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désirs ; que l'œil soit fermé sur ce que veut la main! Et pourtant qu’elle soit faite cette chose que l'œil aura peur de voir quand elle le sera.” On voit déjà combien la force de la tentation s'est accrue; mais l’ambitieux Macbeth ne peut s'affranchir encore du joug de la conscience. Il recule devant le crime, et peut-être ne le commettrait-il pas, s’il ne rencontrait pas un auxiliaire plus pervers que lui dans lady Macbeth. Cette femme est le type des antiques furies.
Elle ressemble à Clytemnestre,à Electre, mais elle est plus effrayante. Elle a appris par.une lettre de son mari les brillantes destinées que les sorcières lui ont prédites; et dans un soliloque, elle parle à son mari comme s’il était présent : ‘Tu es thane de Glamis et de Cawdor, et tu seras ce qu’on t’a prédit ; mais je me méfie de ta nature... Tu serais bien aise de t’agrandir, car tu n’es pas sans ambition ; mais tu n’as point l'instinct du mal qui doit l'accompagner. Ce que veut ton orgueil, tu le voudrais innocemment.…..
Accours donc vers moi que je verse mon âmeen
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it la toi par ton oreille, et que ma langue hardie hose 1 écarte tout ce qui t’éloigne du cercle d’or dont ra.” ; les destins et les puissances surnaturelles semation 1 blent t'avoir couronné.” Ÿ peut 6 A l'instant même un serviteur vient lui ane. Il 1 noncer que le roi arrive chez elle. Alors il semble com- | que le démon du meurtre s'empare immédiateauxi- ment de cette femme, et c’est elle-même qu’ l’apth. pelle à son secours : “ Venez, venez, esprits qui uries. À présidez aux pensées homicides. Otez-mui mon selle : sexe, et remplissez tout mon être de la plus imlettre placable cruauté ; épaississez mon sang ; fermez Le S SOr- en moi tout accès et tout passage au remords, pque, | afin qu'aucun retour de compassion ne vienne sent : ébranler mon cruel projet, ni en retarder l’exécu- : 1 dor, 1 tion. Venez changer mon lait en fiel dans mes Fi méfie : 1 mamelles de femme. Venez, ministres du meur- À ndir, 1 tre, quelque part que vous soyez sous des formes | point 1 invisibles, attendant l’heure de faire du mal! e que : 4 Viens, nuit ténébreuse, enveloppe-moi des plus ent... ; noires fumées de l'enfer pour que mon poignard een À acéré ne voie. pas la blessure qu'il va faire, et
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pour que le ciel perçant tes voiles sombres ne me crie pas : “Arrête ! arrête ! ”?
A ces mots son mari entre, et, après l’avoir salué des mêmes titres que les sorcières lui ont donnés, elle lui d.: que le roi Duncan qui arrive ne verra pas la lumiére du soleil le lendemain. ‘ Paraissez, ajoute-elle, comme la fleur innocente, mais soyez le serpent qui <e cache sous cette fleur ! ”
Shakespeare a le secret de ces situations dramatiques qui mettent en mouvement toutes les fibres du cœur, et qui font vibrer toutes les cordes de la sensibilité. |
Il produit la terreur, l’épouvante avec une telle puissance, que la simple lecture de certaines scènes font frémir et frissonner de la tête aux pieds. En lisant Æfacbeth la nuit, dans mon lit, il m'est arrivé à moi-même d’être soudainement saisi d’effroi, et de me cacher sous mes couvertures, parce qu’il me semblait que l’ombre de Banquo allait m’apparaître,
Madame Siddons raconte quelque part qu'en
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étudiant un soir le rôle de lady Macbeth, elle fut prise d’un: telle frayeur qu’elle courut à la chambre de scn mari endormi, et se blottit dans son lit tout habillée, et sans éteindre sa bougie.
Malgré les encouragements de lady Macbeth le thane de Cawdor hésite toujours. Sa conscience lui parle sans cesse : “ Si tout était fini lorsque ce sera fait, il serait bon de le faire au plus vite ; si avec l'assassinat on tranchait toutes les conséquences ; si après avoir frappé on avait réussi, et que ce coup de poignard terminât tout, seulement ici-bas, sur cet écueil et ce bas-fond du temps, nous risquerions la vie à venir. Mais après de tels crimes, nous subissons sur cette terre même un châtiment : celui de voir nos sanglantes leçons se retourner contre ceux qui les ont données. Et puis, ce Duncan a usé si doucement de son pouvoir ; il a été si irréprochable dans sa tâche de roi, que, semblables à des anges à la voix de la trompette, ses vertus viendraient témoigner contre l’abominable crime qui le retrancherait du monde ; et la
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pitié, sous la forme de l'enfant qui vient de naître, descendant sous les tourbillons, ou comme un chérubin du ciel porté sur les invisibles courriers de l'air, soufflerait l'exécrable action devant chaque regard, et ferait couler des larmes qui noieraient le vent !”
