‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 76 sur 96 · TARA · texte numérisé non relu

TARA

oie ap- gamemnon ; car il soupgonne bien qu’Achille repré- ne se laissera pas facilement ravir sa fiancée. at à sa Il dépêche donc en toute hâte un messager à la t sacri- rencontre de la reine et de sa fille pour les faire rebrousser chemin.

ur apai- Malheureusement elles se sont égarées en rendre route ; le messager du roi ne les rencontre pas, et l’on vient soudainement annoncer au malrorable. heureux père que son épouse et sa fille sont \ Thes- arrivées.

u’après Qu'on juge de ses anxiétés et de ses angoisses ! jonc sa Mais l’astucieux Ulysse lui donne à peine le sous le temps de réfléchir. Il le sollicite, 1l le presse, et, lument surexcitant de plus en plus son ambition, il lui mais en persuade que l’amour paternel doit céder le pas à l'amour de la patrie, et que la gloire lui fera à route, oublier sa douleur :

sc paté Je suis père, seigneur ; et faible comme un autre, retour. Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre : 1elques Et frémissant du coup qui yous fait soupirer, à k Loin de blâmer vos pleurs, je suis près de pleurer. ! le. Mais votre amour n’a plus d’excuse légitime ; Ÿ: s d’'A- E Les dieux ont à Calchas amené leur victime : f

RE € re ae ET eu re

CETTE EEE DNS dd rm A eq SP OP Sr Î | HAE * ÿ FR Î À

11 le sait, il l'attend ; ete’il la voit tarder, Lui-même à haute voix viendra la demander.

Nous sommes seuls encore ; hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre, Pleurez ce sang, pleurez ; ou plutôt, sans pâlir, Considérez l’honneur qui doit en rejaillir :

Voyez tout l’'Hellespont blanchissant sous nos rames, Et la perfide Troie abandonnée aux flammes,

Ses peuples dans les fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux ;

Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées, Dans cette même Aulide avec vous retournées,

Et ce triomphe heureux qui s’en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.

Ce discours habile a triomphé des dernières résistances du roi.

Agamemnon est décidé à sacrifier Iphigénie.

Mais il va sans dire que son cœur én souffre, et l'accueil qu’il fait à sa fille est triste et contraint. La pauvre enfant soupçonne qu'il y a là

quelque douloureux mystère.

Bientôt elle croit l'avoir deviné. Achille tarde beaucoup à paraître: ne manquerait-il pas à sa foi? N'aurait-il pas d’autres liens ?

Ses soupçons se changent en certitude lorsque

"NRA Le HréuRit 11 0 Ai DURE

rames,

mc mmqr ne cn ee nn ent ee ob eee

le messager envoyé par son père au-devant d'elle, revient et transmet à sa mère le message qu'il avait reçu du roi. Pour lés faire retourner à Argos, en effet, Agamemnon leur mandait par son messager, qu'Achille ne l’aimait plus et voulait maintenant épouser Eriphile.

Ce mensonge dont le père s'était servi pour éloigner et sauver sa fille, cause tout d’abord à celle-ci une vive douleur et une grande humiliation.

Mais la supercherie est bientôt découverte, car Achille vient enfin présenter ses hommages à la reine, et protester de son constant amour pour Iphigénie. Clytemnestre et sa fille sont ravies, et joignent leurs instances à celles d’Achille pour hâter l’hymen.

Pressé de tous côtes, Agamemnon joint la fourberie au mensonge. Il feint de tout préparer pour le mariage ; mais c’est le sacrifice qu’il apprête, de concert avec Ulysse et Calchas. Iphigénie sera conduite à l'autel, mais au lieu d’y

voir briller les flambeaux de l’hyménée, elle y trouvera Calchas armé du fer qui doit l’immoler.

Par bonheur, Arcas, auquel a été confié le secret de l’horrible complot, n’a pu garder ce secret jusqu'au bout; et trouvant Iphigénie, Clytemnestre et Achille réunis ensemble, se préparant pour la cérémonie, il leur a tout révélé.

