‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 16 sur 96 · ML ILE ILE · texte numérisé non relu

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La sentence est alors portée : ‘‘ Antigone sera enterrée vivante dar: une caverne.” À

A l’heure de l'exécution, la vierge a un moment de faiblesse ; mais bientôt renaît son co::rage, et elle entre généreusement dans son sépulcre en disant :

“ O sépulcre ! ô chambre nuptiale ! demeure souterraine d'où l'on ne sort plus, où je vais retrouver les miens que Perséphone a déjà reçus ! je descends la dernière de vous chez les morts, et aussi la plus misérable ; et la part de vie qui m'était due, je ne l'aurai pas vécue ! Là du moins, j'espère être la bienvenue, de toi, mon père, et de toi, ma mère, et de toi aussi, tête chérie de mon frère! Car j'ai lavé de mes mains vos corps, je les ai parés pour le tombeau, et j'ai versé sur eux les libations consacrées.

Et maintenant, Polynice, pour t'avoir rendu le culte funèbre, tu vois quelle récompense je recois |! Cependant je t'ai justement honoré au jugement des sages...C'est pour cela, frère, que Créon m'opprime, et qu’il dit que j'ai fait une

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ra chose exécrable. Et voilà qu'il m'a saisie par la force et que ses mains m'entraînent, vierge

nt | sans hymen, n'ayant eu ma part ni du mariage, e, ni de l’enfantement. Quelle loi divine ai-je donc re violée? Quel défenseur appeler à mon aide? À quoi me sert-il de regarder en haut, pour sa | chercher les dieux, puisqu'on m’'accuse, pour ma rs piété, du crime des impies? Si les dieux approumr vent le sort qui m'est fait, je me reconnais justeta. ment punie ; sinon, je ne souhaite pas à ceux “ qui me persécutent plus de maux qu'ils ne m'en du font subir.” RE La justice humaine est satisfaite, mais la " justice divine ne l’est pas, et c’est elle qui va FA maintenant s'emparer de la scène. Voilà ce qui h fait la grandeur de ces drames antiques : c'est "4 toujours la divinité qui a le dernier mot. Le Le vieux pontife Tirésias, le Voyant, paraît Le soudainement devant Créon, comme Elie devant d Achab.

ù Le tyran le traite comme un insensé; mais é l’auguste vieillard répond à ses outrages par

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cette prophétie menaçante, qui rappelle les malédictions des prophètes :

‘# Eh bien ! sache qu'après quelques tours de roue du soleil, tu auras payé par la mort du fils de ton sang, les morts que tu as faits, et que ce fils descendra aux Enfers, revanche de l’âme que tu as enfouie vivante au sépulcre, et de cet autre cadavre que tu retiens sur la terre et qui appartient aux dieux infernaux. Car ni toi, ni les dieux du ciel n'avez droit sur lui. Aussi les Erynnies vengeresses sont déjà sur toi. Tu verras bientôt si c'est à prix d'argent que je parle. Encore quelques instants, les cris des hommes, les lamentations des femmes, retentiront dans tes demeures. Tu as irrité l’archer, sa colère te lance ses flèches, et tu n'éviteras pas leur blessure ardente.”

Frappé de terreur, Créon devient accessible au remords. Il veut alors empêcher l'exécution

de la sentence, et sauver Antigone, Mais il est trop tard. | Quand il arrive à la caverne, Antigone est

morte, et le malheureux Hémon l’étreint dans ses bras. Créon supplie son fils de sortir ; mais Hémon lui crache au visage et tire son épée. Le père épouvanté s'enfuit, et le fils se tue lui-même sur le cadavre de sa fiancée.

Cependant le crime de Créon n’est pas encore suffisamment châtié. Il est encore à la caverne, quand sa femme Eurydice se suicide en le maudissant, et lui-même tombera bientôt sous la massue de Thésée.

Voilà par quelle série de catastrophes les lois : éternelles sont vergées, en dépit des lois humaines qui protègent l’impie.

D'Eschyle à Sophocle il y a progrès, non seulement dans la forme dramatique, mais dans la doctrine que le poète a mise en action.

Prométhée est l’homme pécheur, subissant son châtiment, mais attendant sa rédemption.

L’espérance seule adoucit son supplice.

Œdipe est l'homme réhabilité. Il souffre pour les fautes de ses père et mère, en vertu de cette solidarité mystérieuse dont nous sentons tous le

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poids écrasant ; mais il souffre en même temps pour mériter, et ses douleurs finissent dans une

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apothéose.

Prométhée ne peut se racheter lui-même, et il faudra qu’un dieu s’incarne pour le délivrer. Œdipe se réhabilite lui-même par la douleur et la résignation. La constance de sa vertu triomphe même de la justice des hommes, qui finit par lui rendre hommage.

Mais la vérité et la justice appellent la charité, et cètte vertu se personnifie dans Antigone, qui met le couronnement à la morale et au droit

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social en plaçant la loi divine au-dessus des lois humaines.

Carame Eschyle, Sophocle nous apparaît donc comme une espèce de précurseur païen du christianisme. A-t-il emprunté ses croyances aux livres des Juifs, ou sont-elles seulement un écho lointain des révélations primitives? Nous n’en ‘Savons rien.

Mais il est clair que nous pouvons retrouver -dans les deux trilogies que nous avons analysées,

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Œ dipe et Prométhée, les dogmes fondamentaux de notre religion, la chute originelle et la solidarité des enfants dans le crime de leurs pères, la rédemption de l’homme par un dieu-homme, la réhabilitation et la glorification par le sacrifice et la souffrance, la vie future après la mort, le devoir de la charité et la suprématie de la loi divine pendant la vie.

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