Pendant qu'il en est temps encore, Macbeth veut s'arrêter sur la route où sa terrible femme l’entraîne, et conserver sa réputation jusqu'alors pure comme l'or. Mais lady Macbeth excite sans cesse son ambition. Elle lui explique comment les deux chambellans, une fois le crime commis, pourront être accusés d’avoir euxmêmes assassiné leur maître, et il se décide enfin au crime.
Mais au moment de le commettre, la conscience revient le torturer ; l’hallucination s’empare de lui : |
‘ Est-ce un poignard que je vois devant moi, dont le manche est tourné vers ma main ? Viens, que je te saïisisse. Je ne te sens plus, et cepen-
dant je te vois toujours ! Fatale vision !
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‘““N'es-tu donc pas sensible au toucher comme
à la vue! N'es-tu qu'un poignard en idée, produit mensonger d'un cerveau en délire? Je te vois encore sous une formé aussi palpable qué celui que je tire en ce moment. Tu me marques le chemin que je devais prendre, et c’est bien là
l'instrument dont je devais me servir! Ou mes a yeux sont devenus les jouets des autres sens, ou ë bien ils les valent tous à eux seuls. Je te vois À toujours, et sur ta lame, sur ta poignée, des gout- ë tes de sang qui n’y étaient pas d’abord. Non, 1 il n’y a rien là de tel. C'est mon projet san- Fe guinaire qui se manifeste ainsi à mes yeux. de
‘“ Maintenant, sur la moitié du monde la je
nature semble morte, et des rêves sinistres se
jouent du sommeil sous le mystère des rideaux.
Maintenant les sorcières offrent leur sacrifice à d la pâle Hécate : le meurtre décharné, averti par | le loup, sa sentinelle, dont l:: 1urlements lui servent de mots du guet, dérobant ses pas, comme le ravisseur Tarquin, marche à son dessein, semblable à un fantôme.
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O toi, terre solide et bien «“ssise, sois sourde à mes pas, quelque chemin qu'ils prennent, de peur que les pierres ne disent où je vais, et
n'opposent à mon projet un horrible à-propos.
Tandis que je menace, il vit.
‘“ Le souffle froid des paroles glace l’action. (La cloche sonne.).…
‘ J'y vais. Dans un moment, tout sera fait.
Cette cloche me donne le signal. Ne l’entends pas, Duncan; car c’est le glas i t'appelle au ciel, ou aux enfers...”
Enfin le crime est commis. Duncan est mort, mais la conscience de Macbeth est plus vivante que jamais. Ila entendu une voix lui crier :
‘“ Tu ne dormiras plus : Macbeth tue le sommeil, l'innoceni sommeil qui de l’écheveau emmêlé de nos maux fait une pelote de soie unie, le sommeil, douce mort de la vie de chaque jour, le bain après le dur travail, le baume des âines blessées, le second service à la table de la grande nature, le mets le plus nourrissant dans le repas de la vie... Glamis a tué le sommeil.
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SHAKESPEARE 145 ourde Cawdor ne dormira plus ; Macbeth ne dormira À de plus ! ”
"” L'épouvante s'empare de lui. Ilentend frapve: per à la porte ; et il souhaite que les coups éveillent Duncan. Lady Macbeth veut l'envoyer ction. reporter ses poignards à côté du cadavre, mais il a trop peur de revoir ce spectacle. Chaque . fait. bruit qu’il entend le glace d’effroi. Il lui semtends
ble que des mains invisibles lui arrachent les le au | yeux de la tête. En regardant sa main tachée «10 de sang, il s'écrie: ‘ Tout l'Océan du grand fs
mort, ‘ Neptune sufirait-il pour nettoyer ma main de
vante ce sang? Non; cette main qui pourtant est la bu
rier : mienne teindrait plutôt les mers immenses, et :
som- à - de leurs eaux vertes ferait un océan rouge. ” k ce ‘Lady Macbeth seule garde son calme, et son :
ie, le sang-froid est effrayant. k
jour, La nature semble participer à l’épouvante-
âmes générale qu’un tel crime doit produire ! et voici :
de la comment Lenox, un des chambellans du roi,
dans raconte à Macbeth ses frayeurs de la nuit :
eil.… | ‘ La nuit a été extraordinaire, Les chemi-
eee etre ren
146 LES GRANDS DRAMES nées des chambres où nous couchions ont été renversées par le vent, et l’on a entendu, dit-on, des gémissements dans l’air, d'étranges cris de mort, et des voix prophétisaient avec des accents terribles des bouleversements, des événements confus, nouvellement éclos pour un temps de malheur. L'oiseau des ténèbres a crié toute la nuit : quelques-uns disent que la terre a été saisie de fièvre et a tremblé.
Macbeth.—Ça été une rude nuit.
Lenox.—Ma mémoire de jeune homme ne me rappelle rien qui y ressemble.”
Il appartient à l'esthétique de Shakespeare et de tous les grands artistes d'associer ainsi la nature aux grands crimes et aux événements importants de l’histoire.