La découverte de ce cruel stratagème les jette d’abord dans la stupeur. Mais, bientôt, l'étonnement fait place à la fureur dans le cœur de'la mère et du fiancé. Clytemnestre cherche son

époux pour lui exprimer sa douleur et sa colère ;

Achille jure qu’il vengera l’outrage qui lui est fait, et qu’il sauvera sa fiancée.

Seule, Iphigénie reste calme, et, malgré sa douleur poignante, elle est respectueuse et soumise aux volontés de son père. Elle supplie même Achille de l’épargner :

Songez, quoi qu’il ait fait, songez qu’il est mon père,

Mais Achille réplique fièrement :

me

elle y moler.

nfié le der ce génie, le, se a tout

:s jette l’étonr de'la e son olère ; lui est

wré sa

et souupplie

père,

etentenenat or rentre ot MAUDIT à

te me oo

Lui, votre père ? Après son horrible dessein, Je ne le connais plus que pour votre assassin,

Enfin, Clytemnestre et sa fille sont mises en présence d’Agamemnon, et Iphigénie lui dit :

Mon père, Cessez de vous troubler, vous n’êtes point trahi : Quand vous commanderez, vous serez obéi,

‘Ma vie est votre bien ; vous voulez la reprendre : Vos ordres sans détours pouvaient se faire entendre, D'un œil aussi content, d’un cœur aussi soumis

Que j’acceptais l’époux que vous m'aviez promis, Je saurai, s’il le faut, victime obéissante,

Tendre au fer de Calchas une tête innocente,

Et, respectant le coup par vous-même ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné. Mais à mon triste sort, vous le savez, seigneur, Une mère, un amant, attachaient leur bonheur,

Un roi digne de vous a cru voir la journée

Qui devait éclairer notre illustre hyménée :

Déjà sûr de mon cœur à sa flamme promis,

Il s’estimait heureux : vous me l'aviez permis,

Il sait votre dessein ; jugez de ses alarmes,

Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes, Pardonnez aux efforts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

sine ras p AREA Sd A UUR EE | PRE RIT DE PA PRIE ANR ME NT N : { M \

pu ARTE TANT PE NT NT

Agamemnon ne peut plus feindre. Mais il a donné sa parole à Calchas : il ne veut pas re-

culer :

Ma fille, il est trop vrai : j'ignore pour quel crime La colère des dieux demande une victime ;

Mais ils vous ont nommée ; un oracle cruel

Veut qu'ici votre sang coule sur un autel,

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières Mon amour n'avait pas attendu vos prières,

Je ne vous dirai point combien j'ai résisté : Croyez-en cet amour par vous-même attesté,

Ma fille, il faut céder : votre heure est arrivée; Songez bien dans quel rang vous êtes élevée ;

Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi ;

Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi. Montrez, en expirant, de qui vous êtes née ; Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée, Allez, et que les Grecs, qui vont vous immoler, Reconnaissent mon sang en le voyant couler,

Pâle et silencieuse comme une statue, Clytemnestre laisse parler son époux. Mais à la fin sa fureur éclate, et l’apostrophe qu’elle lui adresse

est une des plus éloquentes qui existent au théâtre :

‘à RAIMRTAPIT Œ ve PEAU

ais ila pas re-

ne

ue moi.

ytemfin sa Aresse

thé-

ET Lu DORTT AT INE RP PT EN AU R 07 0 UC

ee nee mme tm nt + 0 cp ee

Vous ne démentez point une race funeste ;

Oui, vous êtes le sang d’Atrée et de Thyeste : Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin

Que d'en faire à sa mère un horrible festin,

Barbare ! c’est donc là cet heureux sacrifice

Que vos soins préparaient avec tant d'artifice !

Quoi ! l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain N'a pas, en le traçant, arrêté votre main ?

Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? Pensez-vous par des pleurs prouver vous tendresse ? Où sont-ils ces combats que vous avez rendus ? Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus ? Quel débris parle ici de votre résistance ?

