‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 3 sur 96 · SE ——. S · texte numérisé non relu

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sophiques, Archiméde y faisant l’étonnement des contemporains par ses savantes découvertes ; mais ce fut Eschyle surtout que ma mémoire y fit revivre. a grande ombre y ranima pour moi, et les temple; écroulés, et le vaste théâtre dont les gra!’ 15 subsisten* :1 sont adossés aux somptueux tomber 1x des Grecs illustres morts à Syracuse. |

C'est que ie considère Eschyle comme un génie prodigieux, comme le plus grand poëte tragique qui ait jamais existé peut-être, et, en même temps, comme une espèce de précurseur païen du Christ, prédisant sa venue cinq siècles d'avance avec plus de force, de clarté, de précision que toutes les sibylles antiques, même les plus rapprochées de l'ère chrétienne, et dans des termes qu'on dirait parfois empruntés aux prophètes.

Eschyle fut en outre un homme de guerre et un héros. Il appartient à la génération des géants qui sauvèrent la Grèce des formidables invasions des Mèdes et des Perses, et qui cou.

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10 LES GRANDS DRAMES vrirent leur patrie d’une gloire dont le rayonnement est parvenu jusqu’à nous.

Il apparaît comme un lion dans les fameuses batailles de Marathon, de Platée et de Salamine, et ses frères furent des compagnons d’armes non moins glorieux. . L'un d’eux, nommé Cynégire, abordant une galère persane s’y accrocha d’une main: on la lui coupa d’un coup de hache. Il s'y cramponna de l’autre: on la coupa également. Alors il saisit le bord avec ses dents, et il fallut lui trancher la tête pour lui faire lâcher prise. |

Mais ce n’est pas le guerrier dont j'évoquais le souvenir en parcourant les endroits qu’il a habités en Sicile ; c’est le poète tragique dont les œuvres, toutes païennes qu’elles sont, renferment une si haute philosophie religieuse et morale.

Au pied du mont Etna s'élevait autrefois une ville qu’on nommait Géla. Elle est aujourd'hui détruite. C’est là que vint mourir le merveilleux poète, exilé d'Athènes, et fatigué sans doute de

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la vie bruyante de Syracuse. Il est difficile de ne pas voir entre le volcan et lui une mystérieuse sympathie.

Chose étrange, quand il eut à faire lui-même son épitaphe, il y dédaigna son plus beau titre de gloire :—‘ Sous cette pierre gît Eschyle, “ fils d'Euphorion. Né dans Athènes, il mourut “ aux champs plantureux de Géla. Au bois si ‘“ fameux, au bois de Marathon, au Mède à la ‘ flottante chevelure, de dire s’il fut vaillant. Ils ‘# l'ont vu!”

Pas un mot dans cette épitaphe de son œuvre dramatique, si colossale, si sublime, et qui lui avait valu tant de succès. Pourquoi cela? Sans doute parce que s’il avait cueilli bien des palmes au théâtre, il y avait éprouvé aussi bien des déboires, rencontré bien des ennemis, et suscité des haines qui furent la cause de son exil.

Quand on relit aujourd’hui ce qui nous reste de son Prométhée, on comprend quelles tempêtes il a dû soulever dans Athènes, et quelles colères

il a dû allumer dans le cœur des prêtres de Jupiter.

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Jusqu’alors Jupiter, ou Zeus, pour employer son nom grec, avait été un dieu incontesté, reconnu comme le souverain maître de toutes choses, et prêché par un sacerdoce puissant dans toutes les villes de la Grèce. Or, voilà qu’un homme ose tout à coup répudier ce culte, et représenter en plein théâtre le souverain des dieux comme un tyran qui persécute le droit et la justice |! Voilà qu’un poète a l'audace de prédire wn nouvel ordre de choses, et d'annoncer que la couronne et l'honneur de Leus passeront sur la tête d'un nouveau dieu.— Ce sont les paroles mêmes qu'Eschyle met dans la bouche de Prométhée. — Quelle impiété ! Quels blasphèmes ! Quel scandale !

Le drame audacieux de Prométhée ébranlait les fondements des temples païens, et des pierres qui en tombaient, les lettrés d'Athènes allaient ériger plus tard ce fameux temple aw dieu inconnu, que saint Paul remarqua en traversant la grande ville.

Les prêtres païens s’insurgèrent contre cette

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nouveauté sacrilège. Ils traînèrent le poète devant l’Aréopage, et l’accusé ne fut sauvé de la mort que par ses glorieuses blessures, et par le souvenir de Marathon et de Salamine. Mais ilne put échapper à l'exil; et la Sicile, alors gouvernée par Hiéron, protecteur des muses, l’accueillit avec tous les honneurs dus à une telle célébrité.

C'est donc mon voyage en Sicile qui m'a “amené à l'étude d’Eschyle, et c'est le fruit de cette étude que je viens offrir au public.

L'histoire constate que le théâtre chrétien a été essentiellement religieux dans son origine, et, pendant longtemps, les pièces de son répertoire ne représentaient exclusivement que des sujets religieux.

C’est ung vérité incontestable. Mais, chose remarquable, le théâtre païen, à son origine, avait le même caractère de piété, et ne mettait en scène que les œuvres et les décrets des

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