Cependant Macbeth, tout effrayé qu'il est, ne peut s'arrêter après le premier crime, et c’est ici que le génie de Shakespeare se révèle. Il va nous montrer maintenant l’horrible génération du crime, abyssus abyssum invocat. “ Etre tout n’est rien si on ne l'est sûrement,” se dit
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Macbeth, et il a peur de Banquo, son ami, que les sorcières ont proclamé père d’une lignée royale. Comment! ce serait pour la race de Banquo qu'il aurait souillé son âme? Ce serait pour faire rois les fils de Banquo qu’il aurait donné à Satan le joyau de sa vie éternelle? Non, et Banquo doit mourir.
‘ Nous avons légèrement blessé le serpent, dit Macbeth, mais nous ne l'avons pas tué. Ses morceaux se rejoindront et il reviendra entier, pendant que notre timide méchanceté restera exposée aux morsures de ses dents retouvées.
Mais que la machine de l'univers se détraque, que les deux mordes pâtissent plutôt qu’il nous faille manger dans la crainte, et dormir dans l'horreur de ces songes qui nous épouvantent toutes les nuits : il vaudrait mieux être couché à côté du mort que nous avons envoyé dans la demeure de la paix, pour arriver où nous sommes, que de retomber chaque jour dans les tortures d'une angoisse sans repos.”
Alors les assassins sont soudoyés, et l’œuvre
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néfaste est accomplie, pendant que le nouveau roi (Macbeth) donne un banquet, auquel l'infortuné Banquo avait été Avié.
Mais à peine Banquo est-il assassiné que son ombre apparaît dans la salle du banquet, et va prendre place dans le fauteuil resté vide. Le fantôme est visible pour le seul Macbeth, et tout ce qu’il dit alors au fantôme fait croire à ses amis qu'il est devenu fou.
C'est une des scènes les plus dramatiques qui existent au théâtre. De temps en temps, l'ombre disparaît, et Macbeth reprend son sangfroid, et s'excuse auprès de ses convives en disant qu'il souffre d’une étrange infirmité, et que ce malaise lui est habituel ; mais aussitôt que le fantôme reparaît, l'épouvante le glace ; il devient hagard, et il dit des choses qui font dresser les cheveux sur la tête.
“Si les cimetières et les tombeaux doivent nous renvoyer Ceux que nous y avons ensevelis, il faudra donc que nos sépulcres soient désormais les estomacs des oiseaux de proie...
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“ Ce n'est pas d'aujourd'hui que le sang a coulé. Il a coulé dans les temps anciens, avant que les lois humaines eussent amélioré le sort de l’homme ; oui, depuis lors, des meurtres ont i été commis, dont le récit est trop terrible pour Poreille humaine ; et il y a eu des temps où, quand on avait brisé le crâne à un homme, cet homme était bien mort, et tout était fini ; mais aujourd’hui ils ressuscitent avec vingt blessures mortelles à la tête, et viennent nous chasser de nos sièges. Voilà qui est plus étrange que ne l’est un tel meurtre...
‘“ Loin d'ici! Ote-toi de mes Yeux. Rentre au fond de la terre ; tes os sont desséchés, ton sang est glacé, tu n’as pas de regards dans ces yeux que tu fixes sur moi...
‘ Tout ce qu'ose un homme, je l’ose. Approche sous la forme de l’ours de Russie, du rhinocéros armé, du tigre d'Hyrcanie ; prends quelque forme que ce soit, excepté celle-ci, mes nerfs n’en seront point troublés. Ou bien, vis de nouveau, et défie-moi au désert avec ton
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épée ; et alors, si je fuis devant toi, dis hautement que je suis le marmot d’une petite fille. Loin d’ici, ombre terrible... (L'ombre disparait.)
Mais la mort de Banquo ne suffit pas à rassurer Macbeth ; et la génération du crime se poursuit, en même temps que les meurtres deviennent de plus en plus horribles.
‘“ Les choses commencées dans le mal se raffermissent par le mal, dit Macbeth. Je suis avancé si loin dans le sang que reculer serait aussi plein d’ennui que pousser en avant.”
C'est Macduff, son ancien compagnon d’armes resté fidèle au roi défunt, qui lui fait peur maintenant, et il va consulter les sorcières à ce sujet.
Ces messagères du démon lui répondent de se méfier de Macduff; mais en même temps, elles le rassurent en lui disant : ‘* Macbeth sera invincible tant que la grande forêt de Birnam ne gra- . vira pas, pour le combattre, la haute montagne de Dunsinane.”
Comme cette marche d’une forêt ne lui
paraît pas possible, et qu’il a foi entière dans les prédictions des sorcières, il devrait être rassuré ; mais une vision terrible vient le troubier <ncore. Huit rois paraissent tout à coup, et défilent dans l’ombre, suivis par le fantôme de Banquo. C'est la lignée royale de son ancien ami.
Pourtant ses terreurs ne le convertissent pas, êt il est décidé d'aller surprendre le château de Macduff, et de passer au fil de l'épée, sa femme, ses enfants et toute sa race.
