Le mot a pris une nuance ironi- de ses maîtres
que ; il était alors sérieux. ^ Mais
t. Flutarque est Grec, on le voit
bien. 5. On dit encore poignant.
S. Pas tant qus cela ; il se souvient 6. Avaient placé, collocaverant.
de sorte que tous les assistans s'en mettant à rire hault et clair, jusques aux juges mesmes, Caton aussy se souriant un petit l se prit à dire à ceux qui estoient assis auprès de lui : « Que nous avons un grand rieur et un grand moqueur do consul, seigneurs! » Mais sans cela il semble que Cicéron a tousjours fort aimé à rire et à se moquer, tellement que sa face mesme, seulement à la veoir, promettoit bien une nature joyeuse, gaie et enjouée : là où au visage de Démosthènes on lisoit tousjours une activité, un chagrin resveur et pensif qui ne le laissoit 2 jamais, de manière que ses ennemis, comme il le dit lui -mesme, l'appeloient fascheux et pervers,
D'advantage en leucs compositions on veoit que l'un parle sobrement à sa louange, de manière qu'on ne s'en sauroit offenser, et non jamais, sinon qu'il en soyt besoin pour le regard de quelque chose de conséquence , au demourant fort réservé et fort modeste à parler de soy-mesme : et au contraire les démesurées répétitions dont usoit Cicéron à tout propos en 3es oraisons, monstroient une excessive cupidité * de gloire... Il y a plus, qu'il ne louoit pas seulement ses actes et sesfaicts, mais aussy les harangues qu'il avoit escriptes ou prononcées, comme s'il eust eu à s'éprouver* à rencontre d'un Isocratesou d'un An axi mènes, maistre d'école de rhétorique, et non pas à manier et redresser un peuple romain... Car il est bien nécessaire qu'un gouverneur d'estat poli tique acquière autorité par son éloquence : mais d'appéter 8 gloire de son beau parler, ou, qui pis est, la mendier, c'est acte de cœur trop bas : et pourtant en ceste partie iault-il confesser que Démosthènes est plus grave et plus magnanime, qui luy-mesme alloit disant que toute son éloquence n'estoit qu'une routine acquise par long exercice, laquelle avoit encore besoin d'auditeurs qui voulussent ouïr patiemment, et qui réputoit sots et impertinens, comme à la vérité ilssont,ceux qui s'en glorifioient... On blasme Démosthènes d'avoir faict gain mercenaire de son éloquence, et qu'il escrip voit secrètement une oraison pour Phormion, et une pour Apollodorus en mesme cause où ils esloient parties contraires : et fut aussy noté de recevoir argent du roy de Perse, et de faict condamné pour l'ar-
t. Voilà du pur Amyot. 4. A. rivaliser avec...
t. Quittait. 5. Le mot est tombé en désuétude
S. Ce mot ne t'emploierait plus ainsi . [Avoir appétit de).
gent qu'il avoit pris deHarpalus. Et si d'adventure on vouloit dire que ceux qui escripvent cela, qui sont plusieurs, no disent pas la vérité, pour le moins estoit-il possible de réfuter ce poinct, que Démosthènes n'a pas esté homme de cœur assez forme, pour oser franchement regarder à rencontre des présens que les roys luy ofFroient en le priant de les accepter pour l'honneur d'eux et pour leur faire plaisir : aussi n'estoit-ce pas acte d'homme qui prestoit à usure navale, la plus excessive de toutes. Et à l'opposite, comme nous avons jà dit, il est certain que Gicéron refusa les présens que luy offrirent les Siciliens pendant qu'il estoit questeur, et le roy.des Gapadociens, pendant qu'il estoit en Cilicie proconsul, et mesmement ceux que luy présentèrent et le pressèrent d'accepter ses amis en bonne et grosse somme de deniers, quand il sortit de Rome à son bannissement..; Et, après tout, la mort de Cicéron est misérable, de veoir un pauvre vieillard *, que par bonne affection envers leur maistre ses serviteurs traisnoient ça et là, cherchant tous moyens de pouvoir échapper et fuir la mort, laquelle ne le venoit trouver guères de temps avant son cours naturel, et puys encore à la fin luy veoir, tout vieil qu'il estoit, ainsy piteusement trancher la teste : là où Démosthènes, quoiqu'il s'abaissast un petit quand il supplia celuy qui estoit venu pour le prendre, si est-ce qu'avoir préparé le poison de longue main, l'avoir toujours gardé, et en avoir usé comme il en usa, ne peult estre si non grandement louable. Car puisque ne plaisoit pas au dieu Neptune qu'il jouist de la franchise de son autel, il eut recours, par manière de dire, à une plus grande, qui est la mort, et s'y en alla en se tirant soy-mesme hors des mains et des armes des satellites d'un tyran, et se moquant de la cruauté d'Antipator f.
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Ayant donques8 Numa faict ces choses à son entrée*, pour tousjours gaigner de plus en plus l'amour et la bienveillance du peuple, il commença incontinent à tascher d'amollir et adoucir, ne plus ne moins qu'un fer, sa ville, en
1. Le bon cœur de Plutarque se et Dialogues sur l'éloquence.) laisse attendrir. 3. Aphérèse de l'ancien français
S. (Voyez, snr le même sujet, Mon- ^onc {ad tune, jusqu'alors). taigne et Fènelon. Lettre à l'Académie, . 4. A son avènement.
la rendant, au lieu de rude, aspre et belliqueuse qu'elle estoit,plus douce et plus juste. Car sans point do doubte, elle estoit proprement ce que Platon appelle une ville bouillante1, ayant première tuent été fondée par hommes les plus courageux et les plus belliqueux du monde qui, de tous côtes, avec une audace désespérée, s'estoient illec* jetés et assemblés : et depuys s'estoit accreue et fortifiée par armes et guerres continuelles, tout ainsy que les pilotis1 que Ton fiche dedans terre, plus on les secoue et plus on Jes affermit et les faict-on entrer plus avant. Parquoy*Numa, pensant bien que ce n'estoit pas petite ne légère entreprise, que de vouloir adoucir et ranger à vie pacifique un peuple si hault à la main1, si fier et si farouche, il6 se servit de l'aydc des dieux, amollissant petit à petit et attiédissant ceste fierté de courage et ceste ardeur de combattre, par sacriikes,festes, danses et processions ordinaires qu'il célébroit luy-mesme...
Tant estoient, dit-il, toutes occasions de guerre et partout esteiiites et amorties: à cause que, non-seulement à Rome, le peuple se trouva amolly et adoucy par l'exemple de la justice, clémence et bonté du roy, mais aussy aux villes d'alenviron7 commença une merveilleuse mutation de mœurs, ne plus ne moins que si c'eust esté quelque doulce haleine d'un vent salubre et gracieux qui leur eust soufflé ducosté de Rome pour les rafraischir; et se coula tout doulcement es8 cœurs des hommes un désir de vivre en paix, de labourer la terre, d'eslever des en fans en repos et tranquillité, et de servir et honorer les dieux : de manière que par toute l'Italie n'y avoit que lestes," jeux, sacrifices et banquets9. Les peuples hantoient et trafiquoient10 les uns avec les aultres sans crainte ne danger, et s'entrevisitoient en toute cordiale hospitalité, comme si la sapience11 de Numa eust esté une vive source de toutes bonnes et honnestes choses, de laquelle plusieurs ruysseaux se fussent desrivés
I. Bouillante (de bullire, italien 7. De virer (tourner). Oa trouve
yjLltieare, faire des MUs). dans Pline viria (anneau),