‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 94 sur 96 · CHA HUE · texte numérisé non relu

CHA HUE

—Ah! le peuple! océan—onde sans cesse émue !

Où l'on ne jette rien sans que tout ne remue | Vague qui broie u ne et qui berce un tombeau ! Miroir où raremen an roi se voit en beau !

Ah! si l’ôn regardait parfois dans ce flot sombre, On y verrait au fond des empires sans nombre, Grands vaisseaux naufragés, que son flux et reflux Roule, et qui le gênaient, et qu’il ne connaît plus !

Pendant que don Carlos se livre à ces méditations philosophiques, les grands électeurs du

saint-empire sont réunis pour choisir l’empe-

reur ; et, pour faire connaître au peuple l’heureux élu, on est convenu du signal suivant: un coup de canon, si c’est le duc de Saxe; deux coups si c’est François I, et trois coups si c’est don Carlos.

En attendant que son sort se décide, il ouvre la porte du tombeau, et s’y renferme, seul avec. les restes vénérables de Charlemagne.

Soudain arrive la troupe des conjurés qui complotent sa mort, et qui ont à leur tête le vieux duc de Silva et Hernani. Ils ont choisi ces voûtes solitaires pour se réunir et régler

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conjurés,

S’il a le saint-empire, il devient, quel qu’il soit, Très auguste, et Dieu seul peut le toucher du doigt !

Qui aura l’honneur de donner le coup mortel à ce roi? On tire au sort, et le sort désigne Hernani.

Le vieux duc a une telle soif de vengeance qu’il veut absolument se faire céder par Hernani son droit de tuer le roi, et il lui offre de renoncer à dona Sol, et de lui remettre son cor, gage de leur pacte sanglant. Mais Hernani refuse, et le vieillard le maudit en remettant le cor à sa ceinture.

Est-il bien vraisemblable que ces deux hommes soient à ce point altérés du sang de don Carlos?

Tout à coup, le canon tonne, et les conjurés muets et immobiles écoutent. La porte du tom-

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beau s'ouvre, don Carlos parait sur le seuil, et quand le canon retentit pour la troisième fois il leur dit :

Messieurs, allez plus loin, l’empereur vous entend !

Les conjurés éteignent leurs flambeaux, et restent à leurs postes, dans l'ombre, immobiles comme des statues.

Mais don Carlos leur dit que s’il a le pouvoir

d’éteindre, il a également celui d'allumer, et prenant la clef du tombeau il en frappe violemment la porte de bronze,

A ce bruit toutes les profondeurs du souterrain s'illuminent et se remplissent de soldats, qui s'emparent des conjurés et les désarment.

L'empereur ordonne de n’arrêter que les ducs et les comtes, et de laisser le reste aller en liberté.

Hernani sera donc libre? Mais non; car il s’avance alors et dit à don Carlos ces fières paroles :

Puisqu’il s’agit de hache ici, que Hernani, Pâtre obscur, sous tes pieds passerait impuni,

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VICIOR HUGO 433

Puisque son front n’est plus au niveau de ton glaive, Puisqu’il faut être grand pour mourir, je me lève, Dieu, qui donne le sceptre et qui te le donna, M'a fait duc de Segorbe et duc de Cardona, Marquis de Monroy, comte Albatera, vicomte

De Gor, seigneur de lieux dont j'ignore le compte. Je suis Jean d'Aragon, grand maître d’Avis, né Dans l'exil, fils proscrit d’un père assassiné

Par sentence du tien, roi Carlos de Castille ?

Le meurtre est entre nous affaire de famille,

Vous avez l’échafaud, nous avons le poignard, ” Donc le ciel m’a fait duc, et l'exil, montagnard. Mais, puisque j'ai sans fruit aiguisé mon épée,

Sur les monts et dans l’eau des torrents retrempée,

(11 met son chapeau. ) (Aux autres conjurés. )

Couvrens-nous, grands d’Espagne !

