‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 54 sur 96 · LE VIEL HORACE · texte numérisé non relu

LE VIEL HORACE

Qu'il mourût !

Ou qu’un beau désespoir alors le secourût.

Neût-il que d’un moment reculé s: défaite, Rome eût été du moins un peu plus tard sujette. : Il eñt avec honneur laissé mes cheveux gris, Et c'était de sa vie un assez digne prix.

Il est de tout son sang comptable à la patrie, Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie.

. Mais bientôt un courrier vient annoncer au vieillard désolé comment son fils, après avoir fui pour diviser les trois Curiaces, est revenu sur ses pas, et est sorti vainqueur de la lutte :

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O mon fils ! O ma joie ! O l’honneur de mes jours! O d’un Etat penchant l’inespéré secours !

Vertu digne de Rome, et sang digne d’Horace | Appui de ton pays et gloire de ta race !

Tout à son triomphe, le vieux Romain semble oublier ses deux enfants morts, et il reproche ses larmes à sa fille Camille :

Ma fille, il n’est plus temps de répandre des pleurs. Il sied mal d’en verser où l’on voit tant d’honneurs ; On pleure injustement des pertes domestiques, Quand on en voit sortir des victoires publiques. Rome triomphe d’Albe, et c’est assez pour nous ; Tous hos maux à ce prix doivènt nous être doux.

En la mort d’un amant vous ne perdez qu’un homme Dont la perte est aisée à réparer dans Rome;

Après cette victoire, il n’est point de Romain

Qui ne soit glorieux de vous donner la main.

Mais Camille ne saurait se consoler ainsi :

On demande ma joie en un jour si funeste ;

I] me faut applaudir aux exploits du vainqueur, Et baiser une main qui me perce le cœur !

En un sujet de pleurs si grand, si légitime,

Se plaindre est une honte, et soupirer un crime ! Leur brutale vertu veut qu’on s’estime heureux, Et si l’on n’est barbare on n’est point généreux.

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La pauvre enfant ne sait pas encore jusqu’à quel point elle dit vrai en accusant la vertu romaine de cruauté; mais son frère Horace va l'en convaincre, hélas !

Tout enivré de sa victoire, et du sang qu’il vient de répandre, il se présente devant Camille, et il s’offense de ses larmes. Il les lui reproche amèrement comme une honte.

Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien,

lui réplique-t-elle, et s'exaltant peu à peu dans ï son. désespoir, elle exhale enfin contre Rome cette imnrécation restée fameuse :

Rome, l’unique objet de mon ressentiment !

Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant : sie Rome, qui t’a vu naître, et que ton cœur adore, ï Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore ! Puissent tous ses voisins, ensemble conjurés, # Saper ses fondements encor mal assurés !

Et si ce n’est assez de toute l'Italie,

Que l’Orient contre elle à l'Occident s'allie ; Que cent peuples unis des bouts de l’univers Passent pour la détruire et les monts et les mers ! Qu'’elle-même sur soi renverse ses murailles, Et de ses propres mains déchire ses entrailles !

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