‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 113 sur 559 · San* doute nn Allemand, tresse · texte numérisé non relu

San* doute nn Allemand, tresse

5. On aime cet accent religieux dans • M ... ttoe âme guerrière. '• v°us™ye2 9*e M <****» * 1 *«•

e.lfontloc fat admirable de pro- ,imï>le *«*•»*• fente et d'habileté. Il réussit, sans y ft a$c<wwiat##«-vous que—

core l'honneur du roi et sa réputation en dispute* par tout le monde? Il ne m'en souvient jamais que je n'en demeure en tristesse, pour la folie que j'avais faite d'avoir mis la cité, et tous nous autres, jusqu'au dernier morceau, et & la discrétion des ennemis, et perte de l'honneur et réputation du roi ; car il ne voulait pas que je me laissasse réduire & cela : et que l'on le demande à M. de la Chapelle aux Ursins, que Sa Majesté dépêcha expressément pour m'avertir que je ne me laissasse mettre à telle extrémité que de sortir avec une réputation honteuse pour lui.

Les princes sont glorieux, et combattent plus pour la gloire et l'honneur que pour acquêt*. Je veux dire que ce ne fut pas œuvre d'hommes, mais œuvre de Dieu, d'en échapper en cette sorte. Deux jours avant que nous ne sortissions de Sienne, le sénat m.e bailla mon acquit* en patente, signée de leur sceau, confessant là dedans que je n'avais point voulu capituler pour la ville ni pour nous, mais aussi que, vu l'extrémité en quoi ils étaient réduits» Je ne les avais pas voulu empêcher, m'appelant en témoignage de la loyauté et fidélité qu'ils avaient montrée au Service du roi, n'ayant aucunement failli au serment qu'il» lui avaient donné, et. que je sortais sur leur capitulation et non eux sur la mienne. Or, où trouverez-vous livre qui parle que jamais homme soit sorti d'une place sans capitulation, sinon qu'il en sortit de nuit à la dérobée, mais fton de la sorte que j'en sortis ? car chacun confessera que Je n'étais pas aux Siennois, et par conséquent ils ne- pouvaient pas capituler pour moi, comme dit le marquis au seigneur Cornelio et au capitaine Gharry. Toujours est-il que, par la volonté de Dieu, j'en sortis en cette sorte; et se trouvera la patente4 dans le trésor du roi, comme je dirai ci-après.

' Je sais bien, messieurs les gouverneurs, que plusieurs d'entre vous prendront plaisir à ce que j'ai & vous dire sur le gouvernement et conservation des places, et que d'autres l'estimeront fort peu, parce qu'il y en a de silxm naturel5 qui pensent savoir toutes choses d'eux-mêmes, et

I. En péril d'être compromis. : 4. La lettre patenté qn\ fcttfltté.

%. Profit. Lei temps sont bien duo- Henri II, au retour, l'accueillit aret gés depuis que la force prime le droit* , amitié» lni donr*a une pension, et U

3. C'esUà-dire un acte public et si- c*Uier de r0idre' gaé, témoignant que... 5. Tout ceci e*t ironique*

n'estiment rien le savoir ni l'expérience d'autrui, comme si Dieu les avait fait naître Bavants dès le ventre de leur mère1, comme saint Jean-Baptiste. Voilà pourquoi il ne se faut pas étonner si Ton voit tomber tant de gens en malheur; l'outrecuidance 3 les y mène par la main, et après les fait tomber du baut en bas un si grand saut, qu'ils ne se peuvent relever. Ge ne serait rien si la cbute ne faisoit mal qu'à eux, mais le roi et le peuple s'en sentent9. Ne dédaignez donc d'apprendre4; et, encore que vous soyez bien expérimentés, cela ne vous peut nuire d'écouter et lire les discours de vieux capitaines. Étant en l'âge de vingt cinq ans, je prenais plus de plaisir à ouïr discourir les vieux guerriers, que je ne fis jamais à entretenir* la plus belle dame. Écoutez donc ce que j'ai à vous dire. Quand votre maître vous baille une place en garde, vous devez considérer trois cboses : la première, l'honneur qu'il vous fait de se fier tant en votre sagesse, valeur et bon entendement, 4e faire choix de vous pour vous bailler une charge de telle importance. L'honneur qu'il vous fait n'est pas petit, car il honore non-seulement votre personne, mais toute votre race, vous baillant en charge une clef de son royaume * ou quelque ville qui lui importe grandement, comme était celle dont je vous ai représenté le siège. Cet honneur, dis-je, qu'il vous fait, traîne une queue * si longue, que non-seulement votre renommée s'étend par tout lé royaume d'où vous êtes sorti et aux environs de la place que vous défendrez, mais aussi par tout le monde. Nous sommes curieux d'entendre ce qui se fait bien et mal, ce qui est bon et mauvais ; et, bien que nous n'y ayons pas intérêt, encore voulons-nous savoir toutes choses : c'est le naturel de l'homme *• Et ainsi par tous les pays étrangers votre nom sera connu pour jamais, en bien ou mal ; car tout ce qui se fait est mis par écrit ; et, sans les écritures qui se font parmi le monde, la plupart des gens d'honneur ne se soucieraient d'acquérir de la réputation, car elle coûte

