‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 86 sur 96 · RUN IE · texte numérisé non relu

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matique, mais comme poëte lyrique. Ila, comme lui, la profusion et la vivacité des images ; et le domaine de la fantaisie, si vaste qu'il soit, n’a pas de secrets pour lui.

Aussi est-il vraiment inimitable dans le genre descriptif. Là encore, pourtant, il manque de mesure et de discernement ; mais la forme a

une originalité merveilleuse.

Il s’est vraiment créé une langue qui n'est qu’à lui, et que nul autre ne peut parler. Son vocabulaire est le plus riche et le plus varié que jamais poète ait possédé. Il a le relief, la couleur, le pittoresque, la musique. Il parle aux yeux et à l'oreille, bien plus qu’à l'intelligence,

Il connaît superlativement l'harmonie des mots, et même des lettres. Les consonnes sont pour lui une armée immense, et les voyelles une troupe d'élite, qu’il commande et fait évoluer à

son gré.

Son vers est toujours bien fait. Quand il RS : PA pèche contre les règles, c'est que le poète l’a

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Il mesure sa strophe, et il coupe son vers avec un art infini, de manière à rompre la monotonie et à ajouter puissamment à l'effet. C’est par là qu’il relève, rajeunit, et fait accepter comme des nouveautés une multitude de lieux communs.

Son œuvre capitale est, suivant nous, la Légende des Siècles. Sans doute on y peut relever de nombreux défauts, et beaucoup d'idées fausses ; sans doute ses œuvres de jeunesse sont plus irréprochables et plus saines; mais la Légende des Siècles est plus parfaite sous le rapport du style, et beaucoup plus élevée comme idée. C'est elle qui donne la vraie mesure du magnifique don poétique que Victor Hugo avait reçu de la Providence. C'est par elle qu'il se révèle, non plus seulement comme un grand poète lyrique, mais comme un poète épique de la plus vaste envergure.

Il nous plairait de poursuivre cette étude, qui serait curieuse et intéressante ; mais c'est le poète dramatique seul que le plan de cet ouvrage nous permet d'étudier.

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Le théâtre, étant la peinture de la vie sociale, doit nécessairement changer comme elle. Il est donc naturel que la Révolution, qui a si profondément métamorphosé la vie nationale en France, ait également transformé le théâtre.

Une fois proclamé souverain, le peuple a voulu prendre la place de la Cour dans la littérature, et le théâtre est devenu plus populaire. La grande tragédie classique a dû céder le pas au drame.

En secouant le joug de la monarchie séculaire, en détruisant tout ce qui constituait l’ancien régime, on voulut en même temps rejeter l’'ancienue esthétique de l’art, et s'affranchir de toutes les règles édictées par les maîtres antiques.

Cette transformation était inévitable, et c'est

pourquoi ceux qui voulurent absolument barrer

le chemin au romantisme eurent tort, En opposant une digue au torrent pour l'arrêter com-

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plètement, ils en firent un fleuve qui déborda et qui causa des désastres.

Le romantisme était un mouvement littéraire irrésistible, parce qu'il avait sa source dans la transformation sociale, et l’on aurait dû s’efforcer de le diriger, au lieu de vouloir l'arrêter. IL avait d’ailleurs sa raison d’être, et, s’il avait été contenu dans de justes bornes, il aurait pu pro-duire d’excellents résui.ats.

Au reste, il ne faut pas s’imagirer que Victor Hugo soit le père du roïsntisme. Ce genre littéraire avait commencé bien avant lui, et nous pouvons même dire que la littérature française» avant le dix-septième siècle était plutôt romantique que classique. Il en était de même en Angleterre et en Espagne ; Shakespeare, Cervantes. et Lope de Véga étaient des romantiques.

Mais c’est dans notre siècle que le romantisme a eu sa pleine efflorescence, et qu'il a produit des maîtres tels qué Chateaubriand, Gcæthe.

et Byron.

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