Ce mot, nous l'avons dit, vient ment
pouvez dire, que rie» n'est à vous. Et sembleroit, que meshuy * ce vous serait grand heur 2, de tenir à moitié vos biens, vos familles et vos vies : et tout ce degast s, ce malheur vous vient, non pas des ennemys, mais bien certes de l'ennemy, et de celuy que vous faictes si grand qu'il est, — pour lequel vous allez si courageusement à la guerre, pour la grandeur duquel vous ne refusez point de présenter à la mort vos personnes *. Celuy qui vous maistrise tant, n'a que deux yeulx, n'a que deux mains, n'a qu'un corps, et n'a aultre chose que ce qu'a le moindre homme du grand nombre in fin y de nos Villes : sinon qu*il a plus que vous tous l'avantage que vous luy faictes pour vous destruire. D'où a-t-il prins1 tant d'yeulx? d'où vous espie-t-ile, si vous ne les lui donnez? Gomment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les prend de vous? Les pieds dont il foule vos Citez, d'où les a-t-il, s'ils ne sont des vostres? Gomme 7 a-t-il aulcun pouvoir sur vous, que8 par vous aultres mesmes? Comment vous oseroit-il courir sus, s'il n'avoit intelligence avec vous? Que pourroit-il faire, si vous n'estiez recelleurs du larron* qui vous pille? complices du meurtrier qui vous tue, et traistres 10 de vous mesmes? Vous semez vos fruicts, afin qu'il en face le degast. Vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir à ses voleries ! Vous nourrissez vos enfans, afin qu'il les meine en ses guerres, à la boucherie ll, qu'il les face les ministres de ses convoitises, les exécuteurs de ses vengeances. Vous rompez à la peine vos personnes, afin qu'il se puisse mignarder w en ses délices. Vous vous affaiblissez, afin de le faire fort et roide à vous tenir plus courte la bride. Et de tant d'indignitez, que les Bestes mesmes ou ne sentiroyent point, ou n'endureroyent point, vous pouvez vous en délivrer, si vous essayez, non pas de vous en délivrer, mais seulement de le vouloir faire. Soyez
<. Désormais 7. Comment?
î Uewr, jadis eut aûr, (chance 8. Sinon,
heureuse ou malheureuse), vient de au- 9. Latro.
gurhun (présage). 10. Traditores.
3. Dégât, du verbe dégâter, [de il. Boucher, celai qni tne les boucs, Wtqrt). dont la viande était recherchée an
4. C'est nn appel aux armes. moïen *«•; <n le?r1>fat inAtordit de
"^ Tendre de 1 agneau). Becco, boue.
5'Pri8' 1*. Du haut allemand minnië
t.EspijHe, espion. (amour).
2Sti CLASBÎOtJEfe FRANÇAIS
reBoleus de ne servir plus, et vous voylà libres. Je ne veux pas que voub le poussiez ; mais seulement ne le soustenez plus; et vous le verrez comme un grand colossu, à qui on a deerobé la base, de son poids meame fondre en bas, et se rompre.
Qu'on mette d*un costé cinquante mille hommes en armés; d'un aultre, autant; qu'on les renge en bataille; qu'ils viennent à se joindre, les uns, libres, combattante pour leur franchise, les aultres pour la leur oster ; auxquels promettra * on par conjecture la victoire? lesquels pensera on qui plus gaillardement iront au combat, ou ceulx qui espèrent pour guerdon * de leur peine l'entretenement * de leur liberté, ou ceulx qui ne peuvent attendre loyer * des coups qu'ils donnent ou qu'ils reçeoivent, que la servitude d'aultruy? Les uns ont tousjours devant leurs yeul* le bonheur de leur vie passée, l'attente de pareille ayse ' à r ad venir; il ne leur souvient pas tant de ce qu'ils endurent ce peu de temps * que dure une bataille» comme de ce qu'il conviendra à jamais endurer à eulx,à leurs enfants et à toute la postérité. Les aultres n'ont rien qui les enhardisse, qu'une petite poincte de convoitise qvji se rebute ' eoubdain contre le dangier. Aux battailles tant renommées de Miltiade, de Leonide, de Themistocle, qui ont esté données deux mille ans9 a, et vivent encores aujourd'huy aussi fresches en la mémoire des livres et des hommes, comme Bi o'eust esté l'aultre hier* qu'elles feurent livrées en Grèce, pour le bien de Grèce et pour l'exemple de tout le monde; qu'est ce qu'on pense qui donna à si petit nombre de gents, comme estoient les Grecs, non le pouvoir, mais le cœur de soubstenir la force de tant de navires, que la mer mesme en estoit changée ; de desfaire tant de nations, qui estoient en si grand nombre que l'esquadron ** des Grecs