Quel champ couvert de morts me condamne au silence ? Voilà par quels témoins il fallait me prouver,

Cruel ! que votre amour a voulu la sauver,

Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre,

L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre ;

Tous les droits de l’empire en vos mains confiés, Cruel ! c'est à ces dieux que vous sacrifiez ;

Et loin de repousser le coup qu’on vous prépare, Vous voulez vous en faire un mérite barbare ; Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous envier, De votre propre sang vous courez le payer,

Et voulez, par ce prix, épouvanter l’audace

De quiconque vous peut disputer votre place, Est-ce donc être père ? Ah! toute ma raison Cède à la cruauté de cette trahison,

CE

Un prêtre, environné d’une foule cruelle, Portera sur ma fille une main criminelle, Déchirera son sein, et d’un œil curieux

Dans son cœur pelpitant consultera les dieux ! Et moi, qui l’amenai triomphante, adorée,

Je m'en retournerai seule et désespérée !

Je verrai les chemins encor tout parfumés

Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés ! Non, je ne l’aurai point amenée au supplice, Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.

Ni crainte, ni respect ne m'en peut détacher ; De mes bras tout sanglants il faudra l’arracher. Aussi barbare époux qu’impitoyable père, Venez, si vous l’osez, la ravir à sa mère !

Et vous, rentrez, ma fille, et du moins à mes lois Obéissez encor pour la dernière fois.

Quelle situation dramatique ! Quelle lutte de

sentiments et de passions !

Resté seul, Agamemnon n’a pas même temps de réfléchir et de chercher sa voie ; car le bouillant Achile fait irruption dans l’appartement du roi, et le dialogue suivant, l’un des

plus beaux que je connaisse, s'engage :

ACHILLE

Un bruit assez étrange est venu jusqu’à moi, Seigneur ; je l’ai jugé trop peu digne de foi.

ns

Dis

+ nt nt SRE

On dit, et sans horreur je ne puis le redire, Qu’aujourd’hui par votre ordre Iphigénie expire,

Que vous-même, étouffant tout sentiment humain, Vous l’allez à Calchas livrer de votre main,

On dit que, sous mon nom à l’autel appelée,

Je ne l’y conduisais que pour être immolée ;

Et que d’un faux hymen nous abusant tous deux,

Vous voulez me charger d’un emploi si honteux.

Qu'en dites-vous, seigneur ? Que faut-il que j'en pense ? Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?

AGAMEMNON

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins, Ma fille ignore encor mes ordres souverains ;

Et, quand il sera temps qu’elle en soit informée, Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée,

ACHILLE

Ah! je sais trop le sort que vous lui réservez !

AGAMEMNON

Pourquoi le demander, puisque vous le savez ?

ACHILLE

Pourquoi je le demande ? O ciel ! le puis-je croire, Qu’on ose des fureurs avouer la plus noire ?

Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux

Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux ?

Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente ?

om pm nn din

AGAMEMNON

Mais vous, qui me parlez d’une voix menaçante, Oubliez-vous ici qui vous interrogez ? ‘|

ACHILLE

Oubliez-vous qui j'aime, et qui vous outragez ?

AGAMEMNON

Et qui vous a chargé du soin de ma famille ?

Ne pourrai-je, sans vous, disr >:°" de ma fille ? Ne suis-je plus son père? E£::-vous son époux ? Et ne peut-eile.....,

ACHILLE

Non, elle n’est plus à vous :

On ne m’abuse point par des promesses vaines. Tant qu’un reste de sang coulera dans mes veines, Vous deviez à mon sort unir tous ses moments ; Je défendrai mes droits fondés sur vos serments, Et n’est-ce pas pour moi que vous l’avez mandée ?

