‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 47 sur 96 · LE CID · texte numérisé non relu

LE CID

Eschyle avait ressuscité les Titans des époques primitives. Corneille est allé chercher son héros parmi les géants des âges chevaleresques.

Quand le Cid parut, on crut voir la chevalerie renaissant de ses cendres, paradant fièrement sur la scène française, et prêchant au peuple de Charlemagne le vieil honneur et la vieille foi

de ses ancêtres.

Mais le Cid du romancero était encore barbare. Il avait quelque chose de la bête fauve, et son épée ne lui paraissait belle que teinte de sang.

Quand il apporta la tête sanglante de don Gomez à son père qui était à table, celui-ci se leva et lui céda sa place en disant : ‘ Celui qui apporte une telle tête doit être à la tête de ma maison.” |

Sa grande épée T'izona était surnommée /e#-

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ragée, et ilen avait une autre qui n'était pas | moins meurtrière. Il leur disait 4 toutes deux :

‘ De vous je ne fis jamais des lâches, je vous ai

toujours bien nourries de sang sarrasin.”

)0- Le roi lui disait: ‘“ Vous avez, Cid, la figure on d’un homme et la conduite d’un tigre... Pour es. la première bagatelle, vous feriez de l’église un rie | champ de bataille.” | nt Dans une solennité à Saint-Pierre du Vatican, de le Pape ayant donné la préséance au roi de foi France sur le roi d’Espagne, le Cid prit le fauteuil d'ivoire où le premier devait s'asseoir, et ar- le brisa en morceaux. Un jour, un lion s’échappa et de sa cage et entra en mugissant dans le palais de ; du roi. Tous s’enfuirent. Mais le Cid s’avança au-devant du lion, lui parla d’un ton qui le fit on 1 = trembler, et le prit dans ses bras pour le reporter se dans sa loge.

qui Tel est le Cid du romancero.

a Tout en s’efforçant de ne rien ôter à 5a taille,

Corneille eut le soin de le civiliser. Le grand D ‘siècle n'aurait pas toléré sa sauvageric et ses rudesses.

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Cependant, il garde encore le type espagnol, et ressemble plus à Gonzalve de Cordoue qu’au grand Condé.

Le Cid, c’est l'Espagne chevaleresque et chrétienne, enthousiaste et croyante, ayant le culte de l’honneur, de la patrie, de la religion, et poursuivant contre Islam sa lutte huit fois séculaire.

Le Cid, c'est la génération héroïque et guerrière qui ne connaît pas encore la gloire artistique, qui ne sait manier ni le pinceau ni le ciseau, qui ne sait pas encore chanter et qui peut à peine écrire, mais qui aime le Christ et l'Espagne, qui veut affranchir sa patrie du joug de l’infidèle, et qui sillonne des éclairs de son épée les ombres que le mahométisme a répandues sur elle.

Dès la quatrième scène du drame, deux preux chevaliers se prennent de querelle, et l’on sent passer dans l'air un souffle d'orage. Le choc de leurs paroles ressemble à un choc d'épées. L'un d'eux, vieux capitaine en retraite, est le père du Cid, et se nomme don Diègue ;

KE retit gs 4 AO NE Lu. UC Out PME sobonites —— CORNEILLE 251 ol, KE qu'au l’autre, comte de Gormas, encore dans la force de l’âge et couvert de lauriers militaires, est le sunde père de Chimène, fiancée du Cid.

culte Tous deux ont convoité la place de gouverpour- 1 neur du prince de Castille, et c'est don Diègue, laire. père du Cid, qui l’a obtenue.

guer- Son rival en est jaloux, et sans égard pour les artis- cheveux blancs et la gloire du vieux chevalier, ni le il lui engendre querelle.

t qui | Ecoutez ce dialogue où la courtoisie répond ist et d’abord à l’insolence, la dignité calme à l’orgueil { joug aigri, mais qui finit per une série de répliques | son brûülantes où l’on croit entendre le cliquetis des épan- armures : à LE COMTE.

deux Enfin vous l’emportez, et la faveur du roi ; et l'on Vous élève en un rang qui n’était dû qu’à moi : e. Le 11 vous fait gouverneur du prince de Castille. choc DON DIÈGUE, traite,

Cette marque d'honneur qu’il met dans ma famille iègue ; ; Montre à tous qu'il est juste, et fait connaître assez Qu'il sait récompenser les services passés.

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