FE
Que le courroux du ciel, allumé par mes vœux, Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes yeux y voir tomber la foudre,
Voir ses maisons en cendre, et ses lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause et mourir de plaisir !
s A A de ML TE ME À
Cette imprécation terrible jette Horace dans un accès de rage, et, tirant son épée, il poursuit sa sœur qui fuit, et la tue.
Quand on lui reproche son crime, il répond :
Qui maudit son pays renonce à sa famille ; De ses plus chers parents il fait ses ennemis...
Mais son père lui fait cette belle réplique :
Son crime, quoique énorme et digne du trépas, Était mieux impuni que puni par ton bras.
La tragédie devrait finir ici pour conserver l'unité d'action. Mais Corneille a cru devoir ajouter un cinquième acte, tout en reconnaissant qu'il brisait l’unité ; et il est difficile de ne pas lui pardonner quand on entend le vieil Horace plaider devant le roi la cause de son fils.
Quelle éloquence dans ces vers |
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Lauriers, sacrés rameaux qu'on veut réduire en poudre, Vous qui mettez sa tête à couvert de la foudre, L’abandonnerez-vous à l’infâme couteau
adre 24 à ; Qui fait choir les méchants sous la main d’un bourreau ?
Romains, souffrirez-vous qu'on vous immole un homme } Sans qui Rome aujourd’hui cesserait d’être Rome, " Et qu'un Romain s'efforce À tacher le renom \4 dans à : à } ; D'un guerrier à qui tous doivent un si beau nom ? La ursuit Dis, Valère, dis-nous, si tu veux qu’il périsse, fi Où tu penses choisir un lieu pour son supplice. cl Sera-ce entre ces murs que mille et mille voix d >Jond : ;
Font résonner encor du bruit de ses exploits ?
Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places
Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces ?
Entre leurs trois tombeaux, et dans ce champ d'honneur, e : Témoins de sa vaillance et de notre bonheur ?
Tu ne saurais cacher sa peine à sa victoire,
Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire, Tout s'oppose à l'effort de ton injuste amour, Qui veut d’un si bon sang souiller un si beau jour, NA
ever Albe ne pourra pas souffrir un tel spectacle, e. : levoir Et Rome par ses pleurs y mettra trop d’obstacle, Là inais- | à AR Le roi est touché, et il fait grâce au héros fa-
rouche qui a tué sa sœur.
Ho- q
n fils.
CINNA
Au point de vue littéraire, Ci#na est encore un progrès sur les tragédies que nous venons d'analyser, et plusieurs des critiques contemporains de Corneille ont été d'avis que cette œuvre du grand poëte était plus belle que toutes les autres.
Telle fut aussi l’opinion de Voltaire.
Ce qui me paraît certain, c’est que les vers en
sont plus faciles, le style plus correct, l’action
plus une et plus suivie, la trame mieux ourdie, et l'exécution plus parfaite.
Cette tragédie obtint un très grand succès, non seulement à cause de son mérite intrinsèque, mais aussi parce qu’elle avait une certaine actualité.
Une révolte avait éclaté à Rouen au sujet de certains impôts sur le sel, le cuir et le pain ; et Richelieu l'avait réprimée avec une énergie qui avait fini par être cruelle. Il y avait eu des con-
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CORNEI LLE 287 dannations à mort, des exécutions, des proscriptions, et la ville natale du grand poète en |
avait beaucoup souffert. | | encore Cinna, qui est le plus beau et le plus éloquent | venons éloge que l’on puisse faire de la clémence, arri- | €mpo- vait donc à propos, et si ce magnifique poème œuvre dramatique produisit peu d'effet sur le terrible es les cardinal, il eut un retentissement immense dans AR à le public. x:
On jugera facilement de l'effet qu'il dut ers en créer par la courte analyse que j'en vais faire action et les passages que je vais citer, 1 urdie, Emilie, dont le père, proscrit par l’empereur Auguste, est mort en exil, a juré de venger cette ccès, mort, et elle est entrée ardemment dans la con- ï jèque, juration de Cinna contre l'empereur. | actua- Mais, en même’ temps, elle aime Cinna, et À elle comprend bien que c’est au péril de sa vie ik et de qu’il marche à la tête des conjurés. Son amour ri ; et se trouve ainsi en conflit avec ce qu'elle croit “a qui | être son devoir, la vengeance. 3 con- | Cependant le devoir l'emporte : | 14
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Je l'ai juré, Fulvie, et je le jure encore,
Quoique j'aime Cinna, quoique mon cœur l'adore,
S'il me veut posséder, Auguste doit périr,
De son côté, Cinna est plein de zèle. Il a réuni les conjurés, et il leur a fait une peinture effroyable des crimes d'Auguste et des malheurs de la patrie. Il a rappelé les guerres civiles du triumvirat, et ces tristes batailles,
Où Rome, par ses mains, déchirait ses entrailles,
Où l'aigle abattait l’aigle, et de chaque côté
Nos légions s’armaient contre la liberté,
Il a raconté les actes de tyrannie, les proscriptions, les cruautés qui ont été pour Auguste les degrés sanglants du trône, et il a conclu en disant :
Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome,
Et son salut dépend de la perte d’un homme,
Si l’on doit le nom d'homme à qui n’a rien d’humain,
A ce tigre altéré de tout le sang romain.
Mais voici que Cinna, et Maxime, son com.
plice, sont mandés ensemble au palais, par ordre de l’empereur.
A cette nouvelle, Emilie craint que le complot