‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 25 sur 96 · ACTE Al · texte numérisé non relu

ACTE Al

prince de la terre, quand il étale à nos yeux ses richesses, pour exciter nos courages, et quand il dresse pour nous des lits voluptueux ! Malédiction sur le nectar des raisins, sur l'ivresse plus douce de l'amour ! Malédiction sur la foi! Malédiction sur l'espérance ! Et trois fois malédiction sur la patience !”

Ces malédictions et ces blasphèmes ne sont pas sans éloquence. Mais les cris ‘2 Tob sont infiniment plus touchants et moins déclamatoires. Ils sont simples, sans phrases, sans pose, et ils atteignent au plus haut degré du sublime. Ecoutez :

Périssent à jamais le jour où je suis né,

Et la nuit où l’on dit au père fortuné :

‘ Un enfant est conçu !”’ De sa clarté divine

Que Dieu dans son courroux jamais ne l’illumine

Ce jour cent fois maudit ! Que d’une ombre sans nom Se voile la lueur de son premier rayon !

Que la nuit du trépas l’éteigne s’il s'allume !

Que pour tous les mortels il soit plein d’amertume, Que cette nuit s’en aille au gouffre ténébreux ! Qu'on ne la compte point parmi les jours nombreux ;

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Dreux ;

Que morne et solitaire elle inspire l'horreur

Et qu’on n’y fasse entendre aucun cri de bonheur ! Qu'on l’exècre partout !... Que ceux-là la maudissent Qui maudissent le jour !... Que les astres pâlissent, Que la lune s’éteigne à sou obscurité !

Qu'on n’y voie aucune aube épandre sa clarté !

Après cette explosion passionnée Job s’apaise.

Son désespoir se change en plainte, et sa voix

pleure :

L'homme né de la femme est rempli de misère : I] passe comme l’onde et vit peu sur la terre ; À la fleur fraîche éclose et brillante au matin Qu’on foule aux pieds, le soir, pareil est son destin, Et c’est vers ce néant que ton regard s’abaisse ! Au tribunal de Dieu tu veux qu’il comparaisse ! Qui donc, si ce n’est toi, qui seul es pur, Seigneur, Au rejeton souillé peut rendre la blancheur ? ! Les jours de l’homme sont plus frsitifs que l'ombre : De ses mois, de ses ans en tes mains est le nombre ; Le terme en est marqué qu’il ne saurait franchir, Retire un peu ton bras, laisse-toi donc fléchir ! Pour qu’il puisse un moment vivre heureux sur la terre Jusqu'au jour qu’il convoite ainsi qu’un mercenaire, Coupez l’arbre !.., toujours il espère : à son front Les feuilles, les rameaux bientôt reverdiront, S'il vieillit, sa racine a des pousses nouvelles Qui dans les fraîches eaux refleurissent plus belles ;

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Mais quand l’homme s'éteint, qu’il descend au trépas, Que devient-il ?.. Hélas ! il ne reverdit pas.

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Du mont le plus altier on voit crouler la cime :

Le rocher se détache et roule dans l’abîme ;

L’onde creuse la pierre, et Le flot lentement

Va submerger le sol où germe le froment :

Et tu veux à son tour qu’ainsi l’homme succombe ?... Ne l’as-tu pas pétri pour l’immortalité ?

Tu le transformeras pour une éternité...

Ces plaintes ont soulagé Job, et, tout en se

résignant, il se redresse devant Dieu et demande

justice :

Oh! qui me donnera de monter jusqu'à Dieu, D'être le défenseur de ma cause en haut lieu ?...