AGAMEMNON

Plaignez-vous donc aux dieux qui me l’ont demandée : : Accusez et Calchas et le camp tout entier, Ulysse, Ménélas, et vous, tout le premier,

ACHILLE, Moi!

es,

ée ?

andée :

pa ee en tie ae PT EE

TN LAN rer er PLEIN RP me PNR morte pr rer a rente RÉNTAGE NU HOPETERET ÿ UNE it.

AGAMEMNON

Vous, qui de l’Asie embrassant la conquête, Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ; Vous qui, vous offensant de mes justes terreurs, Avez dans tout le camp répandu vos fureurs, Mon cœur pour la sauver vous ouvrait une voie : Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie, Je vous fermais le champ où vous voulez courir ; Vous le voulez, partez, sa mort va vous l’ouvrir,

ACHILLE

Juste ciel ! puis-je entendre et souffrir ce langage ? Est-ce ainsi qu’au parjure on ajoute l’outrage ?

Moi, je voudrais partir aux dépens de ses jours ?

Et que me fait à moi cette Troie où je cours ?

Aux pieds de ses remparts quel intérêt m'appelle ? Pour qui, sourd à la voix d’une mère immortelle,

Et d’un père éperdu négligeant les avis,

Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils ? Jamais vaisseaux partis des rives de Scamandre

Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre ?

Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur

Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur ?

Qu’ai-je à me plaindre ? Où sont les pertes que j'ai faites ? Je n’y vais que pour vous, barbare que vous êtes ;

Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne dois rien ; Vous que j'ai fait nommer et leur chef et le mien ; Vous que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée, Avant que vous eussiez ?<, mblé votre armée,

ES A ES pe ntmttrs an mn Mn At tr tr

Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ? Ne courons nous pas rendre Hélène à son époux ? Depuis quand pense-t-on qu’inutile à moi-même, Je me laisse ravir une épouse que j'aime ?

Seul d’un k-1teux affront votre frère blessé A-t-il droit de venger son amour offensé ?

Votre fille me plut, je prétendis lui plaire :

Elle est de mes serments seule dépositaire :

Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats, Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas,

Qu'il poursuive, s’il veut, son éponse enlevée ; Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée ; Je ne connais Priam, Hélène ni Pâris ;

Je voulais votre fille, et ne pars qu’à ce prix.

AGAMEMNON

Fuyez donc ; retournez dans votre Thessalie ; Moi-même je vous rends le serment qui vous lie, Assez d’autres viendront, à mes ordres so imis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis ; Et par d’heureux exploits forçant la destinée, Trouveront d’Ilion la fatale journée.

J'entrevois vos mépris, et juge à vos discours Combien j'achèterais vos superbes secours,

De la Grèce déjà vous vous rendez l'arbitre :

Ses rois à vous ouir m'ont paré d’un vain titre ; Fier de voue valeur, tout, si je vous en crois, Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois. Un bienfait reproché tient toujours lieu d’offense, Je veux moins de valeur et plus d’obéissance.

Fuyez, je ne crains point votre impuissant courroux,

ux ? Et je romps tous les nœuds qui m’attachent à vous.

" ACHILLE, Rehdez grâce au seul nœud qui retient ma colère ; D'Iphigénie encor je respecte le père.

Peut-être, sans ce 10m, le chef de tant de rois M'aurait osé braver pour la dernière fois.

ats, Je ne dis plus qu’un mot, c’est à vous de m’entendre : J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre :

$ Pour aller jusqu’au cœur que vous voulez percer,

es Voilà par quel chemin vos coups doivent passer !

Je ne crois pas qu’on puisse trouver dans tout le répertoire du théâtre contemporain une scène plus belle, et des discours plus éloquents.

Agamemnon, redevenu perplexe, ne sait plus que faire. Il appelle ses gardes, mais il n’ose leur commander de conduire sa fille à l’autel. Enfin, il la fait venir avec sa mère, et leur demande de s'enfuir sous la garde de quelques soldats qu’il met à leur service.

Mais Eriphile, qui aime Achille et qui désire

vos lois.

se,

la mort d’Iphigénie, va dénoncer à Calchas ce

projet de fuite des primcesses.

