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Il me fault icy adresser ma parole à ceux, lesquels n'ayans rien de Christ sinon'le titre, veulent néanmoins estre tenus pour chrestiens. Mais quelle hardiesse est-ce à eux, de se glorifier de son sacré nom, veu que nul n'a accointance * à luy, sinon celuy qui Ta droitement2 cogneu par la parole de l'Évangile! Or Saint-Paul nie qu'un homme en ayt receu droite cognoissance, sinon qu'il ayt apprins de dépouiller le vieil homme qui se corrompt en désirs désordonnés, pour estre vestu de Christ. Il appert3 donc que c'est à fausses enseignes4 que telle manière de gens prétendent la cognoissance du Christ : Et lui font en cela grande injure, quelque beau babil6 qu'il y ayt en la langue. Car ce n'est pas une doctrine de langue que l'Évangile, mais de vie : et ne se doibt pas seulement comprendre d'entendement et mémoire, comme les aultres disciplines, mais doibt posséder entièrement Hame, et avoir son siège et réceptacle au profond du cœur : aultrement il n'est pas bien receu. Pour quoy* ou qu'ils s'abstiennent de se vanter, avec l'opprobre de Dieu, d'estre ce qu'ils ne sont pas : ou qu'ils se monstrent disciples de Christ. Nous avons bien donné le premier lieu à la doctrine, en matière de religion, d'autant qu'icelle est le commencement de notre salut; mais il fault aussy que pour nous estre utile et fructueuse, elle entre du tout7 au dedans du cœur, et monstre sa vertu en nostre vie : veoir mesme* qu'elle nous transforme en sa nature. Si les philosophes ont bonne cause de se courroucer contre ceux lesquels font profession de leur art, qu'ils appellent maistre de vie, et cependant le convertissent en un babil sophistique : combien avons-nous meilleure raison de détester ces babillars, lesquels se contentent d'avoir 1 Évangile au bec9, lemesprisans en toute leur vie? Veu que l'efficace10 d'icelui devroit pénétrer au profond du cœur, estre enracinée en
1. Accointance (du latin barbare 6. Quare, comme en latin, en tète ëCtognitarc, fréquenter). d'une phrase.
î. Avec droUure de cœur. ?• D* tout —, c'est-à-dire entière-
ment, J^WVWW. n«tm.- I.Fffr-r-frtitlfr„nttalm
vefe)»
4. Enseignes (de insignia, marques). 9< Bec% mot d'0jjgine celtique.
5. Babil fait onomatopée: ce mot 10. L'efficace, Ce mot se retrouvera imite le son. au xvu* siècle, pour Y efficacité.
l'âme cent mille foys plus que toutes les exhortations philosophiques, lesquelles n'ont pas grande vigueur au prix1. 3e ne requier pas que les mœurs de l'homme chrétien me soyent que pur et parfaict Évangile; combien que1 cela soyt à désirer, et se fault efforcer de le faire : toutesibys je ne requier point tant étroitement et avec si grande rigueur une perfection évangélique que je ne veuille recognoistre pour cfcrestiens, sinon celuy qui aura atteint à i celle. Car par ce moyen tous hommes du monde seroient exclus de l'Églyse : veu qu'on n'en trouvera pas un qui n'en soyt encore bien loin, jaçoit» qu'il ayt bien profité, et la pluspart n'est encore guères avancée : et toutesfoys pour cela ne les fault point rejetter. Quoy donc? certes il nous fault avoir ce but devant nos yeux, auquel toutes nos actions soyent compassées : c'est de tendre à la perfection que Dieu nous commande, ll.nous fault, dis-je, efforcer et aspirer de venir là. Car ce n'est pas chose licite que nous partissions4 avec Dieu, en en recevant une partie de ce qui nouB est commandé en sa parole, et laissant l'aultre derrière à nostre fantaisie. Car il nous recommande tousjours en premier lieu, intégrité : par lequel mot il signifie une pure simplicité de cœur, laquelle soyt vide et nette de toute feintise*, et laquelle soyt contraire à double cœur. Mais pour ce que, cependant que nous conversons* en ceste prison terrienne, nul de nous n'est si fort et bien disposé, qu'il se haste en ceste course d'une telle agilité qu'il doibt : mesme la pluspart est tant faible et débile qu'elle vacille et cloche, tellement qu'elle ne se peut beaucoup advancer : allons un chacun 7 selon son petit pouvoir, et ne laissons point de poursuivre le chemin qu'avons commencé. Nul ne cheminera si pourement*, qu'il ne s'advance chacun jour quelque peu pour guaigner pays. Ne cessons donc point de tendre là, que nous profitions assiduellement en la voye du Seigneur; et ne perdons point courage, pourtant si nous ne profitons qu'un petit. Car combien que la chose ne responde point à nostre souhait, si9 n'est-ce pas tout perdu, quand le jour d'huy I0