Ce projet sinistre est exécuté ; mais le brave Macduff, parti pour l'Angleterre, échappe à ce massacre ; et quand il apprend son malheur et qu'il songe à sa vengeance contre Macbeth, il prononce cette parole à la fois terrible et sublime : “Il n’a point d'enfants ! ”
Pendant que le roi d'Ecosse poursuit la série de ses crimes avec une recrudescence d'énergie et de force, lady Macbeth, en proie au trouble de sa conscience, est devenue folle. Ici encore, le poète a démontré sa profonde connaissance
de la natnre humaine. Lorsque Macbeth faiblissait dans le voie du crime, c'était sa femme qui le soutenait, et qui semblait au-dessus de toute défaillance. Mais quand il a recouvré tout son courage, quand il s’est endurci au crime, c'est elle qui faiblit, et qui perd le sentiment de la réalité.
Cet être féminin est tout nerfs, et ses nerfs lui donuent pendant quelque temps une force supérieure à celle de l’homme. Mais dans cet effort ses nerfs se sont brisés, et elle est redevenue un être faible. Les tortures de sa conscience se trahissent dans des scènes de <omnambulisme effrayant.
La malheureuse reine se lève la nuit, et se
frottant les mains comme pour les laver, elle dit : ‘ Il y a toujours une tache... Va-t'en, maudite tache... va-t'en, te dis-je. — Une, deux heures.— Allons, il est temps de le faire.—Il est nuit dans l’enfer. — Fi, Monseigneur, fi! Un soldat, avoir peur ! qu’avons-nous besoin
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de craindre quand personne n’aura plus à nous demander de comptes à nous tout-puissants ?
‘“,..Mais qui eût pu penser que le vieillard eût encore tant de sang dans lui ?—-Le thane de Fife avait une femme : où est-elle maintenant? Quoi! ces mains ne seront donc jamais propres ! Là encore l'odeur du sang.—Tous les parfums de l'Arabie ne désinfecteraient pas cette main si petite.—Oh! Oh ! Oh! — Lavez
‘vos mains, mettez votre robe de nuit ; n’ayez
pas l’air si pâle. Je vous le dis encore une fois, Banquo est enterré. Il ne peut plus sortir de son tombeau... Au lit, au lit ! On frappe à la
porte: venez, venez, donnez-moi votre main.
Ce qui est fait ne peut pas être défait. Au lit, au lit,au lit!”
Le trouble mortel est si profond dans cette femme coupable que ses forces physiques en sont brisées, et elle meurt. .
Macbeth, qui ne croit plus qu’à l’enfer, n’est plus effrayé de rien. Toutes les mauvaises nouvelles ne font que l’effleurer, et quand on
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msi demie ranetnteumntt he ie id) dé ES SRE LE TN RQ AAC OU APTE ANR EEE DRE RTE PE EP A RE ARRET
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lui annonce que Macduff s’avance à la tête d'une armée, il ne craint rien, parce qu’il croit toujours, selon la prédiction des sorcières, qu’il sera invincible tant que la forêt de Birnam ne marchera pas vers son château.
Mais tout à coup un messager vient lui annoncer que la forêt de Birnam s’est mise en mouvement. Alors Macbeth entre en fureur, et il sort de son château en criant : ‘“ Aux armes !” Il court au devant de l’ennemi, et il se bat’ comme un lion.
Il est enfin tué par Macduff; le jeune Malcolm, fils du roi Duncan, est proclamé roi, et Macduff rentrant avec la tête de Macbeth au bout d'une lance, le salue et lui dit : “ Regarde, je tiens la tête maudite de l’usurpateur. ”
Tel est le dénouement de ce grand drame, que nous considérons comme le chef-d'œuvre de Shakespeare, et comme la peinture la plus saisissante de la conscience qu’un poète ait jamais pu faire.
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qu'il Ajoutons encore quelques considérations gé-
RAS nérales pour compléter ce travail. ?
Le théâtre de Shakespeare est national, et il
HUE a mis sur la scène toutes les classes de sa
RER nation. C’est une de ses supériorités sur Cor-
au N neille et Racine, dont les personnages sont pris
es!” en pays étranger, et dans les hautes classes seu-
lement.
Dans la plupart de ses drames et comédies, Shakespeare a pris ses personnages dans l’histoire de son pays ; et il met en scène, non seulement les rois et les grands seigneurs, mais le peuple lui-même avec sa mobilité et ses caprices, " avec son gros bon sens et son langage vulgaire. ;
Sous ce rapport, il pousse même l’amour de la vérité trop loin, et quand il veut peindre un personnage de bas étage, il se croit obligé de descendre jusqu’à la vulgarité grossière et au mauvais goût. Shakespeare a été réaliste trois siècles avant Zola, mais il n’est pas tombé dans À les mêmes excès. :
DU LU (fl
fai 156 LES GRANDS DRAMES
Chose curieuse, ce grand poète à l'imagination si puissante, n’in ’ente presque rien en fait d'intrigues, ni dans ses comédies ni dans ses drames. Il ne paraît pas s'en préoccuper.
Les situations qu’il met en scène, il les tire tantôt des chroniques de son pays, tantôt des Fa ) romans italiens du moyen âge. Il ne s'inquiète
, pas d'en mêler les fils, d'en compliquer la trame, ni même d'en dénouer habilement le nœud. Il semble dédaigner ces moyens de captiver le spectateur.
