CORNEILLE 255 , DON DIÈGUE
€, L’éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan. LE COMTE.
Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge. LOÏ :
ace, DON DIÈGUE, Le roi, quand il en fait, le mesure au courage. LE COMTE, Et par là cet honneur n’était dû qu’à mon bras, ice.
DON DIÈGUE, Qui n’a pu l’obtenir ne le méritait pas.
LE COMTE
Ne le méritait pas! Moi!
DON DIÈGUE
Vous.
ligne.
LE COMTE, Ton impudence, Téméraire vieillard, aura sa récompense, (I! lui donne un soufflet.) Cet affront sanglant jette le noble vieillard san
dans une douleur sombre et terrible :
O rage! O désespoir ! O vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? Mon bras qu'avec respect toute l’Espagne admire, Mon bras qui tant de fois a sauvé cet empire, Tant de fois raffermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle et ne fait rien pour moi ?
Et regardant son épée, il lui dit :
Fer jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M'as servi de parade et non pas de’défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe pour me venger en de meilleures mains,
Ce dernier vers est un appel à son fils. Il paraît, et son père lui adresse cette apostrophe qui
ressemble à un outrage :
DON DIÈGUE, Rodrigue, as-tu du cœur ?
DON RODRIGUE
Tout autre que mon père l’éprouverait sur l’heure, répond l'enfant, sur un ton qui rappelle le
rugissement d’un lionceau. Le vieux lion reprend :
D UA 0 cle CR PE IST AL DÉDE dù MAT EU OT PATENT ARS APE PAPE ET AAA NN) TN CAE PA PEN RD NE
Je reconnais mon sang à ce noble courroux ; Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma s re
: Viens me venger. [honte ; S nire, | DON RODRIGUE,
De quoi ?
Loi ? DON DIÈGUE, D'un affront si cruel Qu’à l'honneur de nous deux il porte un coup mortel :
és D'un soufflet. L’insolent en eft perdu la vie, F ’
Mais mon âge a trompé ma généreuse envie ; Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir, Je le remets au tien pour venger et punir.
Va contre un arrogant éprouver ton courage :
. Il pa- Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage :
ee
phe qui Meurs ou tue, Au surplus, pour ne point te flatter, Je te donne à combattre un homme à redouter ; Je l’ai vu tout couvert de sang et de poussière, Porter partout l’effroi dans une armée entière, J'ai vu par sa valeur cent escadrons rompus ;
r? Et pour t'en dire encor quelque chose de plus, Plus que brave soldat, plus que grand capitaine, C'est.
are, DON RODRIGUE,
elle le De grâce, achevez,
ion re- DON DIÈGUE,
Le père de Chimène.
mms meme et mes ns entire proteins:
DON RODRIGUE, Le...
DON DIÈGUE
Ne réplique point, jé connais ton amour :
Mais qui peut vivre infame est indigne du jour ; Plus l’offenseur est cher et plus grande est l’offense, Enfin tu sais l’affront et tu tiens la vengeance : Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ; Montre: toi digne fils d’un père tel que moi, Accablié des malheurs où le destin me range, Je vais les déplorer, Va, cours, vole, et nous venge,
I} faut bien être un vieil hidalgo castillan du XIIe siècle pour parler ainsi quand on est père. Son fils lui est pourtant bien cher, mais l’honneur blessé fait taire ici l'amour paternel, et pousse l’enfant à la mort pour réhabiliter l’honneur.
Rodrigue reste seul, accablé sous le poids de la catastrophe, qui brise son cœur et détruit son amour ! Quel abîme s’est creusé soudain entre Chimène et lui! Quel combat s'engage entre son honneur et son amour !
L'un soulève son bras et l’autre le retient. Il
LP
ige.
an du père.
l'honel, et l’hon-
ids de 1itson entre
entre
ent. Il
faut trahir l'amour ou vivre déshonoré, renon-
cer au bonheur ou ternir sa gloire, Comme son père, il regarde son épée, et lui adresse la parole :
Digne ennemi de mon plus grand bonheur, Fer qui causes ma peine,
M'es-tu donné pour venger mon honneur ?
M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?
Enfin l'honneur l’emporte sur l'amour d’une femme, comme il l’a emporté sut l'amour paternel :
Allons, mon bras, sauvons au moins l'honneur, 4 Puisque après tout il faut perdre Chimène ; Oui, mon esprit était déçu, Je dois tout à mon père avant qu’à ma maîtresse : Que je meure au combat, ou meure de tristesse, Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
Je m'accuse déjà de trop de négligence ; Courons à la veangeance ; Et tout honteux d’avoir tant balancé, Ne soyons plus en peine, 4 Puisque aujourd’hui mon père est l'offensé, Si l’offenseur est père de Chimène,
C'est ainsi que le Cid s'élance, l'épée au
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poing, pour aller venger son père, et le rideau tombe sur ce premier acte, qui éclate comme une fanfare.
Au second acte, le ramier fidèle qui soupirait tendrement, apparaît métamorphosé en vautour qui a soif de sang ; ou plutôt, c’est un lionceau qui hérisse sa crinière, et rugit devant le père de sa Chimène adorée.
Le cartel est jeté fièrement, et fièrement accepté. Le vétéran fait le généreux, et voudrait épargner cet adolescent qui devait être son gendre, et qu’il n’a jamais vu les armes à la main.
Mais Rodrigue a des répliques terribles :
Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend point le nomire des années.
LE COMTE
Te mesurer à moi! qui t’a rendu si vain, Toi qu'on n’a jamais vu les armes à la main ? DON RODRIGUE,
Mes pareils à deux fois ne se font point connaître, Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître,
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Et les deux chevaliers s'en vont se battre.
La nouvelle du duel se répand en un instant, et jette la consternation dans le personnel de la cour. Le roi voudrait empêcher le combat, mais bientôt un seigneur entre en disant :
Sire, le comte est mort !
Et, l’instant d’après, Chimène et don Diègue viennent se jeter aux pieds de leur souverain ; la première, demandant justice et que son amant soit puni d’avoir tué son père ; le second, défendant son fils qui n’a fait que lui rendre l’honneur, et venger un affront sans excuse.
Quelle situation dramatique ! quelle lutte dans le cœur de Chimène, qui, pour venger son père, devra sacrifier le héros qu’elle s’est choisi pour époux !
Mais la noble fille n'hésite pas :
Sire, aire, jJUStiCE,..... ss sovsoe success vovssense D’un jeune audacieux punissez l’insolence :
Il a de votre sceptre abattu le soutien,
Il a tué mon père.
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Et don Diègue réplique :
Il a vengé le sien,
LELRALRRRLER ELLE LARAELELLLILLLEA) CTEILLLLLELLELELLE ] CELLIER LLZLX] CHIMÈNE.
Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu s0n sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc,
Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles,
Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles, Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux
De se voir répandu pour d’autres que pour vous, Qu’au milieu des hasards n’osait verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d’en couvrir la terre,
Et pendant que ‘cette espèce de procès se :
poursuit devant le roi, que fait Rodrigue? Il se dirige vers le palais même de celle qu'il adore, et bientôt il pénètre jusqu’auprès d'elle,
Il vient s'offrir lui-même à sa vengeance, et demande qu’elle le tue. Il a dû tuer son père pour venger le sien, et pour sauver son honneur ; maintenant, elle aussi doit venger son père, et il vient s'offrir à ses coups :
Je t’ai fait une offense, et j’ai dû m’y porter Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;
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