Si je pouvais lui dire: Allons ! entrons en lice! Vois, ma bouche à grands cris te demande jüsticr, Je voudrais bien savoir ce qu'i! me répondrait,

Que ne vient-il me dire à son tour : Je suis prêt ! Seulement qu’il soit juste et non point formidable ! Je ne saurais lutter si sa grandeur m’accable,

Qu'il m’'entende !... Qu'il mette entre nous l’équité, Et je serai vainqueur et pur d’iniquité,

En vain je le demande au couchant, à l’aurore,

11 ne me répond pas, Je le demande encore

Aux régions du sud et du septentrion,

Mais l’œil ne l’aperçoit sous aucun horizon,

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# : 4 >as, Mais lui connaît ma vie : il éprouva mon âme, Comme on éprouve l’or au creuset de la flamme, sé Mon pied vierge a su fuir tous les impurs chemins ;

Il a marché toujours dans ses sentirs divins. Sans jamais dévier, j'ai suivi sa loi sainte Et toujours l’ai gardée en mon cœur avec crainte, Mais s’il me veut punir sans l’avoir mérité, | Û Qui peut lui dire: Arrête !... :1 fait sa volonté. Seul Il est. Nul ne peut détourner sa menace ; É C’est pourquoi la terreur m’a pris devant sa face ; Je nai pu soutenir son regard menaçant :

bp se k Mon courage a faibli devant le Tout-Puissant,

ande Mais en dépit de ses horribles souffrances

qu’il n’a pas méritées, er dépit de l’amertume qui monte de son cœur à ses lèvres et le fait douter de la justice divine, il jure de rester fidèle à son Dieu :

Tant qu’un souffle de vie enflera ma poitrine,

Taut que l'Esprit de Dieu remplira ma narine, ! : Je jure que ma lèvre aimant la vérité Ne fera pas un pacte avec l’iniquité, Et au lieu du désespoir sceptique de Faust, es | quelles espérances appuyées sur la foi !

Je sais que mon Sauveur est vivant dans Îles cieux, à . Je sais qu’au dernier jour, de ma iombe mortelle

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Je ressusciterai vêtu de ma peau frêle ;

Je sais que dans ma chair, oui, je verrai mon Dieu ! Oui, mes yeux le verront en quittant ce bas lieu : C’est là l'unique espoir qui dans mon sein repose !

Quel contraste avec les blasphèmes de Faust qui ont décidé de son sort, car il semble qu’à ce moment Diez j’abandonne. Un chœur d’esprits invisibles se fait entendre. Satan soutient que ce sont les démons ; mais ce qu’ils chantent pourrait très bien venir du ciel, et s'appliquer à la chute de l’homme et à la Rédemption.

‘ Malheur ! malheur ! il a brisé le monde et sa belle ordonnance ; son bras puissant frappe et détruit! Ce demi-dieu a foulé l'univers à ses pieds ; emportons ses débris dans le néant et pleurons sa grandeur passée. Mais toi, le plus puissant des enfants des hommes, bâtis un monde nouveau, bâtis-le dans ton propre sein, commence une vie nouvelle, éclaire-la du flambeau de ton intelligence, et qu’une nouvelle harmonie l’accompagne.” :

Enfin Faust, avide de jouissance, se déclare

GŒTHE 181 prêt à faire un pacte avec le diable: Méphistophélès lui dit: “ Swr terre je te servirai, mais là-bas tu seras à mon service.”

Où Zà-bas ?—Faust ne s'en inquiète pas ; mais il doute de la puissance de Satan, et convaincu que jamais il ne pourra lui donner les joies auxquelles il aspire, et lui faire admettre qu’il a goûté le bonheur en ce monde, ne füût-ce qu’un moment, il fait à Méphistophélès ce serment solennel : ‘Si jamais dans un transport de plaisir, tu me vois supplier le temps de suspendre sa course, je permets que tu me charges de chaînes, que tu m'’entraîines dans l’abîme; je veux qu’à cet instant la cloche des morts retentisse ; je te tiens quitte de ton service ; que l’horloge s’ärrête, que le balancier demeure immobile : le temps n’existera plus pour moi !”

Le démon iui demande alors de mettre cet engagement par écrit, et de le signer avec une goutte de son sang. ‘ Le sang est une liqueur d'une vertu particulière,” dit Satan.

Oui certes ; le sang rachète, et c’est parce que

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Faust pourrait peut-être se racheter en offrant son sang à Dieu, que le démon exige ce sacrifice pour lui-même. Dieu seul a droit à notre sang. En offrant le sien au démon, Faust corrompt à jamais dans son cœur la source de tout

bon sentiment, et consomme l’œuvre de sa per-

dition.