Mais en revanche, quel art dans le dessin des
15 caractères ! quelle force dans l'expression des
4 sentiments de l'âme! quelle étude profonde de
ii la nature humaine ! quelle verve et quel esprit
dans le dialogue ! quelle fécondité dans la création des types, qui sont à la fois de leur siècle et de tous les siècles !
Le théâtre de Shakespeare forme une épopée terrible et sombre, traversée par des éclairs ;
mais à la lueur de ces éclairs on voit verdoyer
PMR MEME An LEA Dr AE DE NOR M ERA AN EN NE AA PTE RTE ï NNTADE 1 ! : [ 1° 487 . 4 '
SHAKESPEARE 157 gina- des pastorales, sourire des idylles, s’ébattre les 1 fait | plus idéales fantaisies.
s ses C'est en même temps un tableau presque com- | plet de la vie humaine, gai et folâtre au début, s tire sérieux au milieu, triste à la fin.
t des L'amour et la gaieté animent ses premières coquiète | médies. Ses #umouristes sont charmants, et leurs rame, | épigrammes sans amertume. C'est par là que d. Il se distinguent Beaucoup de peine pour rien ver le Much ado about nothing), et Peines d'amour 1 | perdues.
in des Dans Comme il vous plaira (As you like it),
n des l'ironie devient amère, et /’hwmouriste se fait is de | misanthrope. C'est que le poète avance dans la
esprit | vie, et en subit les misères.
créa- Dans Æamliet, ce n'est plus de l'ironie, c'est du siècle sarcasme. Le mépris de l'humanité se mêle au
scepticisme et s’exalte jusqu’au blasphème,
popée ; Naturellement, et comme tous les poètes,
lairs ; Shakespeare a mis beaucoup de lui-même dans
rdoyer ses œuvres. Il a exprimé souvent ses propres
sentiments, ses émotions, ses opinions ; souvent
ee = =
aussi il a dû faire la peinture de ses propres passions, et des situations dans lesquelles il s'est trouvé.
Mais il serait faux d'en conclure, avec certains critiques, que Shakespeare a fait son propre portrait dans Æamlet ou dans Æenri V.
On trouve d’ailleurs dans ses œuvres les caractères les plus variés, les plus disparates, les plus contradictoires ; et tous sont peints avec la même vérité, la même conviction, la même richesse de couleur ; de sorte qu’il est impossible de dire quand le poète se peint lui-même, et quand il reproduit les créations de son génie.
La vie de Shakespeare ne peut nons éclairer là-dessus ; car nous en connaissons peu de chose, et ce qûe nous en connaissons est tout ce qu'il y a de moins extraordinaire et de moins
tourmenté.
Une chose certaine, c’est que ‘on théâtre est une peinture des n de son époque. Il res-
semble à la Tour de ondres, qui r18selait alors de sang.
>s pas- Ses contemporains envisageaient la mort et il s’est l’autre vie avec terreur. Pendant que les races
latines ressuscitaient les divinités païennes de la ertains Grèce, on croyait, en Angleterre, aux sorcières et e por- aux revenants.
En Italie on voyait tout en rose, et l’on mou-
carac- rait le rire aux lèvres ; mais en Angleterre on es plus voyait tout en noir, et l'esprit public était en- ñ vec la veloppé de crêpe.
Jamais on n'avait vu tant de bûchers ni d’échafauds ; jamais on n'avait vu mourir tant de reines, de ducs, de comtes, d'évêques, de riches et de pauvres, de coupables et d’innocents.
Tout homme s'attendait à mourir de mort viojente ; et tout assassiné revenait sur la terre dénoncer son assassin, et poursuivre sa vengeance.
En même temps, Shakespeare et ses amis, mêlés au monde du théâtre, coudoyaient constamment la misère et le crime ; et ceux qui obtenaïient le plus de succès au théâtre avant Shakespeare, et que l’on considère comme ses précurseurs, étaient des révoltés qui croyaient rele-
+ De:
ds)
em
ver le vice par l’orgueil, et le crime par la grandeur.
Les plus remarquables furent Marlowe, qui est l’auteur d'un Fuws/ très fortement conçu, et Green dont l’histoire est vraiment lamentable.
Les maîtres de Shakespeare er Angleterre paraissent avoir été Lyly et Marlowe.
Au premier il a emprunté le genre bel esprit, la plaisanterie un peu maniérée, les jeux de mots brillants, tout ce qu’on appelait alors l’euphuisme.
Au second, il a pris le ton tragique, le mouvement dramatique, le goût des situations terribles et des catastrophes sanglantes, le spectacle des passions extrêmes et des fureurs sauvages ; enfin tout ce qui émeut profondément, fait pleurer et terrifie la foule.
Mais Shakespeare ne s’est pas contenté de ses compatriotes comme modèles. Les nombreuses réminiscences classiques qui émaillent ses premières œuvres, témoignent qu’il a étudié beaucoup les Grecs et les Latins.
