‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 105 sur 559 · Charles-Quint · texte numérisé non relu

Charles-Quint

fois le jour. Je ne trouvay jamais soldat qui en fîst plainte * . Et asseurez vous que lez remonstrances que je leur faisois Bouvent nous servoient de beaucoup. Car s'ils s'en fussent voulu (aller) au camp de l'ennemy, le marquis les eust tort bien traitez. Car les ennemis estimoient fort nos soldats italiens et françois : et aux escarmouches ils cognoissoient leur valeur. J'avois achepté trente poulies et un coq pour me faire des œufs : et en mangions le sieur Gornelio^ le comte de Gayas et moy, parce que tous trois mangions tousjours ensemble en un quartier le matin, et en un autre le soir : mais vers la lin du mois de mars, cela fust tout mangé, et le coq2 et tout. C'est dommage qu'il n'y en eust davantage. Ainsi je demeuray sans chair et sans œufs : et ne mangions plus que nostre petit pain, et peu de poix 9 avec du lard et des mauves bouillies, une fois le jour seulement. Le désir que j'avois d'acquérir de l'honneur, et de faire souffrir ceste honte à l'empereur d'avoir arresté si longuement son armée, me faisoit trouver cela si doux, qu'il ne m'estoit nulle peine de jeusner. Ce chétif* souper avec un morceau de pain, m'estoit un banquet*, lorsqu'au retour de quelque escarmouche je sçavois les ennemis estre frottez 6, ou que je sçavois qu'ils estoient en mesme peine que nous7.

Je respondis au Roy que j'avois trouvé choze facile de reffrener mes passions; et comme je le vis affectionné à la vouloir entendre, cognoissant qu'il prenoit plaizir d'en ouyr conter, je luy diz que je m'en estois aie ung samedy au marché, et qu'en prézence de tout le monde j'avois achepté uug sac, et une petite corde pour lier la bouche d'icelui, ensemble ung fagot, ayant prins et chargé tout cela sur le

i. Il parle de ces misèreg comme de 8. Montluc était farouche, bizarre,

chose toute naturelle. colérique. Mais , sons J'empire d'un

t. Ce trait est joli. * noble et puissant désir, il réfréna tous

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