De ce moment Faust s’abandonne à la direction de Satan, dont les enseignements peuvent se résumer ainsi: ‘La science est aride ; l'arbre de la vie est chargé de feuilles et de fruits.”

C'est-à-dire, plus d’études, plus de recherches à la poursuite de la vérité ; il faut vivre, vivre de la vie des sens, goûter toutes les satisfactions, tous les plaisirs, qui sont les feuilles et les fruits de l'arbre de la vie. En vivant ainsi, vous serez semblable à Dieu, connaissant le bien et le mal.

Méphistophélès conduit alors Faust chez une sorcière, lui fait boire une liqueur de flamme qui le rajeunit, et lui montre dans un miroir l’image d'une femme belle comme Hélène, et dont il devient amoureux.

La sorcière a des mots et des formules plus ou moins intelligibles et, en réponse à Faust, Méphistophélès dit, en se moquant de sa naïveté qui veut trouver un sens dans des phrases qui n’en ont aucun : ‘ Quand l’homme entend des mots il croit qu'il faut absolument qu’ils contiennent des idées.”

Cette observation pourrait s'appliquer très bien à certaines parties du drame de Faust, qui ne contiennent que des mots, et dans lesquelles

les commentateurs veulent absolument trouver

un sens profond.

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La seconde partie du drame s'ouvre par une idylle : les premières rencontres de Faust avec Marguerite, jeune fille simple, pure et belle. Mais bientôt l'idylle s’assombrit. L'œuvre de séduction de cette immortelle fille d'Eve est poursuivie et pressée par l’antique serpent. Il pousse Faust de l'amour idéal au plaisir brutal. Le malheureux hésite et recule devant la profanation du plus pur sentiment: ‘‘Briser cette

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tendre fleur, engloutir la paix de cette âme virginale,” cela lui semble monstrueux. Et cependant il cède aux suggestions diaboliques : “ Démons, s'écrie-t-il, venez m'aider à abréger l’agonie: que ce qui doit arriver s’accomplisse. La fatalité a attaché sa destinée à la mienne; je l’entraînerai avec moi dans l’abîime.”

Comparons ici encore Faust à Job qui proteste devant Dieu de son innocence dans ses rapports avec les femmes :

J'ai fait dès ma jeunesse un pacte avec mes yeux Pour ne pas voir de vierge en mes rêves joyeux. Par une femme, un jour, si mon cœur fut séduit, Aux portes d’un ami si j'ai guetté la nuit,

Que mon épouse impure ouvre à d’autres sa couche, Qu'elle soit le jouet de l’homme infâme et louche ! Car cet acte est un crime énorme devant Dieu

Et qui sera puni du supplice du feu.

La scène qui suit est très belle. C'est l’idylle qui recommence, et c’est l’amour pur qui se trouble et s'inquiète à l'approche de Satan.

Marguerite aime Faust avec passion, mais

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me elle aime aussi son Dieu, et elle s'inquiète de en- savoir si son bien-aimé partage ses croyances. Dé- Elle l’interroge et révèle toute la candeur et la gO- naïveté de sa foi:

La ‘ Dis-moi, quelle religion as-tu? Je sais que je ton cœur est bon, mais je crois que tu n'as

guère de piété.

ste — Laissons cela, mon enfant ; tu sais bien

que je t'aime ; je donnerais pour toi mon sang et ma vie, Je ne voudrais troubler personne dans sa foi, ni l'enlever à son église.

— Cela ne suffit pas, il faut encore y croire. — Il le faut, dis-tu ?

— Ah! si je pouvais quelque chose sur tom p.

esprit ! Avoue-le-moi, tu ne fréquentes guère les saints sacrements.

— Je les honore. .

— Mais sans les désirer. Il y a peut-être bien. longtemps que tu n’es allé à la messe, à confesse. Crois-tu en Dieu ?

— Ma bien-aimée, qui oserait affirmer qu'il ya un Dieu? Interroge les prêtres et les sages :

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