à gran-
re, qui içu, et ntable.
rleterre
esprit, ‘ux de rs l’eu-
mou- S terrispectasauva-
t, fait
té de nomaillent étudié
ee ge ee me
Sa parenté avec Eschyle est frappante. T ous
deux ont les mêmes traits distinctifs, l’originalité et la force du style, le choc des constrastes et des antithèses, l'abondance et la sublimité des images, les couleurs sombres et terribles du drame.
Comme Eschyle, Shakespeare laisse aux morts dans leur tombeau une espèce de vie spectrale, et il les fait apparaître quand ils ont à réclamer vengeance.
Comme le poète grec, il croit que le sang appelle le sang : et Hamlet venge son père comme Oreste venge Agamemnon.
Lady Macbeth et la reine, mère d'Hamlet, sont des photographies de Clytemnestre, mère d'Oreste. Elles font comme elles des songes effrayants, et la reine d’Argos a dit avant lady Macbeth cette parole terrible : “ Les fleuves rassembleraient leurs eaux qu'ils ne laveraient point cette main qu'a souillé le meurtre ! ”
Comme Eschyle, Shakespeare se fait rarement l'écho des sentiments tendres. Ce sont les
sa dde mégane tamse te doseméreent mens ment entier dnhnte Géré Péri tirent tte cn ee rémraieidis
162 LES GRANDS DRAMES passions violentes qu'il aime à peindre, telles que la colère, la haine, l'ambition ; et nul n’a plus profondément creusé la perversité du cœur humain.
Comme Eschyle, Shakespeare ne recule pas.
devant une parole crue ou obscène, quand il y a lieu de croire que son personnage pourrait employer cette expression ; car il tient à ce qu’on croie à la vérité de ses types, soit qu'ils appartiennent au monde réel, soit qu'ils habitent le monde idéal. Ariel descend des hauteurs, et Caliban monte de l’abîme. L'un vole, et l’autre rampe ; et Shakespeare veut qu'ils soient tous deux vrais.
On a peine à finir quand on parle de ce prodigieux génie.
J'ai dit que Shakespeare est bien de son époque et appartient bien à la race anglo-saxonne ; et cependant, ce qui fait sa grandeur exceptionnelle, c’est qu'il est universel.
pas il y arrait
à ce
qu’ils.
habihau-
vole, qu'ils
Tout en étant de son pays et de son temps, son œuvre est de tous les âges et de tous les pays.
A l'évocation de son génie, tous les siècles et toutes les races surgissent devant lui, lui montrent des spectacles différents, et parlent des langues qui leur sont propres. Il appelle les morts et leurs ombres apparaissent. Il dit aux esprits de l’abime : “ Venez ! ” et les sorcières de Macbeth répondent à sa voix, sous des formes aériennes mais visibles.
Les époques primitives ensevelies dans la nuit des temps revivent dans le drame shakespearien, comme ‘dans un musée de fossiles.
Mais l’âme qui anime ces héros préhistoriques est la même que la nôtre, et nous y retrouvons, sois des formes différentes, les mêmes passions, les mêmes faiblesses et les mêmes mystères.
Caliban et Macbeth représentent la barbarie, comme Mercutio et Bénédict représentent la civilisation. Hamlet est l’homme du Nord, comme Othello est l’homme du Midi. L’'antiquité, dans
Jules César et Coriolan, et le moyen âge dans (t le Marchand de Venise passent tour à tour sous | nos yeux. | Hamlet est la personnification du sceptique et du pessimiste modernes. Roméo et Juliette chantent l'éternelle jeunesse de l'amour. Ses ‘héroïnes sont tantôt des anges, et tantôt des démons, et incarnent successivement toutes les vertus et tous les vices.
Ajcutez à cela les peintures les plus idéales de la nature physique, mille fleurs délicates au milieu des forêts, où mugit l'ouragan, et vous aurez une idée peut-être de ce génie complexe et varié, dont l'Angleterre a droit d'être si fière, mais qui appartient à l'humanité.
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Suivant le plan que nous nous sommes tracé,
et pour atteindre le but que nous nous proposons dans cet ouvrage, c’est surtout au point de vue psychologique et moral que nous allons étudier Faust, et, pour en mieux juger, nous jetterons un coup d'œil scrutateur dans la vie de Gœæthe lui-même.
Mais nous toucherons aussi au côté littéraire de son œuvre, et pour procéder avec ordre, nous l’analyserons d’abord en en signalant brièvement les beautés et les défauts.
Le drame de Faust a deux prologues. Le prologue sur le théâtre est une critique littéraire où
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se heurtent des théories plus ou moins vraies, quelques observations très justes,des épigrammes plus ou moins piquantes, et des idées assez originales,
Le directeur du théâtre soutient qu'il faut sacrifier à l'opinion, et plaire au public. La foule veut du mouvement, des tableaux variés et merveilleux qui excitent le plaisir des yeux: il faut lui en donner.
Elle veut être émue : donnez-lui des émotions violentes, n'importe comment, par la peine ou par le plaisir. Entassez les événements pêlemêle, excitez la curiosité, versez-lui des liqueurs fortes.
