoisin n'y aurait point été tambour, il y aurait été trompelte,

•— Enfin, — dit un troisième orateur , qui, comme plusieurs notabilités parlementaires de notre époque, ne dédaignait pas l'occasion d'un calembour, — ce fut ii toujours sans tambour ni trompette que

M. de !V3alvoisin, s'élant présenté avec le

brevet d'une iieutenance pour le régiment du roi, fut obligé d'aller chercher fortune ailleurs.

— A quoi il faut ajouter, — reprit le second orateur, — que sa position était infiniment plus soutenable que celle de Monsieur; car enfin, quelque raince que fut son point de départ, il avait l'avantage d'être déjà au service, et même il avait donné des preuves de sa bravoure en plus d'une occasion.

— C'est justement, — reprit Dupuis,—

parce que M. de Malvoisin avait fait ses n. 21

preuves, qu'il lui était loisible de passer par certaines nécessités qu'il m'est impossible de subir, a moi, jeune homme, et sans aucune espèce de précédents.

— Comment , des précédents? Mais vous en avez, mon cher, et. Ton peut même le dire, de l'ordre le plus élevé.

Nous devons nous hâter de dire que ce jt;u de mots insultant, auquel se laissa alier l'homme aux calembours, excita dans rassemblée, presque toute composée de jeunes gens de bonne compagnie, une désapprobation générale.

— Monsieur, — dit Dupuis au mauvais plaisant, — je dois croire que ia conclusion de tout ce qui se passe ici est une affaire que l'on me ménage 5 cela étant, j'aime mieux l'avoir avec quelqu'un qui se soit rendu coupable vis à vis de moi d'un mauvais procédé; j'ose donc espérer que VOU6 voudrez bien me rendre raison.

— A vos ordres, — répondit en se levant celui qui venait d'être provoqué.

— Voyons, Rasquinet,asseveZ"Vous5 dit

le doyen avec autorité ; — vous avez eu

eulortavec Monsieur, el, au'nom de rassemblée comme au vôtre, en vertu des pouvoirs qui me sont délégués, je lui en fais mes excuses. Maintenant, monsieur,

— conlinua-l-il en s'adressant a Dupuis,

— il faut que je vous fasse connaître au juste voire situation ; et pour reprendre le fait relatif a M. le maréchal-de-camp Poisson de Malvoisin, qui peut être ici, en effet, d'une grande autorité, je vous dirai que, s'élant présenté au régiment du roi, il fut accueilli comme un brave qu'il élait: mais seulement on lui don-

na a entendre, qu'atlendu les circonstances particulières de sa nomination, s'il tenait absolument a ce que celte nomination eût une suite, la première formalité qu'il aurait a remplir, ce serait de tuer un a un tout le corps d'officiers ; car il était convenu d'un accord unanime qu'on ne l'admettrait pas.

— Et que fit alors M. de Malvoisin ?

M. de Malvoisin, tout brave qu'il était, comprit que le travail d'extermination qu'on lui proposait était au-dessus des forces d'un homme; il se résigna donc à

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solliciter son admission dans un autre corps, et il n'en est pas moins aujour-

d'hui un oCQcier général fort considé*

ré.

— J'ai dit et je répète, — repartit Dupuis, — que ma position d'homme qui n'a aucune espèce de services ne me permet pas une détermination pareille.

Je sais que ce n'est pas même une chance a courir; mais quelque périlleuse que soit la certitude que j'envisage, elle ne me fera pas reculer.

— Sandis l il veut avaler toul le réffi-

ment, — dit un Gascon en matière d'aparte 5 mais pourtant de manière k être entendu ; — je né sais ce que vous ferez, vous autres; mais, moi, je compte bien mé mettre en travers, je lui en préviens.

— Monsieur Dupuisl les sentiments que vous faites paraître, — reprit le doyen avec gravité, — ne peuvent que

nous donner un très-grand regretde voir

unlionimedecœurentreprendreunelutte aussi inégale. Ainsi, croyez-moi, ne persistez pas dans une détermination insen-

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sée. La personne qui vous a rendu possible la prëienUoiî d'être admis parmi nous^ a tout le crédit nécessaire pour vous aplanir i'enlrée en quelque autre endroit, et en lui exposant les difficultés de votre position...

— Ici, monsieur, je vous arrête, — dit Dupuis en se levant ; s'il est vrai que ma présence puisse être disputée quelque part, ce quelque part, c'est l'armée tout entière, et je ne saurais comprendre ni admettre que MM. les sous-lieutenants de Savoie - Cari gnan aient, sur le point

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(l'honneur, des luaiières particulières.

Le parti pris que vous ine faites l'honneur de me signifier , je le trouverais partout ailleurs; et la où s'est élevée la difficulté, elle se dénouera.

— Très- bien, fiionsieur, dit le doven avec uu redoublement de solennité, — il ne nous reste donc plus qu'à vous faire connaître les dispositions que nous avons dû arrêleren prévision d'une obstination déplorable.

— Je suis prêt b les ratifier, — répon-

d'il Dupyis, — étant d'avance assuré que j'ai affaire k des gens d'honneur.

— D'abord, monsieur, il a été convenu que vous n'auriez pas plus d'un duel par jour, et que vous ne vous battriez pas le dimanche.

— Comme le bon Dieu, — dit gaîment Dupuis, — a cela près que mon œuvre sera le contraire de la création.

— Ensuite, comme il fallait un ordre

d'inscription, afin de vous ménager tous les avanlages qui étaient en notre pouvoir, nous avons décidé que les plus

jeunes d'enlre nous, comme étant les plus inexpérimenlés 5 auraient d'abord l'honneur de faire voire partie.

— Très-reconnaissant de celle altention, — répondit Dupuis.

— En conséquence, — reprit le doyen, — j'ai l'honneur de vous présenter monsieur Ferdinand de La Bremaudière, sorti de l'école de Brienne il y a deux mois.

A cette parole , un charmant jeune hoQime, frais et rosé, s'était levé, et, entre Dupuis et lui , s'échangea un salut.

— Maintenant, — continua le président, — il nous reste à régler l'heure de îa rencontre.

— Toul de suite, — dit M. de La Bremaudière avec une impatience toute juvénile; — il est a peine quatre heures, el nous avons du jour jusqu'à huit heures au moins.

— Très-bien, — dit l'un des assistants; — mais vous ne faites pas attention que monsieur est dans la nécessité de se procurer un témoin.

— Mon Dieu, dit Dupuis, — si j'ai

le bonheur de rencontrer une personne qui, sans doute dans la prévision de ce qui arrive, m'offrait, il y a un moment, ses services, je pourrais être aussitôt sorti de cet embarras. Le nom de M. le vicomte de Lugeac ne vous est sans doute pas inconnu, messieurs ; il m'a même dit qu'il avait l'honneur d'être dans une liaison assez intime avec quelques-uos d'entre vous.

— Le vicomte de Lugeac; sans doute, nous le connaissons. — dirent plusieurs des assistants, — c'est un homme parfai-

lement convenable, et qui aura ainsi le plaisir de savoir a fond toute cette affaire où il sera mêlé.

— Je cours donc de ce pas chez lui, — reprit notre sous-lieutenant en se disposante sortir; — et où vous retrouveraije, messieurs? ajouta-l-il par réflexion.

— Ici. Nous vous attendons, — lui futil répondu, et au moment même il sortit

de cette étrange assemblée.

Fir^ DU DEUXIEME VOLUME,

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