1. Montluo a l'expression un peu mi- 4. Il parle d'or. Ces conseils sont au*

lilaire ; mais on nous en voudrait d'at- jourd'hui plus de saison que jamais.

témter ces vivacités de langage. 5. A converser avec...

S. Outrecuidance vient dé ultra, au 6. A-t-on jamais mieux compris une

delà, et cogitare, penser. Ce mot si- responsabilité publique?

?>iifii prétomptio*. 7. A des suites si considérables...

3. Il y a un patriote sons cet homme S. Il y a par instinct un moraliste

d • guerre. dans ce compatriote de Montaigne.

trop cher '. Jamais homme n'en eut à pire marché * que moi : mais l'honnête désir que nous avons de perpétuer notre nom, comme on fait par les écrits, est cause que la peine semble bien douce * à celui qui a un cœur généreux. Il me semblait, alors que je me faisais lire Tive-Live *, que je voyais en vie ces braves1 Scipions, Catons et Césars ; et quand j'étais à Rome, voyant le Capitole, me ressouvenant de ce que j'avais ouï dire (car de moi j'étais un mauvais lecteur), il me semblait jque je devais trouver là ces anciens Romains. Donc les historiens, qui ne laissent rien6 à mettre en leurs livres, marqueront votre nom en blanc ou en noir, avec gloire ou avec honte, comme vous voyez qu'ils ont fait de tant de capitaines qui nous ont devancés7. La seconde chose que vous devez mettre devant vos yeux, c'est que vous devez penser, si vous perdez votre place, quel dommage vous apportez premièrement au roi ; car c'est son bien et sa maison, n'y ayant audune place de garde * que ce ne soit proprement la maison du roi; outre que les revenus sont siens, et dont vous le privez en perdant la place, et enrichissez son ennemi, augmentez son honneur, et faites honte à votre maître, qui voit dans les histoires, écrit pour jamais, que, sous son règne, une telle place s'est perdue. Puis vous devez penser au dommage que vous portez à ses pauvres sujets *, combien de malédictions vous donneront ceux qui sont voisins de la place que vous aurez perdue, car ils seront détruits. Par votre nonchalance ou faute de cœur, ils sont ruinés et perdus. Ils maudiront l'heure que vous fûtes jamais né, et surtout les

1. L'amour de la gloire loi tenait quelque escarmouche, je savais les an»

fort au cœur. C'est lui qui disait ail- nemis être frottes. >

leurs : « Si vous désirez monter au 4, n ne fut ^ au8gi illettrf •

bout de 1 échelle d'honnenr, ne vons je SUppose%

arrêtes pas au milieu, ains, degré par , \ ...... A .

degré, tâches à gagner le bout. » *■ n P"le ici à la Montaigne.

..Lagloirem'acoùtéplo.cherqn'à J^^*m*^~

personne.

m „ . Al, * * •* 7« « N'être né que pour soi, dit-il.

3. Ceci me rappeUe un antre trait cW dire eû bon français être né une

que je lai emprunte. Parlant des jeunes ^ête. >

qu'il avait snbis au siège de Sienne, il *

dit : « Le désir que j'avais d'acquérir 8- Place de **!***•-

de V honneur me faisait trouver cela si 9. Ce gentilhomme, aimait sérieuse»

donx qu'il ne m'était nulle peine de ment le peuple des campagnes, et plus

jeûner. Ce chétif morceau de pain m'é- que bien des philanthropes habiles à

tait un banquet , lorsqu'au retour de la phrase.

pauvres habitants qui ont, par votre faute; changé de rof et de maître, ou bien, chargeant leurs enfants sur leurs épaules *, ont été contraints d'aller chercher domicile ailleurs. 0 que ces pauvres Anglais, qui s'étaient accasés * depuis trois cents ans dans la ville de Calais, doivent maudire la lâcheté et poltronnerie de celui qui si lâche-' ment laissa perdre une si bonne place ! Gomment pourrezvous lever les yeux si vous tombez en tel malheur? Auparavant, vous étiez honoré et estimé, tout le monde sa réjouissait de votre venue, priant Dieu pour vous qu'il vous conservât. Que si ce malheur vous advient, au lieu de louanges, vous aurez des injures, pour prières, malédictions, et vous donneront • à tous les diables ; et au lieu de vous caresser, on vous tournera le dos, chacun vous montrera au doigt; de sorte que cent fois le jour vous maudirez l'heure que vous n'êtes mort dans votre place plutôt que de la rendre honteusement»