Le poète proteste, et refuse de profaner le plus noble des dons qu'il ait reçus de la nature ; mais le directeur insiste et termine en disant : ‘“ N'épargnez ni décorations ni machines. Faites paraître et le soleil et la lune ; semez les étoiles à pleines mains ; usez à discrétion des eaux, des feux et des rochers, des bêtes féroces et des oiseaux de proie. Entassez sur les planches du
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théâtre toutes les merveilles de Ja création, et parcourez d’un vol rapide les cieux, la terre et les enfers.”
Eh bien! Guwthe a trop suivi ce conseil. Il a obéi servilement à cette direction, et son Faust est plus une féerie qu’un poème. Je l’ai vu jouer un jour en Angleterre, et la salle était remplie d'enfants qui s’'amusaient certainement plus que les adultes, tant la féerie y occupe de place.
Le prologue dans le ciel rappelle tout à fait le Livre de Job, mais avec plus de pompe, plus d'éclats de trompettes, plus de bruit de cymbales. Comme dans le livre de Job, Satan se présente devant Dieu et lui parle de l’homme qu’il appelle Ze petit dieu du monde, par dérision. Dieu lui demande alors s’il connaît Faust, son serviteur ; et Méphistophélès sollicite et obtient la permission de le tenter, et de le détourner de la voie droite.
Mais ce colloque est précédé de strophes pompeuses déclamées par des Anges dont Satan se moque. Le poète y accumule le merveilleux et
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met tous les éléments en action, tandis que Job débute avec une simplicité étonnante.
Voyez plutôt ce début de Job :
Sur la terre de Hus, sous le ciel d'Orient,
Un homme, nommé Job, vivait simple et croyant ;
I] craignait le Seigneur, chérissai. la justice,
Et fuyait avec soin l’ombre même du vice.
Sa famille comptait trois filles et sept fils ;
Pour fortune il avait sept milliers de brebis,
Et trois mille chameaux, outre cinq cents ânesses ;
Cinq cents couples de bœufs complétaient ses richesses. De nombreux serviteurs remplissaient sa maison,
Et dans tout l'Orient célèbre était son nom... (1)
Dans Job, Satan parle à Dieu comme il convient, tandis que dans Faust il s'exprime comme un farceur, un histrion de bas étage.
Quand on fait une comédie, ilest naturel qu’on rie, et qu’on s’efforce de faire rire. Encore convient-il qu'on ne rie pas toujours. Car enfin le théâtre doit montrer la vie humaine telle qu’elle est, et tout n’est pas gai dans la vie. Il y a dans
(1) Nous empruntons cette traduction à M.l’abbé de Montmélian.
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Job notre existence tant de luttes, tant d'épreuves, tant de sacrifices ! Nous sommes enveloppés de à tels mystères ; et nous marchons vers un inconnu si redoutable qu’il faut bien y songer, et s’inquiéter un peu de ce qui est vrai, de ce qui est juste, de ce qui est notre devoir aujourd’hui, de ce qui sera notre sort demain.
Mais c’est dans le drame surtout, et particulièrement lorsqu'on met en présence Dieu et les
sses. L ; +21 anges, qu’il convient d’être sérieux.
Gœthe n’a pas compris cela, et je n'hésite pas du à dire qu'il y a là une faute contre le goût ; je ne parle pas des convenances. Voici les badipis nages grossiers qu'il met dans la bouche de hu Satan parlant à Dieu :
“Si vous me livrez les vivants, je suis content de de ma part : c'est surtout aux joues rondes et di k “e fraîches que je m’attache volontiers. Les morts : je ne m'en soucie guère, et je suis pour leurs Lis carcasses comme les chats pour les souris...” à Plus loin, Satan dit en parlant de Dieu : :
‘J'aime à visiter de temps en temps le bon
vieillard, et je me garde bien de rompre avec lui. C'est en vérité fort bien de Ja part d’un aussi grand personnage de parler au diable luimême aussi familièrement ! ”
La donnée du drame n’a rien de neuf au fond, et Gœthe ne l’a pas inventée, La légende du docteur Faust est très connue, très populaire en Allemagne, et dès son enfance Goœthe la voyait représenter sur un théâtre de marionnettes et la jouait lui-même sur une petite scène que sa grand’mère avait mise à sa disposition, Quant aux malheurs de Marguerite, ils sont aussi vieux que le monde. Hélas! depuis que le monde existe, il y a des jeunes filles qui sont séduites, abandonnées par leurs séducteurs, et qui tuent leurs enfants.
Gœthe n'avait qu’à se rappeler ses souvenirs personnels, comme nous le verrons plus loin,
pour représenter sur la scène ces amours cou-
pables.
