‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 50 sur 96 · DES · texte numérisé non relu

DES

Mais, quitte envers l'honneur et quitte envers mon père, À C'est maintenant à toi que je viens satisfaire :

C’est pour t’offrir mon sang qu’en ce lieu tu me vois, J'ai fait ce que j'ai dû, je fais ce que je dois.

Je sais qu’un père mort t’arme contre mon crime ;

Je ne t'ai pas voulu dérober ta victime :

, Ê Immole avec courage au sang qu'ila perdu

Celui qui met sa gloire à l’avoir répandu,

La réponse de Chimène trahit son double

chagrin ; mais l'honneur ne faiblit pas, et elle

comprend que la mort de son père doit entraîner la mort de son amant,

Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire ;

se : Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire : l se | Même soin me regarde, et j'ai, pour m’affliger, ore, Ma gloire à soutenir et mon père à venger. Cependant Chimène ne peut se faire elle- P, Ct même le bourreau du Cid :

père j ne Re Si tu m'offres ta tête, est-ce à moi de la prendre ? on- Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre ; son S C’est d’un autre que toi qu'il me faut l'obtenir,

Et je dois te poursuivre et non pas te punir.

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Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère, Je ferai mon possible à bien venger mon père ;

Mais malgré la rigueur d'un si cruel devoir, Mon unique souhait est de n’en rien pouvoir,

Pendant que ces deux nobles cœurs se désolent, tout en se soumettant à un rigoureux point d'honneur, don Diègue cherche son fils, qui est disparu après le combat, et, quand il le retrouve enfin, il le serre dans ses bras avec transport :

Ton illustre audace Fait bien revivre en toi les héros de ma race : C'est d'eux que tu descends, c’est de moi que tu viens ; Ton premier coup d'épée égale tous les miens ; Et d’une belle ardeur ta jeunesse animée Par cette grande épreuve atteint ma renommée, Appui de ma vieillesse et comble de mon heur, Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l'honneur, Viens baiser cette joue, et reconnais la place Où fut empreint l’affront que ton courage efface,

Quelle allégresse dans cette âme de père !

Mais quelle tristesse dans cette réponse du fils !

L'honneur vous en est dû, je ne pouvais pas moins, Etant sorti de vous et nourri par os soins ;

Je nven tiens trop heureux, et mon âme est ravie Que mon coup d'essai plaise à qui je dois la vie,

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Mais parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux,

Si je m'ose, à mon tour, satisfaire : nrès vous,

Souffrez qu’en liberté mon désesr oir éclate ;

Assez et trop longtemps votre discours le flatte,

Je ne me repens point de vous avoir servi,

Mais rendez-moi le bien que ce coup m'a ravi,

Mon bras, pour vous venger armé contre ma flamme,

Par ce coup glorieux m'a privé de mon âme ;

Ne me dites plus rien, pour vous j'ai tout perdu,

Ce que je vous devais, je vous l'ai bien rendu.

; Pour relever le courage de son fils et le dis-

! traire de sa douleur, le père lui propose une expédition : il veut mourir ; mais son roi et sa patrie ont besoin de son bras, et l’on vient d'apprendre que les Maures s'avancent contre Séville. Déjà leur flotte est signalée, remontant le Guadalquivir, et cinq cents chevaliers réunis n’attendent qu'un chef pour aller au-devant de ces terribles ennemis.

Là, si tu veux mourir, lui dit son père, trouve

une belle mort,

Prends-en l’occasion, puisqu'elle l’est offerte, Fais devoir à ton roi son salut à ta perte, Mais reviens-en plutôt les palmes sur le front, Ne borne pas ta gloire à venger un affront,

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Porte-la plus avant ; force par ta vaillance

Ton monarque au pardon, et Chimène au silence ;

Si tu l’aimes, apprends que revenir vainqueur

C'est l'unique moyen de regagner son cœur,

Mais le temps m'est trop cher pour le perdre en paroles ; Je t’arrête en discours, et je veux que tu voles ;

Viens, suis-moi, va combattre, et montrer à ton roi Que ce qu'il perd au comte, il le recouvre‘en toi,

Le Cid va donc combattre les Maures, les met en déroute, fait deux rois prisonniers, et revient couvert de gloire.

