‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 90 sur 96 · HERNANI · texte numérisé non relu

HERNANI

} En Les héros d'Eschyle sont surhumains ; ile dépassent les proportions de la nature. Ceux de

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VICTOR HUGO 415 Shakespeare et de Corneille ont bien la stature humaine ; mais ils sont les plus grands parmi les grands.

Les héros de Victor Hugo sont des géants d’une autre espèce. Ils ne sont pas au-dessus mais en dehors de l’humanité. Ce sont dés excentriques. Ils appartiennent à un monde d’ori ginaux sans copies, et ne paraissent grands que parce qu'ils sont montés sur des échasses,

L'auditeur éclairé qui écoute leurs périodes

soncres est obligé de lever la tête pour les aper- .

cevoir, tant :ls dominent la foule ; mais il voit alors leurs échasses, et il comprend qu’on peut parler de haut sans être grand.

Hernani est un de ces personnages hors natare, qui affiche la grandeur du Cid, mais qui n’en a que les travestissements.

C'est l'œuvre dramaiique la plus remarquable de Victor Hugo, ce.‘ ,ui l’a fait acclamer chef de l'école romantique, et qui a obtenu parmi les adeptes de sette école un immense succès.

Pendant queicue temps, les enthousiastes ont

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même cru que les classiques étaient détrônés, et Von criait ‘ à bas Racine” lors des premières représentations de Feraani. Mais cet affolement n’a pas duré, et maigré tous les beaux vers qui

ie l’émaillent, l’œuvre ra pas fr't pâlir la gloire de Racine ou de Corneille.

Dès la première scène du rire, don Carios paraît, et ne rappelle guëi Charles-Quint : c’est un vulgaire coureur d'aventures, et il débute en se cachant dans une armoire, pour assister à-un rendez-vous de dona Sol avec Hernani.

Qu'est-ce que dona Sol de Sylva ?—C'est une jeune orpheline espagnole, de noble lignée, et qui est fiancée à don Ruy Gomez de Sii’1 son oncle, beaucoup plus âgé qu’elle. Herani ‘it

un inconnu, un bandit, chargé, suitént ot ex- “pression, d'un mandat d'anathème. Îis se sont rencontrés, je ne sais où ni consment, et j}s se

sont aimés.

| Hernani a obtenu d'elle ce rendez-vous our b lui redire son amour, et por lui proposer de l'enlever. Dona Sol consent à tout, et les amants,

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qui sont loin de rappeler le Cid et dona Chimène, sont en voie de régler tous les détails

de leur chevaleresque entreprise, lorsque don

Carlos s’élance hors de sa cachette.

Il va sans dire que le roi, qui fait le matamore, et le bandit, qui parle comme un roi, vont bientôt en venir aux mains, lorsque survient inopinément don Ruy Gomez, noble hidalgo à cheveux blancs. ;

On croirait naturellement que ce grand seigneur va appeler ses valets et ses gardes, et faire ignominieusement jeter à la porte ces deux félons, qu’il né connait pas. Eh bien, non, il fait des phrases. Il pérore comme un rhétoricien plein d’afféterie, et se bat les flancs pour exprimer une douleur qu'il ne sent pas, évidemment. Il fait une conférence ‘sur le vieil honneur, et sur le respect que les anciens chevaliers avaient pour les femmes. ;

Enfin, quand son éloquence est épuisée, il se décide à demander sa dague de Tolède pour aller se battre avec ses deux insulteurs.

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Mais à ce moment, le roi se fait connaître, et annonce au vieux duc que son aïeul, l’empereur, vient de mourir, et qu’il désire le consulter au sujet de la succession du Saint-Empire.

Don Ruy Gomez demande pardon, et la présence inattendue de Sa Majesté, le roi d'Espagne,

fait une telle diversion à sa jalousie, qu'il oublie

dona Sol et Hernani; et, pendant que ceux-ci se retirent à l'écart, il traite et discute avec le roi la question de succession à l’empire d’Allemagne. Il s'ensuit une véritabie conférence diplomatique, dans laquelle don Carlos révèle toute son ambition, et qui permet à Hernani de se retirer, après être convenu avec dona Sol qu’il sera sous ses fenêtres le lendemain, à minuit, pour l'enlever.

