‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 2 sur 96 · PROMÉTHÉE · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE

En février 1884, je voyageais en Sicile, jouissant avec délices de la douceur de son climat, et admirant avec enthousiasme les impérissables monuments don: la Grèce antique a doté ce Charmant pays. Car c'est là qu'il faut aller, pour retrouver encore debout les plus beaux et les plus grands temples que l’art grec ait élevés en d'honneur des dieux. |

Mais au milieu des ruines splendides de Girgenti et de Syracuse, je ne me souvins pas seu-

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lement des grands architectes et des incomparables sculpteurs d'Athènes ; je vis surtout repasser dans mes souvenirs ses grands écrivains et ses poètes ; puis, au-dessus de ces derniers et dominant leur groupe illustre, je vis se détacher la sublime figure d'Eschyle ; car le sol que je foulais aux pieds avait été sa seconde patrie et son tombeau.

Je ne sais si tous les voyageurs me :essemblent ; mais, lorsque je visite un pays étranger, mon esprit évoque spontanément les hommes célèbres qui l'ont illustré.

Il arrive même quelquefois que l’un d’eux absorbe entièrement mes pensées. Son souvenir devient pour moi une obsession, et il me semble que j'entre en communication avec lui.

C'est ce qui m'est arrivé en Sicile à l'égard du plus grand poète tragique de la Grèce.

Sans doute, les vastes ruines de Syracuse me rappelèrent Pindare y déciamant ses odes fameuses, Platon y venant séjourner plusieurs fois et y poursuivant ses grands travaux philo-

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