Quelle épreuve pour le devoir de Chimène !

Plus elle admire le héros, plus elle se sent faiblir. Mais elle se relève pourtant, et ne veut pas laisser la mort de son père impunie :

Silence, mon amour, laisse agir ma colère ;

S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père ;

Ces tristes vêtements où je lis mon malheur, Sent les premiers effets qu’ait produits sa valeur, Et, quoi qu'on dise ailleurs d’un cœur si magnanime, Ici tous les objets me parlent de son crime.

Vous qui rendez la force à mes ressentiments, Voiles, crêpes, habits, lugubres ornements, Pompe où m'ensevelit sa premire victoire, Contre ma passion soutenez bien ma gloire ;

Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir, Parlez à mon esprit de mon triste devoir.

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Mais voici l'infante elle-même qui vient conseiller à Chimène de ne plus demander la tête de Rodrigue,

Elle aussi aime le Cid; mais elle comprend qu'étant la fille du roi, elle ne peut pas épouser un simple chevalier, et elle combat son inclination, Pour en mieux triompher,elle a fait ce qu’elle a pu pour rapprocher le Cid de Chirnène et les unir, Car il y a partout dans ce beau drame, et entre tous les personnages, une lutte admirable de générosité, de noblesse et d'honneur.

L’infante veut donc que Chimène oublie l'offense, Elle lui représente Rodrigue comme le soutien et la gloire de la Castille, l'espérance et l'amour du peuple.

En un mot l'Espagne a besoin de cet homme :

demander sa tête serait anti-patriotique.

Et, si tu veux enfin qu’en deux mots je m'explique, Tu poursuis en sa mort la ruine publique.

Quoi ! pour venger un père est-il jamais permis De livrer sa patrie aux mains des ennemis ?

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C’est générosité quand pour venger un père, Notre devoir attaque une tête si chère ;

Mais c'en est une encor d’un plus illustre rang, Quand on donne au public les intérêts du sang,

Mais Chimène reste inflexible, et, malgré tout

son amour pour Rodrigue, elle demande au roi une nouvelle audience, pour obtenir justice

contre celui qui a tué son père. Le roi, pour l’éprouver, lui annonce tout d’abord qu’elle doit être contente, que Rodrigue a vaincu les Maures, mais qu’il est tombé sous leurs coups.

Chimëne se pâme. Alors le roi lui découvre la vérité et s'efforce de l’apaiser.

Mais ses efforts sont vains, et Chimène demande enfin que le roi lui permette de recourir aux autres chevaliers pour sa vengeance :

A tous vos chevaliers je demande sa tête ;

Oui, qu’un d’eux me l’apporte, et je suis sa conquête ;

Qu'ils le combattent, sire, et le combat fini,

J'épouse le vainquer: :i Rodrigue est puni, Sous votre autorité souffrez qu’on le publie,

Le roi refuse, mais le père de Rodrigue iner-

tout

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pour e doit aures, ouvre e de-

courir

quête ;

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vient, et s'oppose à ce que son fils soit soustrait aux coutumes établies. Il consent à ce qu'i subisse le sort corimun.

Alors le roi accède à la demande de Chimène, mais à la condition qu’un seul duel aura lieu. Le père de Rodrigue espère même qu'aucun chevalier n’osera se présenter pour lutter contre son fils. Mais voici que don Sanche, qui aime aussi Chimène, se déclare prêt à combattre pour obtenii sa main.

Tout est prêt pour le combat; mais don Rodrigue, convaincu que dona Chimène désire sa mort afin que son père soit vengé, est décidé de se laisser tuer par don Sanche, et il vient faire ses adieux à sa fiancée :

Je vais mourir, madame, et vous viens en ce lieu,

Avant le coup mortel, dire un dernier adieu,

Cet immuabie amour qui sous vos lois m'engage, N'’ose accepter ma mort sans vous en faire hommage.