LES GRANDS DRAMES De son côté, Achille presse Iphigénie de s’enfuir sous sa protection. Mais tout le camp, sou-

levé par Calchas, s'oppose à leur évasic . Alors Iphigénie voit dans cette résistance la volonté

des dieux, et elle veut se soumettre à l'arrêt qui la condamae à mourir.

Achille écume de rage.

Une juste fureur s'empare de mon âme :

Vous allez à l’autel ; et moi, j'y cours, madame ; Si de sang et de morts le ciel est affamé, Jamais de plus de sang ses autels n’ont fumé. A mon aveugle amour tout sera légitime :

Le prêtre deviendra la première victime ; Le bûcher, par mes mains détruit et renversé, Dans le sang des bourreaux nagera dispersé...

La tragédie se dénoue d’une façon heureuse et inattendue.

Un combat sanglant commençait dans le temple même, lorsque le prêtre, Calchas, trouve enfin la véritable explication de l’oracle, et désigne la vraie victime que les dieux ont choisie. C’est la malheureuse Eriphile, qui est aussi du sang d'Hélène par suite d'un hymen secret, et qui, se

te rm me ones nm

de s’en- voyant désignée par Calchas, vole à l'autel, mp, sOu- prend elle-même le couteau sacré, et le plonge … Alors dans son sein.

volonté | Les dieux sont satisfaits, et les vents qui doiarrêt qui | vent conduire la flotte vers Troie enflent déjà

les voiles,

ATHALIE ne ;

Nous avons dit que Racine est le peintre de l'amour, et qu’il a excellé dans ses créations féminines ; et cependant la plus belle de ses uœvres, celle que: Paul de Saint-Victor appelle la reine des tragédies, ne contient pas un seul

eureuse mot d'amour.

Le sujet d'Afhalie est exclusivement religieux

s le tem- et patriotique.

Duve en- La scène se passe dans le temple fameux bâti désigne par Salomon, et l’esprit de Dieu semble planer ie. C’est

sur les saints personnages qui représentent les du sang douleurs, les épreuves, et les espérances de

t qui, se Juda.

DA UD Su at AM en MTS Te rs % À

antenne mer conan cpamnemen es amener = ee see + ee ne een

Joas est bien l'enfant du miracle, dont le front couronné d'un nimbe lumineux ceindra bientôt le diadème de David. Joad est grand et solennel comme les anciens prophètes, et, quand il paraît, on se dit spontanément: Æcce sacerdos magnus !

Athalie est bien la Juive biblique, que les divins anathèmes ont touchée, et qui est condamnée. à périr.

Le chœur est le fidèle écho des sentiments du peuple de Dieu, et les strophes qu'il chante sont presque aussi admirables que les hymnes du Prophète-Roi.

C'est dans cette tragédie que Racine a vraiment donné la mesure de son génie ; car, dans cette œuvre, c’est le génie qui a tout fait.

L’intrigue est à peu près nulle. Les grandes

passions qui agitent généralement les personnages du théâtre sont absentes. La situation dramatique elle-même est à peine sensible.

Et cependant l’auditoire est captivé, touché, ému, subjugué, Le poète met en lutte—car il n'ya pas de

le front bientôt solennel il paraît, magnus !

e les dicondam-

ptiments il chante hymnes

ne à vraiar, dans it.

s grandes | personsituation ble.

, touché,

a pas de

en — …

drame possible sans combat—la faiblesse contre la puissance, l'innocence contre la perversité, la candeur contre l’habileté et l'astuce, un enfant simple et naïf contre une femme ambitieuse et méchante ; et c’est l'enfant qui l'emporte, simplement, spontanément, providentiellement, Athalie est fille d'Achab et de Jézabel, qui régnaient sur Israël, et qui, abandonnant le culte du vrai Dieu, persécutaient les prophètes. Elle est veuve de Joram, roi de Juda, qui est mort misérablement. Son fils Ochosias n’a régné qu'un an, et a été tué par Jéhu, qui a exterminé toute la postérité d'Achab, et fait jeter par les fenêtres Jézabel, qui a été dévorée par les chiens. Informée des massacres,de Jéhu, devenu roi d'Israël, Athalie veut éteindre la race royale de David. Non moins impie que sa mère, elle élève un temple en l’honneur de Baal, et, pour se raffermir sur le trône de Juda, elle fait mourir tous les enfants d'Ochosias, ses petits-fils. Par bonheur, Josabeth, sœur d’Ochosias, a sauvé le petit Joas, et l'a caché dans le temple,