Oui nos têtes, 6 roi, Ont le droit de tomber couvertes devant toi ! (Aux prisonniers.) Silva ! Haro! Lara ! gens de titre et de race, Place à Jean d'Aragon ! ducs et comtes ! ma place ! (Aux courtisans et aux gardes.) Je suis Jean d'Aragon, roi, bourreaux et valets, Et si vos échafauds sont petits, changez-les !

Que va:t-il alors se passer ? Dona Sol accourt,

et se jette aux genoux de l’empereur en demandant grâce pour Hernani.

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—‘ Allons! répond don Carlos, relevez-vous,.

duchesse de Segorbe, comtesse Albatera, marquise de Monroy... ;” et tous les conjurés sont pardonnés.

Don Carlos reste seul dans le tombeau, et il adresse ces belles paroles à l'ombre de Charlemagne :

Es-tu content de moi ?

Ai-je bien dépouillé les misères du roi ?

Charlemagne ! empereur, suis-je bien un autre homme ?

Puis-je accoupler mon casque à la mitre de Rome ?

Aux fortunes du monde ai-je droit de toucher ?

Ai-je un pied sûr et ferme, et qui puisse marcher

Dans ce sentier, semé de ruines vandales,

Que tu nous a battu de tes larges sandales ?

Ai-je bien à ta flamme allumé mon flambeau ?

Ai-je compris ta voix qui parle en ton tombeau ?

—Ah ! j'étais seul, perdu, seul devant un empire,

Tout un monde qui hurle, et menace et conspire ;

Le Danois à punir, le Saint-Père à payer,

Venise, Soliman, Luther, François-Premier,

Mille poignards jaloux luisant déjà dans l'ombre,

Des pièges, des écueils, des ennemis sans nombre,

Vingt peuples dont un seul ferait peur à vingt rois,

Tout pressé, tout pressant, tout à faire à la fois !

Je t'ai crié :—-Par où faut-il que je commence ?

Et tu m'as répondu :—Mon fils, par la clémence !

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VICTOR HUGO 435 €ez-VOUS, C'est le mot de la fin du quatrième acte, qui Ta, Mar- rappelle Cinna.

rés sont Le cinquième acte nous fait assister aux noces

; de dona Sol et Hernani, dans le palais d'Aragon, eau, et il à Saragosse. | Charle- Mais à peine la fête est-elle terminée, à peine

les époux, restés seuls, ont-ils pu échanger quelques paroles d'amour, que le son du cor

retentit.

4 re à Hernani frissonne d'horreur.

ome : 4 RUE ? . Dona Sol ne comprend rien à l'émotion extra- Ai her ordinaire de son époux. Mais, tout à coup, un d masque en domino noir paraît, et répète les 7 ? paroles du pacte juré par Hernani : 1 Petite pau ? PRÉ À pire, Quoi qu'il puisse advenir, jf pire ; Quand tu voudras, vieillard, quelque soit le lieu, l'heure, pr 4 » à 4 Ne S'il te passe à l'esprit qu’il est temps que je meure, Là Viens, sonne de ce cor, et ne prends d’autres soins, ie À 4 bre, 44 à ; 4 rt rois, Le terrible serment est alors expliqué à dona | pis ! Sol par Hernauï, et après une scène finale qui M AE manque de vraisemblance, de naturel et de vraie A

{ 4x PR Ge da a ue PAPE F4 ÿ NPA ES à *” MED ANSE AU. AR RME ue: à pti A abs ardent did aiéageude 5 4 Le SAUT LL DORE AA M JAMES ANA AD EN ART HEIN MA LME RARE NPA Dre T FEU

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émotion, le faux point d'honneur l'emporte.

Hernani croit toujours que son pacte sanglant l'oblige, et les deux époux s’empoisonnent,

.… Puis le vieux duc se tue lui-même, en s’écriant ; Je suis damné!

Quels crimes ont-ils commis pour mourir ainsi tous les trois? Le drame n’en dit rien. Il laisse entendre seulement que ces trois malheureux sont des victimes de la fatalité! Est-ce

donc là qu'il en faut revenir après dix-neuf siècles de christianisme ? Est-ce là la morale qu’un

poète chrétien devrait enseigner au théâtre ? C'est une aberration d’un grand génie !

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