Non-seulement votre maître, les princes et seigneurs vous verront de mauvais œil, mais les femmes et les enfants* Et je veux encore passer plus outre, que * votre propre femme, encore qu'elle fasse semblant de vous aimer, elle vous haïra et vous estimera moins dans son cœur; car le naturel de toutes les femmes, est tel, qu'elles haïssent mortellement les couards et les poltrons, encore qu'ils soient bien peignés, et aiment les hardis et courageux, pour laids et difformes qu'ils soient *. Elles participent à votre honte ; et faisant semblant d'être bien aises de votre retour, elles voudraient que vous fussiez été8 étouffé, ou qu'une canonnade vous eût emporté. Car les femmes pensent que la plus grande honte qu'elles aient est d'avoir un mari couard. Ainsi vous voilà bien accommodé *, monsieur le gouverneur qui aurez perdu votre place, vu que dans votre propre foyer on vous maudira.

Mais que dirons-nous de vos enfants? on leur reprochera qu'ils sont fils d'un père lâche, et ils verront son nom par écrit) et les malheurs, dont il aura été cause ; car il n'y eut

1. Voilà un pathétique simple, à 4. E» disant que.,* rantiqne. 5, 0n geût ici ia yerdeur d'une ima-

1 Qui l'étaient établis comme à do- gj nation gasconne.

a. Et on ton» enyerra à ton» les 6- EnssiM étédiables. Locution populaire, 1* Vous toilà bien arrangCU»

i02 CLASSIQUES FRANÇAIS

Jamais perte de place, si petite soit-elle, qui n'apporte une infinité de maux. Il court un si grand malheur pour vos enfants, qu'il faut que, pour éteindre votre vilaine renommée, et mettre la leur en crédit, ils hasardent leur vie à tout propos, sans discrétion; et bien peu échappent sans mourir, de ceux qui par ce moyen se veulent faire remarquer. Combien en ai-je vu en mon temps, lesquels, ayant fait quelque signalée faute, la voulant réparer, se sont perdus, voire * exposés à la mort au premier hasard, ayant regret de vivre 1 Que si vos enfants échappent de oe malheur, encore craindra le roi, quelque grande réputation qu'ils aient acquise, de leur bailler une place en garde, craignant que les enfants ne ressemblent au père, comme il advient ordinairement. Ainsi vous ne vous ruinez pas seulement, mais toute votre postérité.

Pour éviter et rompre le col * à votre mauvaise fortune et à tous ces malheurs, il y a bon remède, lequel je me suis appris moi-môme *, et suis content de le vous enseigner si vous ne le savez. Premièrement vous devez considérer tout ce que je vous ai dit, et mettre d'un côté la honte, de l'autre l'honneur que aurez si vous défendes courageusement votre place, demeurant victorieux, ou, pour le moins, ayant fait tout ce qu'un homme de bien peut faire 4, de sortir triomphant et comme vainqueur, encore que vous soyez vaincu •, comme vous voyez que je fis en ce siège. Songez toujours que vous voyez votre prince et votre maître devant vous8, et quel visage vous devez espérer si par votre lâcheté vous perdez sa place. Et par ce qu'il n'y a eu jamais commencement en use chose qu'il n'y ait aussi sa fin, songez dès l'entrée ' quelle doit être la fin, et pensez que votre maître ne vous a pas baillé cette place pour la rendre, mais pour la sauver; qu'il ne vous l'a pas donnée pour y vivre seulement, mais aussi pour y mourir *, s'il est besoin, en combattant. Si vous lui de-

1. Et mime {verè, vraiment). 8. Cest l'impression vraie que nous

2. Et prévenir les suites d'une si laisse la lectare de «* épisode, mauvaise fortune* 6, A plus forte raison quand le mal»

3. Voilà qui est fier; mais les actes tre est la nation tout entière, l'opinion sont ici sons les paroles. publique jugeant en dernier ressort.