où le grand prêtre, son mari, a élevé et formé secrètement l'enfant, dans l'espoir de le couronner un jour roi de Juda.

Ce jour est arrivé. Les crimes d’Athalie ont comblé la mesure, et le peuple soupire après l'avènement d’un roi qui serve le vrai Dieu.

Le premier acte ressemble au calme qui précède parfois les plus terribles orages.

Pas de grands effets. Pas de coups de théâtre, pas d'efforts d'esprit ; pas de choc de passions, ni de paroles. Un dialogue calme, mesuré, élégant et simple à la fois, mais attristé et voilé de je ne sais quel pressentiment sombre.

Le vent ne souffle pas encore. Mais le ciel a caché sa voûte d'azur, et tout l'horizon est enveloppé dans un nuage immobile, immense et ténébreux.

Pendant ce calme le chœur chante la puissance, la justice, ia magnificence et la bonté de Dieu :

Tout l’univers est plein de sa magnificence,

Qu'on l'adore ce Dieu, qu’on l’invoque à jamais,

tie

formé puron-

lie ont | après ANR

jui pré-

théâtre, assions;, ré, éléoilé de

s le ciel zon est

mense la puis-

onté de

is,

EE

ne en

Son empire a des temps précédé la naissance ; Chantons, publions ses bienfaits,

O mont de Sinaï, conserve la mémoire De ce jour à jamais auguste et renommé, Quand, sur ton sommet enflammé, Dans un nuage épais le Seigneur enfermé Fit luire aux yeux mortels un rayon de sa gloire, Dis-nous pourquoi ces feux et ces éclairs, Ces torrens de fumée et ces bruits dans les airs, Ces trompettes et ce tonnerre ?

Venait-il renverser l’ordre des éléments ?

Sur ses antiques fondements Venait-il ébranler la terre ?

Il venait révéler aux enfants des Hébreux

De ses préceptes saints la lumière immortelle ; Il venait à ce peuple heureux

Ordonner de l’aime: d’une amour éternelle,

Mais Le rideau est à peine levé sur le second acte que l'orage éclate. Zacharie entre en courant, pâle, hors d'haleine, et raconte avec effroi que le temple vient d’être profané par l'impie Athalie.

Son père l’a fait chasser ; mais imaginez le scandale et le trouble.

2 œ lo o $" 4 Ve ” 4° x !

: NZ HO “# & », | Le à Ne 4 & & «> \ AR 2 Ve 4 D &,& \ IMAGE EVALUATION & TEST TARGET (MT-3) jo um = ik ] LI ©: 1e A IL2S AA US > AN V ZA y» D \T | ® » 3 pr 2 | | CSA > d À un A y 7 A l Fu ge K V Xe K

où Photographic DA dl | ? Sens mer € | Corporation

o | 4e î ok | sk | p À

Le EE

Héf ” EN ed CAS au DRE NT fera accélérée du

RE: à SU Lu ji HEAR À lard re ARS MAOON à 5 PE TE: Hi VS ol # 43 JURTÉE fée re LRU D mn Fu Fr RSSA VA RPD UT An Rat

à RUE RU

Fe 374 LES GRANDS DRAMES

Ë 1 Il n’a pas le temps de finir son récit que survient Athalie elle-même, accompagnée d’Abner, a, de sa suite, et bientôt de Mathan.

| Alors elle veut raconter elle-même ce qui vient de se passer ; et pour bien faire comprendre toute la gravité du trouble dans lequel elle É vient d’être jetée, elle reprend les faits d’un peu Gi haut :

KA Je ne veux point ici rappeler le passé,

a: Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé ;

pra Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru devoir le faire,

#4) Je ne prends point pour juge un peuple téméraire. Quoi que son insolence ait osé publier,

EE Le ciel même a pris soin de me justifier.

