‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 223 sur 559 · Etre commode à · texte numérisé non relu

Etre commode à

Nostre vanité n'Mt point seulement aux simples pensées, désirs, discours, mais encore elle agite, secoue et tourmente et l'esprit et le corps : souvent les hommes se remuent plus pour des choses légères et de néant, que pour des grandes et importantes. Nostre âme est souvent agitée par de petites fantaisies, songes, ombres et resveries sans corps et sans subject; elle s'embrouille et se trouble de colère, despit, tristesse, joye, faisant des chasteaux1. en Espagne* Le son des noms et de certains mots prononcés piteusement, voire* des soupirs et exclamations, nous pénètrent jusques au vif, comme soavent et pratiquent bien les harangueurs 3, affronteurs et vendeurs de vent et de fumée. Et ce vent surprend et emporte quelquefois les plus fermes et asseurés* s'ils ne se tiennent sur leurs gardes, tant est puissante la vanité sur l'homme; et non seulement les choses petites et légères nous secouent et agitent, mais encore les faussetés et impostures, et que nous soavons telles (chose estrange!); de façon que nous prenons plaisir à nous piper* nous-mesmes à escient, nouspaistre de fausseté et de rien : témoins ceux qui pleurent et s'affligent & ouïr des contes et à veoir des tragédies, qu'ils sçavent estre inventées et faictes à plaisir, et souvent des fables qui ne furent jamais. Dirai-je encore de tel qui est coëffô * et meurt après une6 qu'il soait estre laide, vieille, et ne l'aimer point, mais pour ce qu'elle est bien peinte et plastrée, ou caque teresse7, fardée d'aultre imposture, laquelle il sçait et cognoit tout au long et au vray .

Venons du particulier de chascun à la vie commune, pour veoir combien la vanité est attachée à la nature humaine, et non seulement un vice privé ou personnel. Quelle vanité et perte de temps aux visites, salutations, accueils et entre-' tiens mutuels ; aux offices de courtoisie *, harangues* cérémonies; aux offres, promesses, louanges! Combien d'hyperboles, d'hypoorisiej de fausseté et d'imposture au veu et

i. On disait aussi oastet, de «t% qu'un, dans le sens de en être épris

tellm. jusqu'à l'excès. Coiffe Tient de cofea,

%. Même vraiment (tere). (Fortunat.)

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