Durant le peu de tempe qnè
LA BOÉTII
toi
n'eust fourny, s'il eust fallu, des capitaines aulx armées des conemys? Si non qu'il semble qu'en ces glorieux jours là n'estoit pas tant la battaille des Grecs contre les Perses, comme la victoire de la liberté sur la domination, et de la franchise sur la convoitise1.
MB COUKTMAJff
Quelle peine , quel martyr est-ce, viray Dieu! Estre nuict et jour pour songef, pour plaire à un, et néantmoins se craindre de luy, plus que d homme du monde; avoir toujours l'œil au guet, l'oreille aux escoutes, pour espier d'où viendra le coup, pour descouvrir les embusches, pour sentir9 la mine de ses compaignons, pour ad viser qui le trahit; rire à chaseun* se craindre de tous, n'avoir aulcun ny ennemy ouvert* ny amy asseuré; ayant totisjoufs le vifiàge riant fet le cœur transy ; ne pouvoir estre joyeux, et a'oser estre triste» !
t. Tout ce traité est un oommentaire to e» beau Vers de la Pbarsale :
Crains-tu donc tellement qui n'est fort m *l* toi»
i. Notis dirions éventer la mine.
S. Dans une lettre où il rend compte i soq père de la mort de son ami, Montaigne dit : « 'Ifonr vous faire ▼feeir ce courage invincible dans un •Mpa atttrè et assommé par les furieux efforts d« u mort et de la douleur, je confesse qu'il y fauldrolt un beaucoup
meilleur style que le miens parte qu'enoores que durant sa ?ie, quand il parloit de choses graves et importantes, il en parloit dételle sorte qu'il estoit malaisé de si bien escripre, il est-ce qu'à ce eoop il sembloit que son esprit et sa langue s'effbreeasMut I l'envyj comme pour luy faire leur dernier service : car, sans doubte, je m le vois jamais plein ny de tant et de al belles imaginations, ny de tant d'éloquence comme il a esté 1e long de ceste maladie.*
Né à Paris, fils d'un libraire qui fut père de vingt-cinq enfants, nourri parmi les livres en plein quartier latin, d'abord avocat, puis prêtre, prédicateur et théologal 1> successivement attaché à plusieurs diocèses , Charron, âgé de quarante-huit ans , songeait à se faire chartreux au moment où la Ligue levait ses boucliers. Il fut rendu à lui-même par les conseils et l'amitié de Montaigne, qui lui permit, avant de mourir, de porter ses armoiries. Contemporain de la Satire Ménippée, son livre des Trot* Vérités, qui parut en 1594, servit utilement la cause de la restauration royale , et fut dédié à Henri IV. Mais il doit surtout sa réputation à son traité de la Sagesse, qu'il publia en 1601. Pour l'apprécier, il ne faut pas oublier qu'il suivit de près ces guerres religieuses dont l'explosion avait mis la France en feu. Charron voulait désarmer les colères et guider la raison publique vers la tolérance par le chemin du doute. Il prétendait justifier ainsi sa devise : Paix et peu. Ce ne fut pas l'avis du Parlement et de l'Université , et un orage eût éclaté si le président Jeannin n'en avait conjuré les menaces.
Ajoutons que le doux et honnête théologal demeura toujours chrétien sincère. Quand il fut pris d'apoplexie foudroyante dans une rue de Paris où il tomba et mourut , son premier mouvement fut de se jeter à genoux pour prier Dieu.
Son célèbre ouvrage se compose de trois livres. Il y parle 1« sur l'homme, sa misère, ses faiblesses et ses diverses conditions; 2© sur la manière d'échapper aux erreurs et aux passions; 3° sur la prudence, la justice, la force et la tempérance. Héritier de Montaigne , il réduisit en système les doctrines de son maître. L'un disait : Que sais-je ? L'autre affirma qu'il ne savait rien. H abrège, il ordonne les Essais, et nous en offre une sorte d'édition didactique, a D'un jardin anglais ou du verger d'Aloinous, dit M. Sainte- Beuve, il fit une pièce de terre labourable. » Sain, grave et scrupuleux, son style eut aussi ses lueurs d'emprunt , ses formes vives qui ne dépareraient pas l'original. Il mérite donc de garder sa place près de l'auteur des Essais , comme Nicole dans le voisinage de Pascal*
Haine est une estrange1 passion qui nous trouble estran-
I. Prêtre attaché à un chapitre pour î. Étrange (de txtrancut, qui non f enseigner It théologie. est étranger).
gement et sans raison; et qui a-t-il1 au monde qui nous tourmente plus que cela? Par eeste passion nous mettons ea la puissance de ce que nous haïssons2, de nous affliger et vexer; la veue nous en esmeut les sens, la souvenance* nous en agite l'esprit, et veillans et dormans. Nous nous le représentons avec un despit* et un grincement* de dents, qui nous met hors * de nous, et nous deschire le cœur, et par ce moyen recepvons en nous-mesmes la peine du mal que nous voulons à aultruy : celuy qui hait est patient7, le hay est agent, au rebours8 du son des mots ; le haineur9 est en tourment, le hay est à son ayse. Mais que haïssonsnous? Les hommes, les affaires? Certes nous ne haïssons rien de ce que nous debvons ; car s'il y a quelque chose à haïr en ce monde, c'est la haine mesme, et semblables passions contraires à ce qui doibt commander en nous; il n'y t an monde que cela de mal pour nous.
m i/AYAmica
Avarice est passion vilaine*0 et lasche des sots populaires11, qui estiment les richesses comme le souverain bien de l'homme, redoubtent pauvreté comme le plus grand mal et poisent les biens dans la balance1* des orphebvres19 ; mais nature nous aprend aies mesurer à l'aulne de la nécessité.. • La nature semble, en la naissance de l'or, avoir entièrement présagé la misère de ceux qui le doibvent aimer: dans les terres où il croist, il ne vient ny herbe, ny plante, ny rien qui vaille; comme nous annonçant14 que dans les esprits où la soif de ce métal viendra, il n'y demourera aulcun vestige d'honneur et de vertu.