Mais le roi l'a entendu, et c’est lui qui le premier vient au rendez-vous le lendemain. Le second acte s'ouvre par cette escapade invraisemblable, et digne d’un libertin de bas étage. Quand dona Sol reconnait le roi, elle le repousse

ne ATEN PE RU TRES DE see AenEnEnmnemneanen er oem ro qu eRan ‘4 ‘4 SR nn A — VICTOR HUGO 419 4 FR tes "1 nnaître, et avec indignation, et lui fait une leçon, bien pla- ‘a eul, l'empe- cée dans sa bouche : 1 le consulter N'avez-vous pas de honte ? 4 mpire. Ah ! pour vous à la face une rougeur me monte, }, et la pré- PRES HAEAOE nn ne ee mt oh Si Dieu faisait le rang à la hauteur du cœur, d’Espagne, Certe, il serait le roi, prince, et vous le voleur !

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Voilà une sujette qui est bien sévère pour son roi. Elle lui préfère un bandit, qui, lui, fera une bonne action en l’enlevant! Puis, elle met en parallèle le roi et le brigand, et elle dit au roi: le bandit, c'est vous !

Don Carlos n’est pas offensé :

Viens ! Je n’écoute rien! Viens! Si tu m'accompagnes, Je te donne, choisis, quatre de mes Espagnes !

Comme tout cela est vraisemblable ! Comme on se représente aisément Charles-Quint parlant ainsi! x

Il va sans dire que Hernani arrive à temps pour délivrer dona Sol. Il provoque le roi en

duel. Naturellement le roi ne peut pas consentir

à croiser le fer avec un brigand, et le brigand

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est trop noble pour l’assassiner. Non seulement il ne le tue pas, mais il le couvre de son manteau, afin qu'il puisse s'évader sain et sauf au milieu des autres bandits qui accompagnent Hernani et qui l’attendent dans la rue.

‘“ Maintenant, fuyons vite,” dit alors dona Sol. Mais Hernani est un grand parleur, et il lui adresse des discours si longs, que le roi a le temps de réveiller toute la ville, et de lancer ses alcades à la poursuite du bandit. Le danger pour celui-ci devient imminent, et il est obligé de fuir encore une fois, seul !

Une des piquantes péripéties de ce drame, est que dona Sol veut constamment se faire enlever, et ne peut pas réussir malgré toutes ses bonnes dispositions.

Il faudra donc qu'elle épouse le vieux duc, don Ruy Gomez de Silva ; et déjà la cérémonie s'apprête, lorsqu'un pèlerin vient demander l'hospitalité.

Ce faux pèlerin est. Hernani, et le vieux duc l’accueille avec bonté. Mais quand le bandit

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voit dona Sol en toilette de mariée, il entre en fureur, et il se dénonce lui-même. Les alcades du roi sont à sa poursuite, sa tête est mise à prix, et il veut mourir.

Alors le vieil hidalgo lui dit : “ Vous êtes mon hôte, et je vous protégerai, même contre le roi,

car je vous tiens de Dieu.” Puis, il s'éloigne pour faire armer le château et en fermer les portes.

Hernani reste seul avec dona Sol, et recommence à lui faire des discours sans fin. L’aimable senora est très sensible à l’éloquence, et elle finit par se jeter au cou d'Hernani. Mais, au même instant, la porte s'ouvre et don Ruy Gomez paraît.

Evidemment, c’est à lui maintenant de prendre la parole, et il ne se fait pas prier.

A notre avis, son discours est trop long, mais nous devons reconnaître qu’il est fort éloquent, et le vieillard nous paraît sublime, lorsque, pro-

menant ses regards sur les portraits -des Silva,

il s’écrie :

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.… Morts sacrés ! aïeux ! hommes de fer,

Qui voyez ce qui vient du ciel et de l’enfer,

Dites-moi, messeigneurs, dites ! Quel est cet FER ? Ce n’est pas Hernani, c’est Judas qu’on le nomme !

Soudain, un bruit de trompettes retentit au dehors. C'est le roi qui demande qu’on lui ouvre. Alors don Ruy Goraez s'approche de son propre portrait appendu à la muraille. Il y presse un ressort qui fait apparaître une cachette pratiquée dans le mur, derrière le portrait; il y cache Hernani, et il ordonne qu’on ouvre au roi. La scène qui suit est une des plus belles que. Victor Hugo ait écrites; c’est la scène des portraits.

Le roi réclame avec autorité, et sur un ton qui n'admet pas de réplique, la tête du bandit auquel le duc vient de donner asile:

Ah! vous réveillez donc les rébellions mortes ! Pardieu ! si vous prenez de ces airs avec moi, Messieurs les ducs, le roi prendra des airs de roi ! Et j'irai par les monts, de mes mains aguerries, Dans leurs nids crénelés tuer les seigneuries !

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