Il donne l'exemple près du eon- ^otre esprit
seiU Nul n'a plus illustré notre lan~ 14. Si le français n'y arrive, dit-il
pie, mais ingénieusement , ce qu'ignora ailleurs, que le gascon y mène.
Plutarque, depuis qu'il est françois1, et Seneque onttouts deux cette notable commodité pour mon humeur, que la science que j'y cherche y est traictée a pièces descousues, qui ne demandent pas l'obligation d'un long travail, de quoy je suis incapable : ainsi sont les opuscules de Plutarque, et les epistres de Seneque, qui sont la plus belle partie de leurs escripts et la plus prou fi table. Il ne fault pas grande entreprinse 2 pour m'y mettre; et les quitte où il me plaist : car elles n'ont point de suitte et dépendance des unes aux aultres. Ces aucteurs se rencontrent 3 en la plu spart des opinions utiles et vrayes; comme aussi leur fortune lesieit naistre environ mesme siècle; touts deux précepteurs de deux empereurs romains ; touts deux venus de pais estrangier *; touts deux riches et puissants. Leur instruction est de la cresme de la philosophie, et présentée d'une simple façon, et pertinente '. Plutarque est plus uniforme et constant ; Seneque, plus ondoyant * et divers. Cettuy cy se peine, se roidit et se tend, pour armer la vertu contre la foi blesse, la crainte et les vicieux appétits ; L'aultre semble n'estimer pas tant leurs efforts, et desdaigner d'en haster son pas et se mettre sur sa garde 7 : Plutarque a les opinions platoniques, doulces et accommodables à la société civile ; L'aultre les a stoïquea. et épicuriennes, plus esloicgnees de l'usage commun, mais, selon moy, plus commodes en particulier8 et plus fermes. Il paroist en Seneque qu'il preste un peu à la tyrannie »
i. Parla grâce d'Àmyot gnifie souple et mobile comme l'eau.
J. Il veut dire qu'il n'est pas besoin 7. C'est-à-dire de se mettre en garde
de préparation et d'apprêt ; il les contre Vememi. Il a plus de naturel
prend, il les quitte à n'importe quelle et d'aisance. • Plutarque, dit Joubert,
P>6«* est dans ses morales l'Hérodote de la
3. Ont les mêmes sentiments. philosophie. » Il ajoute; « Il y dit ce
4. Plutarque. né à Ghéronée Ter. qu? "*£**' q°e cî, qf \ T5 48 de J.-C, Tint i Rome sous Domi- ftn **«t**««it H«*». il est plus clair tien. (Voyei l'excellent ouvrage de q^lm , et cependant il a moins de M.œuYeWd,sursesŒiaTe*wo- ?amièw et cause à lame moins de raies.) Seneque, originaire de Cordoue, low- »
naquit l'an 8 ar. J.-C. 8. Plus appropriées à l'usage parU-
5. Pertinent (quod pertinèi ad) ; ee culier. qui a trait à ce que l'on veut prouver. 9. C'esU-dire qu'il l'accepte et s'y .
§. Montaigne aime ce mot, qui si- résigne.
des empereurs de son temps: car je tiens pour certain que c'est (l'un jugement forcé qu'il condemne la cause de ces généreux meurtriers de César; Plutarque est libre par tout : Seneque est plein de poinctes et saillies ; Plutarque, de choses : celuy là vous eschauffe plus et vous esmeut : cettuy cy vous contente davantage et vous paye mieulx ; il nous guide, l'aultre nous poulse.
cbcArow
Quant à Cicero, les ouvrages qui me peuvent servir chez luy à mon desseing, ce sont ceulx qui traictent de la philosophie spécialement morale* Mais, à confesser hardiement la vérité, sa façon d'escrire me semble ennuyeuse ' ; et toute aultre pareille façon : car ses préfaces, définitions et partitions consument la pluspart de son ouvrage; ce qu'il y a de vif et de mouelle 2 est estouffé par ses longueries d'apprests *• Si j'ay employé une heure à le lire, qui * est beaucoup pour moy, et que je ramentoive * ce que j'en ay tiré de suc et de substance, la plus ' part du temps je n'y trouve que du vent * ; car il n'est pas encore* venu aux arguments qui servent à son propos, et aux raisons qui touchent proprement le nœud que je cherche. Pour moy, qui ne demande qu'à devenir plus sage, non plus sçavant et éloquent, ces ordonnances logiciennes et aristotéliques ne sont pas à propos ; je veulx qu'on commence par le dernier poinct7 : j'entends assez que c'est* que Mort et Volupté; qu'on ne s'amuse pas à les anatomizer •. Je cherche des raisons bonnes et fermes, d'arrivée10, qui m'instruisent à en soustenir11 l'effort : ny lessubtilitez grammairiennes12; ny l'ingénieuse contexture de paroles et d'argumentations, n'y
1. Ce n'est ici qu'une opinion per- pelle à mon esprit (de ramentevoir). soonelle. Noos n'acceptons pas ces se- 6. c»ert i^te, mais avec une part vérités comme jugement définitif. £e yérité.
2. La mette, c'est-à-dire la «*- 7< Qyon ^11* droit an vît de la tlance exquise [medulla). Joubeit a question.
dit: « Il y a mille manières d'apprêter T , . .
et tarioaaer la pitoU; Cicéron le. »• * «>"V™** « <P« <?*«W>
aimait toutes. » &• De «v«©m, dissection.