‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 112 sur 559 · Nous eut quittés. chrétienne, c'est-à-dire chevaleresque · texte numérisé non relu

Nous eut quittés. chrétienne, c'est-à-dire chevaleresque

5. Ce!a réconforte d'entendre un pa- 9. Des Prussiens les auraient venreil langage. On ne sent pas dans cette dus au poids de l'or dans de fausse* &i41e et courtoise franchise le paleli- bulauces.

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y étaient, avec moi, que ce pain-là sauva la vie à plus de deux cents personnes, et s'en trouvera assez qui diront à plus de quatre cents. Et encore ne se put-il faire qu'il n'en mourût plus de cinquante ce jour-là même; car nous avions demeuré depuis le mercredi jusqu'au dimanche sans manger que six onces de biscuit par jour et par homme; et le jeudi, de deux chevaux que j'avais, j^en fis tuer un qui vaudrait à présent plus de deux cents ecus : il est vrai qu'il était pour lors bien maigre; et je le dôpartis1 par toutes les compagnies françaises et italiennes, et fis prendre toute l'huile des lampes des églises, et la distribuai pareillement aux soldats; et avec des mauves et orties ils faisaient cuir cette chair et huile, et ainsi se sustentèrent jusqu'au dimanche matin, qu'il n'y avait homme quand nous sortîmes, qui eût mangé un morceau2. Le marquis me fit apporter quatre flacons de vin, avec cinq ou six pains blants; et, comme nous fûmes à Arbia-rotta, fîmes halte au long de la rivière, sous des saules qu'il y avait, mangeant ce pain*. Je donnai deux des flacons de vin aux Siennois, les deux autres nous les bûmes, chacun un peu, et après nous mîmes en chemin droit à Montalsin. Et comme nous fûmes près de Bonconvent, où était la garnison, le sieur Cabri en fit retourner l'escorte à pied; et jusqu'à ce qu'il vît M. de Strozzi', qui venait au devant de nous avec une troupe de gens à cheval, il ne nous abandonna; et alors il me dit adieu, et nous embrassa, comme' il fit les sieurs Gornelio, comte de Gayas, et tous nos capitaines ; car il était un fort honnête gentilhomme et brave soldat, s'ils en avaient en leur camp. Et ainsi arrivâmes à M. de Strozzi, et nous embrassâmes sans nous pouvoir dire mot*; et ne sais lequel de nous deux avait plus le cœur serré, pour le souvenir de nos fortunes 6.

i. Je le partageai {partirai c'est le n'abusons pas des comparaisons don*

sens étymologique. looreuses.

2. Montluc, dans la défense de Sienne, 3. Quelle simplicité dans ©si épi-

n'avait jamais parlé que pour agir. 11 «xle qui touche aux larmes!

n'abusa point des proclamations sté- u .^ d

riles Son plan était connu de touj le néral fin ^J,^^*

monde. Il consistait à tenir bon jus- # * **««*.

qu'à la dernière cartouche et au der- 5 Ils ne s'étaient pas tus depuis la

nier morceau de pain. Quand il faisait défaite de Marciano, qui avait forcé

une sortie, le brouillard no l'empêchait Montluc à subir seul la responsabilité

point de voir les manœuvres de ses du siége.

troupes. 11 avait de bons yeux, même 6. Voilà des traits de sincérité qui

en pleine nuit. Mais soyons justes, et nous charment.

Et ainsi nous arrivâmes tous décharnés, et presque ressemblant à des morts, à Montalsin1, qui était le dimanche; et le lundi et le mardi nous demeurâmes enfermés avec les trésoriers et contrôleurs, pour regarder à la dépense et à ce que j'avais emprunté pour prêter aux soldats*; et trouvâmes que le roi nous devait quatre mois. Et me donna ledit sieur de Strozzi du sien propre, pour m'en retournée en France, cinq cents écus : je jurerais qu'il ne lui en demeura pas la moitié autant; car le sieur Gornelio et moi fûmes contraints d'emprunter quatre cents écus pour désengager son grand Ordre3, qu'il avait engagé chez un juif4 au commencement qu'il arriva à Sienne. Je lui voulus rendre depuis, et môme à Thionville, mais jamais il ne les voulut reprendre et se moquait de moi. Voilà la fin du siège.

0 mes compagnons qui me ferez cet honneur que de lire mon livre, ne m'accordez-vous pas ce que j'ai dit ci-dessus, que Dieu * avait accompagné autant ma fortune qu'il fit jamais à capitaine de mon âge? Vous avez noté les grandes adversités que j'eus en ce siège, et le peu de moyens que j'Avais, sans qu'on m'en pût donner de dehors, pour être le roi fort engagé de tous côtés •• Vous avez entendu qu'aucun n'épargnait rien ; vous avez aussi vu la grande famine que j'y endurai, les traverses que me donnait le marquis, l'extrémité où je fus réduit. Et si bien le considérez, vous trouverez que j'ai été autant secouru de Dieu qu'homme qui ait porté les armes il y a cent ans7. Je ne peux mentir en mon livre, car il y a trop de témoins qui sont en vie. Connaissez-vous8 si je vous ai dit la vérité, quand j'ai écrit qu'il faut employer tout ce que Dieu a mis aux hommes avant que se tenir pour vaincu? Connaissez -vous s'il me fallut rien oublier, et que, si j'eusse rien oublié, en quel état je me trouvais et mettais cette pauvre cité, et en-

-1. GTttt une place voisine de Sienne, avoir foi, i faire croire aax Siennoir

8. Montlnc n'avait pu vivre que d'ex- «M **» ••»»« arriveraient. Au fond, :

pédients. U dut y mettre du sien. n ^^ bien 9ue le roi nft pouvait en*

. - .. . . ., . . a . . " voyer ni un homme , ni un éca. Que

SJjes diamants de Tordre de Sainte ^ foïs ne ^e^ ^ lt m^x

li,cliel* , , ébranlé de cette cité réduite à la dé-

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