4. Il ne demande pas l'impossible, 7' Dès le premier jour, quoiqu'il ait dit que ce mot n'est pas 8. Le livre de Hontlue est vraiment fronçais ou du moins gascon» le bréviaire du soldai

WOITLTJO . * 'W*

mendiée à vùtfo départ : Voulez^voiw que Je meure avant de la tendre? il vous dira que vous devez combattre jusqu'au dernier jour de votre vie; car, puisque vous êtes son sujet, elle est à lui. Le seigneur de Jarnao disait quelque Jour au roi notre maître que c'était la plus grande ruse et finasse dont les rois se soient jamais avisés, d'avoir fait accroire h leurs sujets que leur vie était a eux, et que leur plus grand honneur était de mourir pour leur service, mais aussi c'avait été une grande sottise à nous de le croire, et faire tant d'état de ce beau lit d'honneur. Gela est vrai pourtant, car nos vies et nos biens sont à nos rois, l'âme est à Dieu, et l'honneur à nous; car sur mon honneur mon toi ne peut rien.

Souffrez donc toutes les extrémités i n'oublies rien de ce que doit faire un homme de bien. Je sais qu'il faut perdra, qu'il faut gagner, et il n'y a rien d'imprenable, mais désires cent-mille fois plutôt la mort, si tous moyens ne vous manquent, que de dire ce méchant et vilain mot : A foiwuis*.

entas, assAcr mv mil m subastbmi •

Le cinquième jour du siège et le vingt-troisième jour de juillet, mil cinq cent soixante-dix, un jour de dimanche, environ les deux heures de l'après-midi, je me délibérais9 de donner l'assaut, et fut l'ordre tel que M. de Sainctorens, inaréchal de camp, amènerait les troupes à la brèche, les ânes après les autres. J'ordonnai que l'on mettrait toutes les compagnies de quatre en quatre hors la ville, lesquelles te bougeraient point de leurs lieux, que M. de Sainctorens ne les allât quérir. Lequel devait demeurer trois quarts d'heure antre deux, et faire marcher les troupes l'une tprèe l'antre; et fut ordonné que les deux capitaines, qui étaient de garde auprès de la brèche, donneraient des premiers, qui étaient Lartigue et Salles de Béarn; et en achetant notre ordre, on me Vint dire que nos deux canons, Ei battaient par flanc, lesquels la nuit on avait remués, lent abandonnés, et qu'il n'y avait homme qui s'y osât montrer, car notre artillerie même avait ruiné tous les

l. Que cet piges tient pour oom- ras, nos espéuroces, Uentaira» l'expérience de nos malheurs, ' 2. Chef-lieu de canton, près d'Alby. Ht souvenirs , nos regrets, nos colè- 3. Je prenais la résolution...

gabions â. Je laissai entre les mains dé MM* de Gondrra et

de Sainctorens * de parachever Tordre du combat, c'est à savoir quelles compagnies iraient une après l'autre ; et m'encourus par dehors au trou * de la muraille ; et n'y trouvai que dix ou douze pionniers * le ventre à terre. Et comme à mon arrivé je vis ce désordre, promptement me souvint d'une quantité de fascines * que j'avais fait apporter le jour devant • dans la ville : et dis aux gentilshommes ces paroles : « Gentilshommes, mes compagnons, j'ai toujours vu et ou! dire qu'il n'y a travail ni faction 7, que de noblesse : suivez-moi tous, je vous prie, et faites comme moi. 9 Ils ne se firent pas prier, et allâmes, à grands pas, droit aux fascines, qui étaient dansla ville, et au milieu d'une rue, où il n'y avait homme qui osAt demeurer; et pris une fascine sur le col : et toute cette noblesse en prit chacun la sienne. Et y en avait prou 8 qui en portaient deux : et tournâmes • sortir hors la ville, par là où nous étions entrés. Et ainsi marchai le premier jusques au trou. Et en nous allant j'avais commandé que l'on me fît venir quatre ou cinq hallebardiers *°, lesquels je trouvai arrivés au trou, et les lis entrer. Nous leur jetions les fascines dans le trou, et eux avec la pointe des hallebardes les prenaient, et les couraient jeter sur les gabions pour les hausser. J'oserais affirmer, et à la vérité, que nous ne demeurâmes point un quart d'heure à faire cette diligence. Et incontinent que l'artillerie fut couverte, Tibauville rentra, et les canonniers, et commença à tirer plus furieusement qu'ils n'avaient fait tous les autres jours, car il semblait qu'un coup n'attendait pas l'autre ; et tout le monde le secourait d'une fort grande volonté. Capitaines, si vous faites ainsi, et que vous mettiez la main à la besogne, vous y ferez aller tout le monde. La honte même les y pousse, et les y forcé. Quand il fait chaud en quelque lieu, si le chef n'y va", ou

1. Panier rempli de terre, pour 1. Action* èclat,b6afait.U\\*tox*

mettre à couvert les travailleurs. Pasquier : < Pour avoir logis dedans

i. Le soin de.» Mn quartier et le suivre à toutes sail-

3. Brèche. ^LrT^f TS?1"1, * (L"'' '' ^ S* édit., Amst., 1723.)

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