LR Sur d’éclatants succès ma puissance établie

A fait jusqu'aux deux mers respecter Athalie ;

Par moi Jérusalem goûte un calme profond ;

FA . Le Jourdain ne voit plus l’Arabe vagabond,

# Ni l'altier Philistin par d’éternels ravages,

à ÿ Comme au temps de vos rois, dusoler ses rivages ; il Le Syrien me traite et de reine et de sœur ;

Enfin de ma maison le perfide oppresseur, ni Qui devait jusqu’à moi pousser sa barbarie, il pe Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie ; É FES De toutes parts pressé par un puissant voisin, Que j'ai su soule‘er contre cet assassin,

ARTE ASE ALAEIONE A

ni ire.

res ;

11 me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.

Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse ;

Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours, De mes prospérités interrompre le cours,

Un songe (me devrais-je inquiéter d’un songe ?) Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge : ‘Re Je l'évite partout, partout il me poursuit,

C'était peudant l’horreur d’une profonde nuit :

Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,

Comme au jour de sa mort pompeusement parée, Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ; Même elle avait encor cet éclat emprunté

Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage, Pour réparer des ans l’irréparable outrage.

“ Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi :

Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.

Je te plains de tomber en ses mains redoutables,

Ma fille.” En achevant ces mots épouvantables, Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;

Et moi je lui tendais les bras pour l’embrasser ; Mais je n’ai plus senti qu’un horrible mélange

D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

RE 2 en

ABNER, Grand Dieu !

ATHALIE

Dans ce désordre, à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d’une robe éclatante, Tel qu’on voit des Hébreux des prêtres revêtus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus ;

me

Mais lorsque revenant de mon trouble funeste, J'admirais sa douceur, son air calme et modeste, J'ai senti tout à coup un homicide acier

Que le traître en mon sein a plongé tout entier.

De tant d'objets divers le biz’.rre assemblage - Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage : Moi-même, quelque temps, honteuse de ma peur, Je l’ai pris pour l’effet d’une sombre vapeur,

Mais de ce souvenir mon âme possédée

A deux fois en dormant revu la même idée ;

Deux fois mes tristès yeux ont vu se retracer

Ce même enfant, toujours tout prêt à me percer. Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie, J'allais prier Baal de veiller sur ma vie

Et chercher du repos au pied de ses autels,

Que ne peut la frayeur sur l’esprit des mortels ! Dans le temple des Juifs un instinct m’a poussée, Et d’apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée.

J'ai cru que des présents calmeraient son courroux ; Que ce Dieu, quel qu’il soit, en deviendrait plus doux. Pontife de Baal, excusez ma faiblesse,

J'entre : le peuple fuit, le sacrifice cesse ;

Le grand prêtre vers moi s’avance avec fureur ; Pendant qu’il me parlait, 6 surprise ! 6 terreur ! J'ai vu ce même enfant dont j'étais menacée,

Tel qu’un songe effrayant l’a peint à ma pensée,

Je l’ai vu : son même air, son même habit de lin, Sa démarche, ses yeux et tous ses traits enfin : C’est lui-même, Il marchait à côté du grand prêtre , Mais bientôt à ma vue on l’a fait disparaître,

RENAULT 2, +} es qe, RUE En A AE DE : £2 : 4 ES a Me UE enr e dette He SON AL DENTS SANT RME é AE RARE ANR ARC NT NP SRE EE LCR LAB Ne AE HORREUR LL

eur,

OUX ; blus doux.

brêtre ,

Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter, * Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter, Que présage, Mathan, ce prodige incroyable ?

Page 1