‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 188 sur 559 · Montaigne parle en un siècle trouve plus au xvu* siècle · texte numérisé non relu

Montaigne parle en un siècle trouve plus au xvu* siècle

n'est pas en sa puissance de cognoistre la moindre partie, tant s'en fault de la commander? Et ce privilège qu'il s'attribue d'estre seul en ce grand bastiment qui ayt la suffisance * d'en recognoistre la beauté et les pièces, seul qui en puisse rendre grâces à l'architecte, et tenir compte de la recepte 2 et mise du monde. Qui luy a scellé ce privilège? qu'il nous monstre lettres 8 de ceste belle et grande charge : ont-elles esté octroyées en faveur des sai-' ges 4 seulement? Elles ne touchent guère de gens : les fols et les meschants sont-ils dignes dé faveur si extraordinaire, et, estant la pire pièce du monde, d'estre préférés à tout le reste?

Quoi ! Dieu nous a-t-il mis en mains les clefs et les derniers ressorts de sa puissance? s'est-il obligé à n'oultrepasser les bornes de nostre science? Mets le cas •, ô homme, que tu ayes peu remarquer icy quelques traces de ses effects; penses-tu qu'il y ait employé tout ce qu'il a peu, et qu'il ayt mis toutes ses formes et toutes ses idées en cest ouvraige? Tu ne veoies que l'ordre et la police de ce petit caveau où tu es logé, au moins si * tu la veoies; sa divinité a une juridiction infinie au delà; ceste pièce n'est rien au prix 7 du tout ; c'est une loy municipale que tu allègues, tu ne sçais pas quelle est l'universelle *•

LA TBRTO ET LA CLOMIS •

La vertu est chose bien vaine et frivole, si elle tire sa recommandation de la gloire. De faire que les actions soient cogneues et veues, c'est le pur ouvrage de la fortune; c'est le sort qui nous applique la gloire, selon sa témérité. Je l'ai veue fort souvent marcher avant le mérite; et souvent oultrepasser le mérite, d'une longue mesure. Celuy qui premier • s'advisa de la ressemblance de

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