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J'ai toujours même cœur ; mais je n’ai point de bras Quand il faut conserver ce qui ne vous plaît pas ; Et déjà cette nuit m'aurait été mortelle,

Si j'eusse combaitu pour ma senle querelle,

Mais, défendant mon roi, son peuple et mon pays,

A me défendre mal je les aurais trahis.

Mon esprit généreux ne haït pas tant la vie

Qu'il en veuille sortir par une perfidie.

Maintenant qu'il s'agit de mon seul intérêt, Vous demandez ma mort, j’en accepte l'arrêt ; Votre ressentiment choisit la main d’un autre,

Je ne méritais pas de mourir de la vôtre ;

On ne me verra point en repousser les coups ;

Je dois plus de respect à qui combat pour vous ; Et ravi de penser que c’est de vous qu’ils viennent Puisque c’est votre honneur que ses armes soutien

Chimène ne l'entend pas ainsi. Elle lui ré-

pond qu'il n’a pas seulement sa vie, mais aussi sa gloire à défendre ; et puisque l’honneur a été chez lui assez impératif pour lui faire tuer le

père de sa fiancée, il doit l'être encore assez pour ne pas le soumettre à une défaite qui

serait humiliante.

Mais Rodrigue réplique fièrement qu'il a fait assez pour prouver sa valeur, et qu’il peut mourir sans hasarder sa gloire :

On dira seulement : ‘11 adorait Chimène ; ‘6 ]] n’a pas voulu vivre, et mériter sa haine ;

< % ‘Il a cédé lui-même à la rigueur du sort

‘4 Qui forçait sa maîtresse à poursuivre sa mort :

‘< Elle voulait sa tête ; et son cœur magnanime,

‘# S'il l'en eût refusée, eût pensé faire un crime,

‘4 Pour venger son honneur il perdit son amour ;

‘° Pour venger sa maîtresse il a quitté le jour,

‘4 Préférant, quelque espoir qu’eût son âme asservie, ‘# Son honneur à Chimène et Chimène à sa vie.”

Alors Chimène ne peut plus contenir les

mouvements de son cœur :

Puisque, pour l'empêcher de courir au trépas,

11 ré- Ja vie et ton honneur sont de faibles appas,

aussi | Si jamais je t’aimai, cher Rodrigue, en revanche, Défends-toi maintenant, pour m’ôter à don Sanche,

Lit ps À nl , o . n .,

a té Combats, pour m'affranchir d'une condition

er le Qui me livre à l’objet de mon aversion,

Te dirai-je encor plus ? Va, songe à ta défense,

assez é , À ‘ Pour forcer mon devoir, pour m'imposer silence ; ] He is Et si tu sens pour moi ton eœur encore épris, Sors vainqueur d’un combat dont Chimène est le prix,

a fait

l À ces accents que l'amour vainqueur a pu mou-

seul dicter, don Rodrigue croit entendre la trompette donnant le signal du combat, et triomphant déjà, il s’élance en criant :

Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans,

Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants ;

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Unissez-vous ensemble, .et faites une armée

Pour combattre une main de la sorte animée ;

Joignez tous vos efforts contre un espoir si doux ;

Pour en venir à bout c’est trop peu que de vous,

Cependant le Cid ne veut pas tuer don Sanche, et il se contente de le désarmer :

Je laïsserais plutôt la victoire incertaine

Que de pandre un sang hasardé pour Chimène,

Mais quand don Sanche apparaît devant Chimène, pour lui annoncer la générosité du vainqueur, elle croit que son amant a été tué, et elle donne libre cours à sa douleur.

Enfin son erreur est bientôt dissipée ; don Rodrigue lui-même paraît, et le roi décide que dona Chimène est sa juste conquête et deviendra son épouse, mais dans ur an seulement.

Que fera le Cid pendant cette année d'attente ? Il ira combattre les Maures, multiplier ses exploits, et agrandir sa gloire.

Telest le dénouement de ce drame, dont les

admirables beautés font oublier les défauts.

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