Mais si Gœthe n’a pas inventé le fond de son drame, il lui a donné la forme et la vie, et c’est là
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GŒTHE 171 avec ce qu'on appelle créer, dans l'esthétique de l’art. d'un Dieu seul crée la matière de rien. Le génie hule lui- main prend la matière toute faite ; il la façonne,
lui donne un corps, et il en fait un type dans fond, lequel les autres hommes se reconnaissent. Tout de du l'art est là ; et voilà ce qu'a fait Gœthe. Esquisire en | sons maintenant la pièce.
voyait Faust a beaucoup étudié, et la fréquentation tes et des livres l’a conduit au mépris de la science et [ue 58 à l'ennui. Comme Salomon qui, lui, avait trop uant | fréquenté les femmes, il est convaincu que fout vieux | est vanité.
onde Alors que va-t-il faire ?
luites, S'il avait la foi il se tournerait vers le ciel, tuent puisque la terre ne lui sourit plus. Mais il ne croit pas, et, malgré toutes ses recherches et ses enirs 1 études, il n’a pas trouvé la vérité.
loin, | Cependant un instinct secret, un sens intime S cou- | dont la nature lui est inconnue, l’avertit qu'il y
a un autre monde que ce monde matériel qui
de son s'agite sous ses yeux. Il veut s'élever au-dessus est là
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de la matière, il aspire à cet inconnu que les savants incrédules appellent l’aw de/à.
Alors il veut se jeter dans la magie. Il adresse des invocations à la lune et à l’harmonie universelle des mondes. Il sent que des puissances invisibles l’entourent, que des esprits mystérieux voltigent autour de lui. Il fait des signes cabalistiques, il prononce des formules d'évocation, et l'Esprit de la terre lui apparaît.
Cette vision l'épouvante d’abord, mais il s’y habitue, et commence à causer avec lui, lorsque son élève Wagner vient interrompre leur col.
loque, et provoquer une leçon d’éloquence qui arrive dans le drame comme les cheveux sur la soupe.
Quand il se retrouve seul, Faust reprend ses divagations plus ou moins philosophiques, et se verse enfin un poison qui va lui ouvrir, pense-til, les sphères mystérieuses d’un autre monde.
Mais au moment où il porte la coupe à ses lèvres, un chœur d’anges entonne l'hymne du triomphe : Le Christ est ressuscité. Les cloches
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ue les annoncent à toutes volées l'aurore du grand jour de Pâques, Je suis prêt à reconnaître qu’il y a dresse dans cette hymne de Pâques, quelque chose de ie uni- plus grand et de plus dramatique que les chants, sances très jolis néanmoins, de l'opéra français de térieux Gounod.
| caba- Au chœur des anges succède un chœur de cation, femmes, et Faust est touché. La foi de ses jeungs années se réveille au fond de son cœur. Les il s’y douces croyances qui ont hercé son enfance
orsque jettent un pâle rayon de lumière dans la nuit
qui l'enveloppe, et le rattachent à la vie.
“Chants célestes, s'écrie-t-il, puissants et doux, pourquoi me cherchez-vous dans la poussière ? Faites-vous entendre aux hommes simples de cœur. Je sais la nouvelle que vous annoncez, mais la foi me manque, et le miracle est l'enfant chéri de la foi. Je ne puis m’élever jusqu’à ces sphères d'où la bonne nouvelle nous est envoyée. Cependant, habitué dès ma jeunesse à l’harmonie de ces cantiques, ils me rappellent à la vie. Autrefois, pendant la tranquille solennité du
dimanche, un baiser plein d'amour descendait sur moi du haut du ciel. L'harmonie majestueuse des cloches remplissait mon cœur d’une piété tendre, des désirs d’une incroyable douceur m’appelaient au sein de la nature: dans les forêts, sur les prairies, je versais des larmes brûlantes, et je sentais un monde s’agiter dans mon cœur. Ces cantiques annonçaient à la jeunesse ses innocents plaisirs, les jeux de la fête du printemps. Ces souvenirs me rappellent aux émotions de mon enfance; ils me retiennent au moment où j'allais franchir le dernier pas. Ah! faites-vous entendre encore, cantiques pleins d’une douceur céleste ! Mes larmes coulent, la -vie m'a reconquis.”
Suit un tableau qui est censé représenter la vie journalière de toutes les classes de l’humanité, mais qui ressemble beaucoup à un horsd'œuvre.
Puis, Faust retombe dans ses rêveries, et demande aux puissances mystérieuses de lui donner des ailes pour s'envoler dans les espaces
infinis.
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Soudain un chien barbet lui apparaît, le suit, se métamorphose, et devient Méphistophélès, l'Esprit de néution.
J'avoue que ce chien barbet ne me dit rien, et que j'aime mieux la scène de l'opéra français où l’on voit Satan surgir soudainement de terre à l'appel de Faust.
Après quelques enchantements, pendant lesquéis Satan offre aux regards de Faust toutes les images de la volupté et du plaisir, il laisse retomber le vieux philosophe dans son désespoir.
Alors Faust maudit la vie et tout ce qu’elle peut donner.
‘ Je maudis le dédaigneux orgueil de l'esprit qui prétend se suffire à lui-même ; je maudis l’éclat des apparitions qui de toutes parts pressent et éblouissent nos sens. Maudites soient à jamais ces illusions mensongères de gloire et d’immortalité ! maudit soit tout ce que l’homme possède ici-bas, tout ce qui flatte ses désirs, et le bonheur d’un père, et celui d’un époux, et les trésors et les esclaves ! Maudit soit Mammon, le
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