DON CARLOS
Duc, fort bien. Mais j’y perds, grand merci ! La tête qu’il me faut est jeune ; il faut que norte
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426 LES GRANDS MRAMES |
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On la prenne aux cheveux, La tienne? que m'importe, Le bourreau la prendrait par les cheveux en vain ; Tu n’en as pas assez pour lui remplir la main !
Il y a dans ces vers une horrible plaisanterie
qui n’est pas vraisemblable dans la bouche de don Carlos. Non, ce n’est pas dans un pareil moment, ni dans ce langage, que Charles-Quint eût insulté les cheveux blancs d'un fidèle serviteur de la royauté.
La colère du roi gra et il commande à ses officiers d'arrêter le auc. Mais soudain il
aperçoit dona Sol qu'il n'avait pas vue d’abord,
et se tournant vers don Ruy Gomez, il lui dit :
Sois fidèle à ton hôte, infidèle à ton roi, C'est bien, Je te fais grâce et suis meilleur que toi,—
J'emmène seulement ta nièce comme otage...
soon esse... Dona Sol, ou le traître, 11 me faut l’un des deux,
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Le duc a un moment “hésitation. Il offre de nouveau sa tête au roi, qui n’en veut pas. Enfin il persiste à ne pas livrer Hernani, et don Car-
los sort, emmenant dona Sol.
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Alors don Ruy Gomez tire Hernani de sa cachette, et le provoque en duel. Mais le bandit refuse de se battre, par sentiment d'honneur ; et quand, cherchant des yeux dona Sol, il découvre qu'elle est partie avec le roi, il révèle
au vieux duc, qui l'ignorait encore, l'amour de
don Carlos pour la belle Aragonaise, En même temps, il offre à son rival de s’allier à lui pour le venger ; et quand il l’aura vengé, sa vie lui
appartiendra : le vieux duc en disposera à sa
guise. :
Don Ruy Gomez exige un serment, et Hernani jure par la tête de son père mort qu'il se tuera quand le duc le lui demandera. Détachant le cor qu’il porte à sa ceinture, il le lui remet en disant :
Ecoute, prends ce cor. Quoi qu’il puisse'advenir, Quand tu voudras, seigneur, quelque soit le lieu, l'heure, S’il te passe à l'esprit qu’il est temps que je meure, Viens, sonne de ce cor, et ne prends d’autres soins, Tout sera fait.
Le pacte est accepté, et les portraits des aïeux sont pris comme témoins.
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Les scènes qui suivent, et qui composent le quatrième acte, se passent au tombeau de Char-lemagne, à Aix-la-Chapelle. Il y a là de belles pages, gâtées par quelques inconvenances. Don Carlos s’y permet une plaisanterie du plus mauvais goût contre l’évêque d’Avila ; et il affiche une cruauté qui n’est pas d'accord avec la vérité historique, quand il dit :
...... pour l’élargir, je coudrai, s’il le faut, Ma pourpre impériale au drap de l’échafaud,
Le monologue du roi est un hors-d'œuvre, et un peu trop long. Mais il a son excuse aans Pincomparable beauté de la poésie. Il y a là des vers qui éclatent comme des fanfares, et qui brillent comme des éclairs dans la nuit. Citons les plus beaux :
Le pape et l’empereur sont tout. Rien n’est sur terre Que pour eux et par eux. Un suprême mystère
Vit en eux ; et le ciel, dont ils ont tous les droits, Leur fait un grand festin des peuples et des rois,
Et les tient sous sa vue, où son tonnerre gronde, Seuls, assis à la table où Dieu leur sert le monde.
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Tête à tête ils sont là, réglant et retranchant, Arrangeant l’univers comme un faucheu: son champ. Tout se passe entre eux deux. Les rois sont à la porte, Respirant la vapeur des mets que l’on apporte, Regardant à la vitre, attentifs, ennuyés,
Et se haussant, pour voir, sur la pointe des pieds, Le monde au-dessous d’eux s’échelonne et se groupe, Ils font et défoni. L’un délie et l’autre coupe.
L'un est la vérité, l’autre est la forcz, Ils ont
Leur raison en eux-mêmes, ct sont parce qu'ils sont, Quand ils sortent, tous deux égaux, du sanctuaire, L'un dans sa pourpre, et l’autre avec son blanc suaire, L'univers ébloui contemple avec terreur
Ces deux moitiés de Dieu, le pape et l’empereur. Oh! quel destin! Pourtant cette tombe est la sienne ! Tout est-il donc si peu que ce soit là qu’on vienne ? Quoi donc ! avoir été prince, empereur et roi ! Avoir été l’épée, avoir été la loi!
Quoi ! pour titre César et pour nom Charlemagne ! Avoir été plus grand qu’'Annibal, qu’Attila,
Aussi grand que le monde !—-Et que tout tienne là ! Ah! briguez donc l'empire ! et voyez la poussière Que fait un empereur ! Couvrez la terre entière
De bruit et de tumulte, Elevez, bâtissez
Votre empire, et jamais ne dites : c’est assez ! Taillez à larges pans un édifice immense !
Savez-vous ce qu’un jour il en reste ? Ô démence ! Cette pierre !-—Et du titre et Cu nom triomphants — Quelques lettres à faire épeler des enfants !
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